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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 08:34

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" Noe s'est sauvé en utilisant les sciences de l'ingénieur, et non en se lamentant, se flagellant, s'enfermant dans une caverne, ni en faisant au quotidien un petit geste pour la planète. Par la même occasion, en véritable citoyen moderne soucieux de son environnement, il a sorti de la mouise l'ensemble de la biodiversité de son écosystème".

 

Iegor Gran y va un peu fort... Comparer "Home" de Yann Arthus Bertrand aux "oeuvres" de Leni Riefenstahl, tout de même... Pourtant dans son pamphlet provoc et assez drôlatique, "L'écologie en bas de chez moi" (P.O.L), il vise juste en s'en prenant à un certain ordre moral vert, faux-nez d'un marketing repeint aux couleurs du Développement Durable.

 

On peut, comme moi, penser que le mode de production dominant conduit l'humanité dans de sales draps, en externalisant toutes ses responsabilités à l'égard de l'environnement. On peut comme moi, être scandalisé de l'absence d'un Etat stratège et actif, capable d'anticiper  et d'organiser l'après-pétrole. On peut comme moi être indigné de voir des bombes volantes -les camions- écumer nos routes, pourrir notre air et tuer. Alors que rien ou presque n'est accompli pour développer le ferroutage. On peut, comme moi, s'effrayer de l'appauvrissement de la biodiversité. On peut, comme moi, penser que l'eau et l'énergie sont des biens publics dont le peuple doit reprendre le contrôle, un point c'est tout. On peut, comme moi, être prêt à payer plus d'impôts pour qu'on accélère les chantiers de transport en commun. On peut comme moi, être pour la densification des villes, et porté à déchirer ces pétitions d'égoïstes qui se révoltent dès qu'on bâtit un R+ 2 à proximité de leur appartement chéri...

 

...On peut penser tout cela (pas sûr que ce soit le cas de Iegor Gran), et être allergique à un certain moralisme vert-hystérique qui sans cesse nous assaille, comme argument de vente cynique, mais plus fondamentalement comme l'expression d'un désir de pureté et d'expiation qui n'est pas sans évoquer l'âge théocratique.

 

Iegor Gran, malgré son côté réactionnaire (un peu "russe blanc" sur les bords me semble t-il) a beau jeu de comparer les injonctions à trier ses déchets, à éteindre sa douche pendant qu'on se savonne, à des achats d'Indulgence médiévaux. Il a beau jeu de comparer la flopée de journées et de salons de l'environnement à des Grandes Messes. Et les "eco quartiers" ne sont-ils pas les temples d'une nouvelle religion intolérante ? Au "bon croyant" aurait succédé le citoyen "éco-responsable" (leçon de morale que nous inflige hebdomadairement les cabas Carrefour).

 

Et il est frappant de voir que certains moines-soldats verts, souvent bien austères, ressemblent à s'y méprendre à des dominicains, ou à ces prêtres de salut terrestre qu'étaient les maoïstes. Avec une même perspective messiannique et apocalyptique. Avec une même foi dans la vérité révélée, le rapport du GIEC tenant lieu de nouveau-nouveau Testament ou de petit Livre Rouge.

 

Il est vrai qu'en matière d'intolérance, la lecture des articles environnementalistes introduits dans la Constitution laisse rêveur. L'article 2 de la Charte dit simplement : "Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement". Et si j'ai pas envie ? On me lapide avec des prunes Bio ? Dans la même veine, le livre cite un extrait du Pacte écologique de Nicolas Hulot : "c'est à une réinitialisation de nos processus mentaux qu'il faut procéder"... On se croirait en pleine révolution culturelle... Mais je ne me baladerai pas dans la rue avec un écriteau indiquant que je suis un salaud qui ne porte pas ses bouteilles au Recup Verre...

 

Iegor Gran, avec ses débordements, met le doigt sur un vrai sujet : la culpabilisation de chacun d'entre nous n'est-elle pas le moyen d'éviter les questions ardentes ? L'éco-responsabilité ne sert-elle pas de diversion pour ignorer les questions structurelles ?

 

Le pamphlet souligne aussi, avec une part de vérité, l'anti-humanisme qui guette une partie du discours écologiste, même si je ne le suivrai pas sur le terrain boueux qui viserait à assimiler l'écologie à une haine de l'Homme (Iegor Gran rappelle ainsi avec provocation que les nazis avaient adopté une règlementation pour que l'on prenne soin du bétail dans les transports...). Il y a, chez la grande majorité des écologistes, la conviction première et sincère que l'épanouissement de l'être humain passe par la protection de son milieu.

 

Mais enfin, comment ne pas le suivre quand il rappelle que dans "Home", ou dans les films d'Hulot et d'Al Gore, la civilisation est résumée à son bilan en termes de pollution et de ravages environnementaux ? L'homme est mauvais car il salit et consomme la planète. Et le problème est que l'Humain pullule. Terrifiante phrase du commandant Cousteau : "Je voudrais que l'on réduise le nombre d'humains à 600 ou 700 millions d'un coup de baguette magique"...

 

N'en déplaise aux commerçants de la mauvaise conscience, le bilan de la civilisation, c'est aussi la hausse de l'espérance de vie, la baisse massive de la mortalité infantile, les trésors de la culture, de l'architecture, les prouesses de la Médecine, et je vous laisse lister tout ce qui peut l'être.

 

Et il n'est pas vrai que la Science soit univoque. La Science c'est Tchernobyl, mais c'est aussi le recul de la Famine. Et c'est sans doute la science qui nous permettra, comme toujours, de surmonter les menaces.

 

Si l'on est méfiant envers la science, si l'on en perçoit les limites et la relativité, alors on ne gouroutisera pas, justement, les travaux des climatologues. Ceux-là même qui, dans les années 70, évoquaient un prochain âge de glace. Et qui aujourd'hui disent le contraire. Nous devons anticiper le réchauffement prévu, mais sans verser dans une hystérie qui mettrait fin à tout débat et diaboliserait toute expression de nuance ou de scepticisme.

 

Iegor Gran n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il exagère, me semble t-il avec excès de gourmandise.

 

Mais il a du moins le mérite de nous prémunir des psychoses sponsorisées, et nous enjoint avec raison à ne point accepter quelque ordre moral, fut-il repeint en Vert.


 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Essais
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commentaires

David F.M 14/03/2011 11:44


Bonjour Jérôme,
Je fais des choix selon les infos disponibles que je sélectionne au gré. Mais d'autre part j'écris deux romans, que je publie au jour le jour : "en vrac!" et "Nuits Tango" et je publie également
quelques infos sur l'art en général, architecture, peinture, design ameublement... Par contre je fais pas dans la critique littéraire. Qui plus est j'ai un blogue d'infos actualité :
http://horizon212121.over-blog.com et un blogue de mode, tendance : http://failures-and-losers.over-blog.com
Cordialement
F.M


David F.M 13/03/2011 14:08


Bonjour Jérôme,
J'ai lu ton article, et je l'avoue, je suis assez prêt de ton analyse. J'aimerais reprendre ton article pour le mettre en ligne sur mon blog infos. Je demande, donc ton accord.
Cordialement
F.M


jérôme Bonnemaison 13/03/2011 20:01



 


OK pas de problème.


En fait, ton blog c'est une plateforme d'infos lectures que tu trouves ? C'est comme ça que je le comprends. Peux-tu m'en dire plus ?



Présentation

  • : Le blog de mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com
  • : le blog d'un lecteur toulousain assidu
  • Contact

Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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