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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 19:44

yalta.jpg On peut distinguer me semble t-il deux types d'universalistes. Les premiers sont les impériaux déguisés, bien connus (la caricature est en France Bernard Henri Levy, sorte d'idéal type de cette posture), toujours prompts à tout simplifier, à jeter des anathèmes et à justifier les sanctuarisations d'oléoducs par les Etats Unis au nom de grands concepts hérités de Kant, qui n'en reviendrait sans doute pas d'être embringué dans de telles aventures.

 

Les seconds ont ma faveur : ils croient à l'universalité de l'aspiration à la liberté, à l'égalité et à la fraternité. Mais ils ne se leurrent pas sur les nombreuses instrumentalisations de ces nobles idées dans les rapports de forces violents de notre monde. Ils savent aussi qu'une société est complexe, ils connaissent l'Histoire et la méditent, ils savent éviter les manichéismes simplistes, ils ne méprisent pas autrui, ils sont attentifs à l'anthropologie (Mme Françoise Héritier dont on a parlé ici, incarne très bien cet universalisme là. Il en est de même avec un des ses maîtres, Levi Strauss, qui avait fort bien dit dans sa célèbre conférence "race et histoire" que l'humanité n'avait jamais été cloisonnée et avait avancé en unissant ses forces) .

 

C'est justement parce qu'ils ont confiance en l'humanité que ces éclairés n'adhèrent pas au simplisme des ultras. Respecter l'humanité c'est aussi comprendre que les humains ne sont jamais dans telle situation par résultat d'une essence. Les universalistes "ultras", abstraits, toujours prêts à envoyer des drones pour éveiller les peuples à la démocratie, sont paradoxalement les pires des relativistes, puisqu'ils évacuent tout ce qui fait qu'une société est différente d'une autre. Si on élude l'Histoire, l'évolution sociale, l'économie et la démographie, l'étude des structures d'une société, alors on ne peut que verser dans l'explication essentialiste pour comprendre les différences. C'est à dire le racisme. Et en même temps on se prive de repérer les ferments de l'évolution heureuse possible d'une société.

 

Contrairement à ce que veulent faire croire les ultras et faux universalistes, le dilemme n'est pas de les suivre ou de sombrer dans le relativisme qui accepte tout et légitime l'oppression parce que "culturelle". Non, il y a bien un combat philosophique au sein même de l'universalisme.

 

Georges Corm, universitaire libanais (c'est le grand mérite des éditions de "La Découverte" que de nous permettre de découvrir justement d'autres voix, décentrées), est de cette trempe universaliste intelligente. Dans "L'Europe et le mythe de l'occident", essai fourmillant datant de 2009, il se lance dans une vaste fresque historique nous permettant de déconstruire ce concept d'occident. Nous vivons naturellement avec lui, comme une catégorie naturalisée, et pourtant rien n'est moins vacillant que sa réalité historique. Déconstruire ce concept, et celui d'Orient au passage, c'est évidemment démontrer que le fameux choc des civilisations promis par Samuel Huttington est une folie. Car les termes en sont infondés.

 

C'est un livre très riche et au style élégant, qui rassemble beaucoup de choses très connues certes, mais essaie de les articuler. C'est un livre dont la construction est quelque peu bancale , baroque même, avec des digressions (intéressantes par ailleurs), mais Corm ne perd jamais sa boussole même s'il est parfois répétitif et que le sens de la synthèse n'est pas toujours son fort.

 

Sa thèse, convaincante, est que le concept d'occident est une "stylisation" de l'Histoire. Une tentative de lui donner un sens a posteriori (et donc aussi pour l'avenir). Mais quand on se plonge dans l'Histoire européenne puis occidentale, on se rend compte assez vite de l'inanité de ce concept. Rien de plus fracassé et pétri de contradictions que ledit occident.

 

(Corm, et là j'aurai tendance à me séparer de lui, pense que ce sont les idées qui font l'Histoire. C'est à mes yeux une prétention sociocentriste d'intellectuel qui pense que son activité est la plus décisive, et ne pourrait supporter d'être un simple reflet. Mais n'entrons pas dans cette discussion que le blog aborde ailleurs sans doute, et concédons à l'auteur qu'évidemment les idées ont leur importance, ne serait-ce que parce que les intérêts et réalités brutes doivent prendre forme dans la conscience.)

