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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 12:25
Monsieur Molins, merci pour le langage

Dans cet ouragan d'après Nice où l'on voit la bêtise, telle Méduse, agiter hystériquement ses multiples têtes mortelles. La bêtise politicienne, la bêtise de l'inculte. La bêtise de l'intellectuel châtré, la bêtise de la bonne conscience suicidaire, la bêtise de l'Identité, la bêtise des fausses logiques paresseuses, la bêtise binaire, la bêtise humaine dans toutes ses facettes ; un homme, un agent public, sauve l'honneur.
 

Il s'agit du Procureur Molins.

 

Je suis certain de n'être pas seul à le sentir, car on perçoit le respect autour de ses interventions.

 

Monsieur Molins ne demande rien. Il garde la tête froide.

Il utilise un langage administratif dans son versant lumineux, c'est-à dire précis.

Il use de logique, implacablement.

Il est capable d'articuler des pensées nuancées, c'est à dire intelligentes.

La nuance, s'il vous plaît, n'exclut pas la radicalité. Ni de l'action, car Monsieur Molins agit et place en garde à vue, met en détention, en examen, fait interroger ou interroge, ni de la pensée. Il y a des cimeterres ciselés, dans les batailles cruelles.

 

Monsieur Molins parle un français précis, dénué de sentimentalisme inutile, de narcissisme et de démagogie. Il expose des faits et en tire des conclusions, il offre cette intelligence à tous, et d'ailleurs il suffit d'en entendre les synthèses pour mesurer la différence entre la probité intellectuelle du magistrat et celle des vendeurs de papier et de temps d'écran.

 

Il prend soin de sa grammaire car elle a un sens, la grammaire. Un conditionnel est un conditionnel. Il ne verse pas dans un nominalisme vulgaire qu'on voit partout, mais définit les termes qu'il emploie.

 

Sa syntaxe est pesée et porteuse, toujours d'un sens. Il sait de quoi il parle, se réfère. Il renvoie ce qu'il voit à ce qui est tangible, à savoir l'état du droit dont nous disposons.

 

Monsieur Molins ne parle pas pour rien. Il ne parle pas n'importe quand. Il sauve le langage.

 

Monsieur Molins est une butte témoin de ce que ce pays a été capable de produire de mieux, et continuera à produire on peut l’espérer.

 

Quand j'entends les points presse de Monsieur Molins je les écoute jusqu'au bout. Ils sont, paradoxalement, comme une bulle d'oxygène dans cette pollution d'expressions généralisées qui encrassent le système nerveux.

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Inclassable
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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