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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 11:50
Non Madame le Pen, on ne fait pas la guerre civile aux enfants !  Par jérôme Bonnemaison, auteur de "La petite enfance dans la cour des grands", Dunod
Non Madame le Pen, on ne fait pas la guerre civile aux enfants !  Par jérôme Bonnemaison, auteur de "La petite enfance dans la cour des grands", Dunod

Le souvenir  des enfants d'Izieu s'est télescopé dans mon esprit avec l'horreur subie par les enfants d'Alep à cette seconde. Les enfants n'ont jamais échappé à la barbarie déchaînée par les adultes "responsables". Le droit international, chemin faisant, en essayant de sanctuariser ce qui pouvait l'être, introduisant - peut-être naïvement, oui - de la civilité dans la guerre, a parmi d'autres réalisations , comme la création de la CPI ou auparavant la proscription de la torture et des armes chimiques, tenté de protéger l'enfance autant que possible.

 

C'est ainsi qu'ont émergé les droits de l'enfant comme une catégorie particulière, la première d'ailleurs, à contrebalancer la loi absolue du marché au 19 ème siècle, lorsque le travail infantile fut dénoncé. C'est ainsi que l'enfant, dans les textes de loi internationaux déclinés dans les législations locales, a des droits en tant qu'enfant. Qu'il échappe à cette condition de sans droit radical décrite par Hannah Arendt dans un monde où l'apatride, le migrant, ne sont pas de la Cité car ils ne sont pas reconnus par la Nation.

 

Parmi ces droits, transnationaux et inconditionnels, du mineur, il y a celui d'être protégé quoi qu'il en soit, et d'avoir accès à une éducation. L'enfant échappe, dans les esprits civilisés, aux luttes sociales des adultes.

 

Il bénéficie d'une trêve ininterrompue, en vertu de son innocence. L'enfance est un pays éternellement neutre.

 

Or quand Marine Le Pen, qu'on nous dit déjà qualifiée pour le second tour des présidentielles, "propose" la fin de la gratuité de l'école pour les enfants d'adulte en situation irrégulière, elle fracasse le principe même de sanctuarisation de l'enfance. Pis elle instrumentalise l'enfant, pour mener une politique, illusoire d'ailleurs, car on fuit aujourd'hui pour ne pas mourir, de contingentement brutal de l'immigration.

 

L'enfant n'est plus ici une fin mais un moyen. En plus d'être cyniquement pris en otage électoralement.  Celui qui forme des enfants soldats, des jeunesses hitlériennes au génocide rwandais, ressemble à celui qui se comporte comme un soldat envers des enfants. Soldat politique aujourd'hui. Et quoi demain ?

 

Il a été déclaré solennellement par maints traités que tout enfant du monde avait le droit d'être préservé de la terrible violence des joutes politiques entre adultes, auxquelles il ne peut pas participer. Et qu'il a le droit à l'éducation, en tant que citoyen du monde, quel que soit l'endroit où il se trouve. Quoi qu'on pense de la politique d'immigration on doit considérer que ce n'est pas un enfant qui décide d'émigrer. Il suit. On peut déjà discuter, je le discute, le fait qu'être irrégulier soit un délit, mais il est insupportable d'en imputer la responsabilité à un enfant et de le punir de la ressource la plus précieuse à tout humain, au delà de la subsistance la plus primaire : l'éducation. A savoir le droit de comprendre simplement, le monde, afin d'y exister.

 

Le silence assourdissant qui a suivi cette "proposition" qui vise, sous le fragile vernis hypocrite du levier financier, à chasser les enfants d'adultes sans papier des écoles, ne peut que nous alerter sur la banalisation de la violence envers les enfants. Sur les glissements qui remettent en cause leur spécificité. On les sait déjà visés par le marché, cibles comme les autres du matraquage publicitaire. On les soumet par l'évaluation précoce et obsessionnelle à la compétitivité dès le plus jeune âge. On les réifie aussi malheureusement, en glissant du droit de l'enfant au droit à l'enfant dans les philosophies du droit d'inspiration consumériste.

 

La brutalité envers les enfants n'est-elle pas le signe le plus flagrant d'une tentation barbare qui agite une société en proie aux fantasmes identitaires les plus dangereux ?

 

L'enfant lie. L'enfant réconcilie, comme le montre le quotidien des structures d'accueil de la petite enfance par exemple. Et ce n'est pas un hasard si ceux qui veulent briser les liens s'attaquent aussi à lui.

 

Jérôme Bonnemaison

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Inclassable
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régis 10/12/2016 14:06

Merci pour ce texte que je vais partager de ce pas.

jérôme Bonnemaison 10/12/2016 18:36

merci à vous

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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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