 

Le mot occident, associé à celui de "monde libre" a servi d'arme idéologique pendant la guerre froide. Il en est le fruit. Celui-ci n'a pas dépéri avec l'URSS mais on l'a laissé actif pour justifier des prétentions de régulation de l'ordre mondial. Avec force maladresse car cette théâtralisation "de mauvais goût" de l'occident a pour contrepartie celle d'un orient mythifié aussi, ou en tout cas victime globale. Le mauvais goût du concept d'occident, c'est par exemple de considérer que son ferment est le christianisme alors que celui-ci est né en orient et qu'il a connu douze siècles de vie dans un Empire byzantin qu'on ignore savamment.

 

Ce que feignent d'ignorer les prétendus universels et vrais unilatéraux c'est que l'expansion de l'Europe dans le monde depuis 1492 a transformé les peuples et les cultures. L'Histoire continue, mais tout a changé, les idées européennes se sont diffusées, et c'est en leur nom que les peuples ont arraché la décolonisation. On ne peut pas réfléchir comme s'il existait des civilisations opaques, c'est absurde. Ainsi des phénomènes récents dans les sociétés musulmanes, comme l'affirmation forcenée de l'"oumma" par les islamistes rappelle fortement la plainte romantique de la communauté perdue et l'idéologie du "volk" qui imprégna toutes les élites européennes. Le projet sioniste lui-même procèdait de ses sentiments : reconstitution d'un monde, unité retrouvée, retour à la terre...

 

L'Histoire européenne, c'est d'abord le fracas et la diversité, comme nulle part ailleurs dans le monde où régnaient de grands empires au moment où notre continent, après la chute du St Empire, n'était qu'un agrégat de principautés, seigneuries, et les Etats émergeaient très difficilement à travers des siècles de guerres, de frondes, de séditions...

 

On présente, tel Hegel, qui a une grande influence sur tout le discours occidentaliste, l'Histoire de cette partie du monde comme le développement d'une idée, contenue dans le monothéïsme. Mais l'histoire religieuse de l'Europe est tout sauf un développement continu et harmonieux. Les hérésies écrasées, les schismes y sont légion. Jusqu'à la rupture entre catholicisme et protestantisme qui n'est pas une petite affaire, et qui a occasionné des massacres à une échelle effrayante.

 

Cette logique hégelienne de l'idée qui avance réactive des tendances lourdes dans notre histoire, exprimées par le millénarisme, les croisades, le départ vers le nouveau monde.... L'eschatologie européenne puis occidentale n'est pas morte,la guerre en Irak l'a malheureusement démontré.

 

Pour mythifier cette idée d'occident uni, tout est bon, et on ne s'embarrasse pas de contradictions. Ainsi on nous explique alternativement que l'unité de l'occident c'est le "génie du christianisme" (Chateaubriand), puis tout le contraire, à savoir que la modernité européenne puis américaine, c'est la sortie du sacré. Puis on cherche des explications alambiquées pour dire que le christianisme porte en lui son propre dépassement.... Mouais....

 

Le fait est que le christianisme est lui-même un phénomène hyper contradictoire. Entre la générosité de la parole du Christ et les conversions forcées de Charlemagne... L'horreur et la bonté. Le pal de l'inquisition et le sourire de St François aux pauvres. Quelle unité ? La Réforme elle-même, ce sera l'idée de la liberté et la pire intransigeance.

 

Alors est -ce le règne de l'individu qui caractérise l'occident ? Ce serait oublier que la politique des masses écrasantes y a trouvé avec le communisme réel et le nazisme ses réalisations les plus abouties.... Que le nationalisme y a été théorisé.

