Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 23:55

    Voeux-v4.jpg

Bonne année 2013 les lecteurs !!!!!!!!!

 

L'aventure de lecteur est illimitée. Laissez vous bercer par le roulis des phrases. Elles n'en finissent pas. Elles reviennent. Elles sont gorgées de sens.

 

Laissez vous attrister par le sort de Swann face à cette tête légère d'Odette de Crecy.

 

Laissez vous envahir d'admiration pour le Grand Jaurès de Max Gallo. L'immense promesse.

 

Laissez vous aller à rire aux déboires d'un personnage de David Lodge. Un peu de cruauté sans conséquence.

 

Offrez-vous d'admirer sans bornes les protagonistes de "l'Orchestre Rouge" de Gilles Perrault. Ou embarquez avec par les personnages rusés de son virtuose "Secret du Roi". De Broglie au Chevalier d'Eon.

 

Qu'il y a t-il de mieux à faire, franchement ? A part la chair. Mais la chair épuise et réclame des pauses. Pas les livres, ce plaisir sans sobriété imposée.

 

Passer cette tondeuse à gazon peut attendre. Avez-vous vraiment besoin de cet énième pantalon ? Et ce joujou hig tech, êtes vous sûr qu'il mérite une après-midi qui pourrait être consacrée à accompagner Lucien Leuwen dans ses magouilles électorales ? Alors que les mémoires désespérées et dignes de Klaus Mann - dont les plus belles pages jamais écrites sur l'enfance- vous attendent ? A moins que vous ne souhaitiez acquérir une liseuse....

 

En 2013, vous pourriez changer d'avis sur la société en lisant "Le talon de fer" de Jack London, voire considérer l'Histoire du monde avec un autre oeil après l'avoir ouvert en grand sur "le dix huit brumaire" de Karl Marx. Vous pourriez tout autant remettre en perspective votre condition d'occidental en découvrant "Saturday" de Ian Mc Ewan.

 

Vous pourriez tellement apprendre. Tellement admirer. Tellement relier les phénomènes entre eux pour voir apparaître d'autres paysages, vastes. Si vastes. Essayez donc Jared Diamond. Karl Polanyi, Max Weber, Norbert Elias, Henri Guillemin, ou je ne sais qui !

 

Vous pourriez nourrir votre empathie. Car elle se nourrit.

 

Vous pourriez apprendre à densifier votre relation à la langue et ainsi à rencontrer. A rencontrer autrui dans toute sa singularité imbriquée dans l'universel. Cette articulation géniale, voila ce dont parlent la littérature, ou l'Histoire, la Géographie, les sciences humaines, l'oeuvre politique.

 

Vous pourriez décupler la puissance de votre pensée. Vous pourriez percer les cloisons entre les époques. Tout remettre à plat, inventer des perspectives inédites. Appréhender l'art comme vous n'y avez jamais songé. Car les beautés demandent parfois un chemin préalable pour se donner.

 

Vous pourriez protéger votre liberté intérieure comme une forteresse imprenable, munie de tant de leçons humaines, comme des herses infranchissables au malsain.

 

Vous pourriez saisir ce que l'humain n'a jamais d'étranger.

 

Vous pourriez apprendre à vous diriger dans l'obscurité. Car beaucoup ont défriché. Vous pourriez lire les sentiers dans la forêt.

 

Vous pourriez comprendre cette étrangeté sans nom, là dans le coin. En lisant Kafka.

 

Vous pourriez ressentir tellement de faternité. Epaissir le monde, lui donner une immense profondeur de champ.

 

Vous pourriez comprendre pourquoi le collège de votre enfant se vide, en lisant "le ghetto français" d'Eric Maurin. Vous pourriez saisir la contingence du monde, et donc l'urgence d'être responsable, en lisant Ian Kershaw.

 

Vous pourriez guérir votre misanthropie en lisant "Spartacus" d'Arthur Koestler.

 

Vous pourriez vous sentir embarqué. Loin. Avec "Léon l'africain" de Maalouf ou "Le Paradis, un peu plus loin" de Mario Vargas Llosa.

 

Vous pourriez comprendre que vous n'êtes pas seul. En lisant Pierre Bourdieu ou Annie Ernaux.

 

Vous pourriez voyager sans cesse de l'universel au particulier, du grand vent à la molécule. Vous immerger dans "Guerre et Paix" de Tolstoï.

 

Vous pourriez affûter vos convictions et mieux créer. Vous pourriez apprendre à apprendre. En lisant Edgar Morin.

 

Vous pourriez essayer de résister au malheur, en ouvrant Sénèque.

 

Vous pourriez vous enthousiasmer pour l'immense possible, en lisant les "Illuminations" de Rimbaud.

 

Vous pourriez voir le monde différemment après avoir médité André Breton.

 

Vous pourriez vivre mille vies. Des fausses vies ? Pas plus vain que de tourner sur un rond point en voiture ! Bien moins.

 

Vous pourriez cultiver le meilleur en vous. Ou qui sait le pire. A vous de voir, et de lire.

 

Vous pourriez vous venger avec le comte, souffrir avec Gatsby, jubiler avec "le Gang de la clef à molette" ou chez Umberto Eco.

 

Oh non, vous ne trouveriez ni la fontaine de jouvence ni la recette du bonheur. Ni même un onguent contre le malheur. Mais tout de même.... Sur le chemin vers nulle part on s'émerveille.

 

Bonne année frères et soeurs en lecture !

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by jérôme Bonnemaison - dans Inclassable
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com
  • : le blog d'un lecteur toulousain assidu
  • Contact

Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


ete2010-035.jpg

 

 

D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

Recherche