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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 18:44

 

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2012.

La lecture fléchit, incontestablement. Dans les statistiques, cette mauvaise nouvelle est masquée par la prise en compte de tas de productions écrites qui n'ont pas de rapport avec ce qui nous occupe ici : la littérature, la poésie, la philosophie, le pamphlet, l'Essai...

 

Que vous soyez un adepte de la Pleïade, du bon vieux Poche, ou du livre numérique qui arrive à maturité, vous êtes un survivant. J'ai 40 ans, et comme individu me nourrissant de l'écriture d'autrui, je crains de devenir un marginal et un excentrique ridicule avant la fin de ma vie.

 

Les librairies ferment, malgré le prix unique du livre, malgré leurs efforts. Dans ma ville de Toulouse, elles chutent une à une. Les bouquinistes eux aussi se raréfient. En dépit des efforts publics, sous le poids de la lame mercantile, la culture déserte la Ville, elle n'y subsiste plus que sous la forme de l'animation socio culturelle, et d'un Patrimoine de plus en plus froid et désincarné, étranger aux gens qui le frôlent. Car on a besoin de la parole et du livre pour lui donner vie, comme on a besoin de frotter la lampe pour que surgisse le bon Génie.

 

Il devient difficile de trouver un endroit pour acheter un journal, et ce que j'adore, à savoir m'arrêter quelques minutes pour contempler une devanture de Librairie, ne m'est plus que rarement donné. La parole de l'écrivain ne compte plus dans la société.

 

Nostalgie de pacotille ? Certes. Et alors ?

 

Je ne reviendrai pas encore une fois sur le rôle de la lecture et sur le désastre que réflète et suscite son entropie. Pour la nouvelle année, je me contenterai d'essayer de recenser 100 raisons de lire. Pourquoi 100 ? ... Parce que ça m'arrange et que c'est moi qui décide.

 

1 - C'est une activité pas chère, au regard des heures occupées

2 - Ca occupe et pendant ce temps là on ne rumine pas

3- Ca prépare à tout ce que l'on veut

4- C'est la meilleure école de management (je dis ça pour mes voisins étudiants de l'Ecole Supérieure de Commerce). Stendhal vaut mieux que des dizaines de séminaire de "leadership"

5- Ca donne des débouchés à la filière Bois

6 - Ca donne du travail à des littéraires dont le milieu industriel et financier se fout éperdûment

7 - Ca permet de comprendre pourquoi on en est arrivé là

8 - Ca permet de comprendre comment on en est arrivé là

9 - Ca permet de comprendre les femmes ou les hommes pour mieux les séduire

10 - On trouve plein d'idées à repiquer pour draguer

11 - Ca permet de faire le malin

12 - C'est une excellente activité d'occupation dans les transports en commun (pas en voiture, ça fout la nausée)

13 - Ca aide à accepter la condition humaine

14 - Ca évite de se faire manipuler trop facilement

15 - Ca fait rire

16- Ca fait pleurer

17- Ca donne confiance en soi

18- Ca peut ouvrir l'appétit

19 - Ca nourrit l'imagination

20- C'est pratique à la plage quand on aime pas se baigner

21 - C'est un remède sans risques contre l'insomnie

22 - Ca peut aider à faire semblant de travailler

23 - Ca rassure sur soi et sur les autres

24 - Ca agit comme un épice magique qui donne du goût au monde

25 - Ca donne une plus grande portée et une meilleure précision au regard

26 - Ca peut vous éviter de reproduire les conneries tentées dans le passé

27- Ca peut vous alerter sur les conséquences des bêtises que vous êtes en train de commettre

28 - Ca cultive les émotions

29 - Ca permet de voyager partout

30 - C'est consolant

31- Ca met l'être humain au centre de toute démarche

32 - Ca attise l'empathie

33 - Ca montre que tout est possible

34 - Ca permet de vivre 100 vies et plus, par l'identification

35 - Ca intensifie le quotidien, grâce au mystère

36 - Ca ouvre un espace inédit de communication avec autrui

37 - C'est idéal aux toilettes

38 - On va souvent au bout du livre, c'est pas comme sur Internet

39 - La télé contemporaine, c'est vraiment déplorable

40 - Parce qu'on va pas non plus passer son temps à jouer à Dessiner c'est gagné

41- Parce que Kafka, Scott Fitzgerald, Bret Easton Ellis ou Jean Patrick Manchette

42 - Parce que les chemins du progrès et de la liberté sont pavés de livres

43 - Parce que les nazis brûlaient les livres

44 - Parce que dans Secret Story ou le Loft, on ne lisait pas

45 - Parce que l'érotisme littéraire, ça vaut le coup

46 - Parce que les librairies sont des lieux étonnants de recueillement et de silence