 

L'"occident" s'est construit en utilisant des fertilisations de l'extérieur, au contact des autres régions du monde. Nous devons beaucoup à Averroès et Maimonide les andalous, nous n'aurions pas eu de Renaissance sans la redécouverte de l'antiquité via les traducteurs arabes, mais nous devons aussi aux chinois qui nous ont donné la manivelle, le compas, et la poudre et d'autres choses. L'Europe ne serait pas telle sans ses explorateurs, et nous n'aurions pas obtenu nos surplus alimentaires décisifs sur le plan économique sans les apports du continent américain.

 

Le commerce n'a pas été inventé en Europe, il était pratiqué par les summériens et les phéniciens... Ce n'est pas sa spécificité.

 

Le développement économique européen, qui se sépare du reste du monde au 18eme siècle, procède de sources diverses, mais en particulier démographiques, et non d'une "essence" européenne. Et quand la machine à vapeur s'empare du coton, il vient d'Inde.

 

S'il est une région du monde qui a manifesté les plus grands contrastes entre l'horreur et la beauté, c'est l'Europe. Mozart et Hitler (en évoquant Mozart, on soulignera que Corm considère que l'Europe a tout de même une spécificité qui l'unifie : le moment européen de la musique, ou partout sur le continent a fleuri le génie musical, lors du 19eme siècle. Il y consacre de longs développements. Ce moment prolifique a été d'une intensité unique dans l'Histoire).

 

L'occident c'est aussi le nazisme. Et on ne saurait croire à un simple accident de parcours. Hitler n'est compréhensible que dans le temps long, et dans un contexte culturel. Il surgit comme un produit terrifiant de cette crise de la culture où au sortir de la prégnance du christianisme et de ses contradictions sanglantes, les sociétés entrent en turbulence. Donc le nazisme est un produit des contradictions européennes.

 

Si certains historiens conservateurs, comme Nolte ou Furet ont essayé de faire du nazisme la simple réaction à la révolution française et à ses excès (et son héritiere russe), barrant d'un coup de crayon l'immense lumière qu'elle représenta, le nazime paraît plutôt surgir d'un terreau particulier où se mêlent les résidus d'un romantisme amer, la nostalgie de temps héroïques mythifiés, la difficulté à accepter la mort de Dieu, la fuite en avant dans l'idée du "volk" qui doit se constituer en liquidant les impuretés qui le menaceraient, en particulier la communauté juive européenne déjà stigmatisée et qui va servir d'exutoire dément.

 

Les élites européennes ont fourni ce terreau, y compris à travers des figures très éloignées d'Hitler. Les "considérations d'un apolitique" de Thomas Mann repoussent la civilisation froide franco anglaise, se réfugient dans l'idée de la "culture" du peuple allemand. L'immense succès de Nietzsche, de sa haine de la démocratie et de l'égalité, est absolument troublant. Le refus de la modernité s'empare de tous les esprits européens, jusqu'en Russie avec Dostoïevski. Dans "la grande transformation" Karl Polanyi explique magistralement comment le marché a détruit les communautés, semé le trouble, isolé les individus et déstabilisé les sociétés. Le romantisme fut l'expression d'une réaction à l'urbanisation galopante, une nostalgie médiévale recréée de toutes pièces. L'anti modernité a triomphé, dans la littérature française avec Baudelaire, Flaubert, Claudel, et tant d'autres. Et on a cherché à recréer l'idée d'hamonie à travers le nationalisme, pas seulement en Allemagne, mais aussi en France avec Michelet puis Renan. Le "volk" a été l'expression de ce désir d'unité reconstituée. L'idée de la décadence culmine avec Oswald Spengler et son "déclin de l'occident". C'est dans cette scission entre culture et civilisation que le danger nazi surgit. En Russie, le même débat agite le 19eme siècle entre slavophiles et occidentaux. Si Vichy collabore avec Hitler, c'est par lâcheté certes, mais aussi par volonté de saisir l'occasion de la revanche sur la révolution française et les lumières. Donc Hitler n'était pas seul même s'il porte à son paroxysme tout ce dégoût du monde où la démocratie est apparue.

 

Petite digression : c'est aussi le génie de Marx que d'avoir tenté de dépasser cette opposition frontale entre les Lumières et le romantisme. D'avoir essayé de concevoir la sortie de l'aliénation dans la solution collective et sécularisée.

