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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 21:56

Bret Easton Ellis est très tendance. Il passe au "Grand Journal" de Canal + où la crème de la branchouille le reçoit avec vénération. Il est à la Une des INROCKS et en plus il vend bien ses livres.

Il y a de quoi se méfier d'un type pareil.

La plupart des gens qui en parlent semblent se le figurer comme un fêtard un peu cynique, nihiliste. Genre F. Beigbeder qui d'ailleurs crie qu'il l'admire. Et ne lui rend pas service.

J'ai eu la chance de lire cet auteur assez tôt, à un moment où on le découvrait en France. J'avais lu quelque part une critique d'American Psycho, son oeuvre phare, unique en son genre. Plus tard, tombant par hasard sur l'édition de poche, je me remémorai cet article qui m'avait frappé, et je découvris un écrivain que je n'allais plus lâcher. J'ai lu American Psycho au début des années 90 et je m'en souviens très précisément, ce qui pour moi est très rare. Je l'ai offert, conseillé larga manu. En général, les filles cessent de lire vers la page 120, quand le roman adopte un tournant franchement Gore.

Puis j'ai acheté les précédents ouvrages, en poche ("Moins que zéro", "Les lois de l'attraction") et j'ai toujours pisté ses rares publications, toutes passionnantes. "Lunar Park" publié vers 2004 me semble un joyau très audacieux, d'une grande créativité.

Qu'est-ce qui est si saisissant chez cet auteur ? Rien de bien explicite.

Ce ne sont ni les sujets traités, ni le style, d'ailleurs évolutif, souvent minimaliste.

En me replongeant dans mes souvenirs de lecture, il me semble qu'Ellis creuse le même filon : celui du profond malaise, pour l'être humain, à se retrouver au milieu des autres.

Le personnage principal d'American Psycho est un sociopathe sadique.

Dans "Moins que zéro" et "Les lois de l'attraction" on s'ennuie ensemble et avec la drogue on le supporte mieux.

Dans "Zombies" autrui incarne la mort. A travers le Vampire, partout présent.

Dans "Glamorama", la vie mondaine est si intenable qu'elle décompense en explosions et actes terroristes. Dans "Lunar Park", la famille est la maison de l'horreur, malgré l'amour. Et dans le récent "Suites impériales", le mal se cache sournoisement derrière toute rencontre.

 

Chacun est sans substance. L'autre est l'angoisse. Radicalement.

On pourrait affirmer qu'Ellis réhabilite le roman existentialiste.

L'altérité, Ellis en souffre. On le comprend. Et il le dit magnifiquement à travers des paraboles romancées.

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Published by mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com - dans Romans
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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