47 - Ca sert à rien, c'est ça qui est bien

48 - Parce que dans un monde dominé par le règne de la marchandise, lire c'est déjà subversif

49 - Parce que Nicolas Sarkozy méprise la Princesse de Clèves, un des styles les plus magnifiques de notre littérature

50 - Parce que même dans des ruines et affamé, vous pouvez lire

51 - Parce que si vous allez un jour en Prison, vous serez bien inspiré d'aimer lire

52 - Parce que nul n'est obligé de lire "hygiène de l'assassin" d'Amélie Nothomb, fort heureusement

53 - Parce que Javier Cercas, René Char, ou Lermontov

54 - Parce qu'on rêve d'écrire

55 - Parce qu'il est bon de se connaître soi-même

57 - Parce que d'autres ont trouvé les mots pour cibler ce machin chose que vous ressentiez

58 - Parce que c'est sans fin

59- Parce que le mouvement surréaliste

60- Parce que parfois, ça bastonne sec, et ça c'est bon.

61- Parce qu'on y trouve sans cesse des motifs d'admiration

62 - Parce que le monde est beaucoup plus beau par écrit

63 - Parce que les Correspondances de Baudelaire, même si on n'est pas platonicien

64 - Parce que la météorite Rimbaud

65 - Parce que souvent on s'habille en noir à l'adolescence

66 - Parce qu'on y trouve des raisons d'espérer

67 - Parce qu'on ne peut pas se résigner à abandonner la recherche de la Vérité, même si on sait bien qu'elle n'existe pas

68 - Parce qu'au fond on ne croit plus en Dieu

69 - Parce qu'au peut s'en inspirer, voire copier

70- Parce que les citations, ça envoie grave

71 - Parce que trouver un Mantra, c'est bien

72- Parce qu'on a besoin de modèles dans la vie

73 - Parce que pour réussir ses études et évoluer dans sa vie professionelle, y a pas mieux

74 - Parce que quand les pauvres lisent, les profiteurs ont de quoi s'inquiéter

75 - Parce que le Grand Meaulnes

76 - Parce que quand on était petit, on adorait éperdûment les Histoires. Y a pas de raison que ça s'arrête

77 - Parce que c'est pas mauvais pour la santé

78 - Parce qu'on est seul

78 - Parce que c'est un refuge facile à retrouver

79 - Parce que l'on a rien compris si on pense que le cinéma c'est un résumé d'un livre

80- Parce que l'espace-temps et surtout sa conscience

81- Parce que c'est la seule façon de fréquenter les morts

82 - Parce que pour écrire l'"idéologie allemande" ou "la tâche", faut en avoir dans le crâne.

83 - Parce que nous sommes les seuls animaux à savoir le faire

84- Parce qu'on peut s'arrêter, revenir en arrière, sauter des pages, procéder par lecture rapide, sauter des lignes convenues. Parce qu'on est soi-même un peu le créateur de son livre

85 - Parce qu'il se dit qu'au commencement il y avait le Verbe. Ca vaut le coup d'y aller voir de plus près.

86 - Parce qu'on peut lire avec presque pas d'argent

87 - Parce que c'est un excellent sujet de discussion quand on trouve quelqu'un qui a lu le même livre

88 - Parce que quand on ne trouve pas le livre idoine sur le sujet qui nous préoccupe, c'est énervant

89 - Parce que comme pour tout grand plaisir, il y a une part d'effort préalable

90 - Parce que ce peut être épiphanique

91 - Parce qu'"un amour de Swann"

92 - Car si on ne lit pas, ils arrêteront d'écrire

93- Parce que c'est là où on va au bout du bout des choses

94 - Parce qu'on comprend

95- Parce que parfois l'écrivain nous laisse faire le reste

96- Parce que l'on peut lire sous sa couette, et entrecouper la lecture par des demi sommeils

97 - Parce que le personnage principal de "la nausée" de Sartre

98 - Parce que l'opéra c'est soporifique

99 - Parce que même le rock est dépendant de la littérature. Pas de "sympathy for the devil" des Stones sans "Le maître et Marguerite" de Boulgakov

100 - Parce que comme ça, après, vous pouvez lire mon Blog...

 

 

BONNE ANNEE A TOUTES LES LECTRICES ET TOUS LES LECTEURS !!!! JE VOUS SOUHAITE D'IMMENSES REVELATIONS !!!! DES RENCONTRES INATTENDUES SUR DES CHEMINS DE TRAVERSE !!!! VIVE LES LIVRES !!!

 

 

 

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Reading Lists
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  • : Le blog de mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com
  • : le blog d'un lecteur toulousain assidu
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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