 

Et aujourd'hui.... les européens, qui ont tant chamboulé le monde entier, n'ont plus grande volonté d'y peser. Non pas forcément par sagesse mais par renoncement et obsession sur leurs petits débats de machinerie bureaucratique. Tendances autistiques auxquelles s'ajoutent le projet du marché pur réalisé. Georges Corm regrette cette absence de l'Europe, mais l'affaire lui paraît pliée pour un moment. Il est vrai que son regard décentré est ici précieux... Vu de l'extérieur, notre division sur l'Irak et plus encore le besoin des Etats Unis pour solutionner la guerre yougoslave signent notre inanité en matière internationale. L'Europe est vue par un auteur comme Corm comme un appendice américain, intégré dans une OTAN qui aurait du se dissoudre. Ce n'est pas moi qui lui donnerait tort.

 

Intéressante est la fin du livre qui montre que les processus dangereux que l'on observe dans le monde rappellent à bien des égards des expériences européennes. L'urbanisation galopante où prospèrent les salafistes dans les pays arabes post révolutionnaires évoque les thèses de Karl Polanyi. Quant au conflit israelo palestinien, c'est une pure exportation d'un problème européen comme on le sait. Viviane Forrester, paix à son âme, avait souligné dans un essai courageux ("le crime occidental") la responsabilité de l'occident qui après guerre, au lieu de faire face à ce qui s'était passé et de proposer l'intégration et la laïcité aux juifs survivants, avait exporté ce souci avec lui-même en ignorant, encore, que la palestine avait une histoire, un peuple, qu'elle n'était pas responsable.

 

Donc l'Europe devrait être porteuse des leçons des drames qui l'ont fracassée. Elle devrait, en reconsidérant son parcours, ouvrir une relation au reste du monde sortant des caricatures, modeste mais désireuse d'aider autant que possible à ce que les malheurs européens et ceux qu'elle a commis ailleurs, ne soient plus de mise. Mais cela réclamerait de rompre avec le mythe de l'occident unique, sûr de lui-même, arrogant, donneur de leçons à toute la terre. Ceci alors que l'occident est de loin la région qui pollue le plus malgré le développement chinois, indien, brésilien. Alors que notre démocratie se transforme en "ploutocratie" grossière.

 

La cause universaliste ne peut avancer que si les comportements qui suscitent son rejet se réduisent. Que si l'on cesse de braquer les peuples contre l'occident mythifié, enflammant ainsi les mythes concurrents et dessinant un monde binaire, totalement artificiel. Georges Corm le dit avec beaucoup de bon sens : les bons côtés de la vie occidentale sont assez attractifs en eux mêmes pour fournir un terrain propice à l'universalisation de ce que nous avons de meilleur, et d'abord une certaine expansion de la liberté individuelle, relative mais qui a su percer. 

 


 


 


 


 


 


 


 



 




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Published by jérôme Bonnemaison - dans Essais
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commentaires

Hgsavinagiac 05/06/2013 06:57

Le point sur le choc des civilisations :
http://www.hgsavinagiac.com/article-iconoclasme-des-islamistes-detruisent-des-temples-bouddhistes-au-bangladesh-le-choc-des-civilisat-110907097.html
http://www.hgsavinagiac.com/article-interdiction-du-voile-a-l-ecole-en-france-entre-1989-et-2004-retour-sur-images-voile-islamique-integral-et-burqa-debat-geopolitique-3eme-article-53752615.html
http://www.hgsavinagiac.com/article-y-a-t-il-un-choc-des-civilisations-minarets-en-suisse-et-voile-islamique-50869154.html

jérôme Bonnemaison 05/06/2013 19:13



j'espère que vous avez bien compris que comme l'auteur dont je parle je trouve cette notion de choc des civilisations non seulement aberrante (car les civilisations n'ont rien d'étanche, depuis
toujours, et encore plus aujourd'hui dans la mondialisation) mais en plus mortifère. On doit au conraire souligner tout ce qui nous réunit contre tous ceux qui voudraient nous opposer les uns les
autres.



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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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