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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:40

 

Simoneweil04.jpg

"Il n'y a rien de plus confortable que de ne pas penser".

Simone Weil.

 

A la fin de sa vie, Simone Weil (pour ceux qui voudraient en prendre connaissance de manière aussi agréable que rapide, il y a "L'insoumise", essai biographique de Laure Adler), alors que la deuxième guerre parvient à son terme, cette intellectuelle fragile mais engagée dans la France Libre voit déjà avec amertume se recycler les hommes qui ont conduit l'Europe au désastre total.

 

Marquée par ses expériences ouvrières, son séjour en Espagne durant la guerre civile et le rôle criminel du Parti Communiste à l'égard des forces démocratiques, Simone Weil, cet esprit unique, passionné et absolument libre, tissant mystique et esprit révolutionnaire, écrit un court texte au titre qui nous semble aujourd'hui provocateur :

 

" Note sur la suppression générale des partis politiques ".

 

Il vient d'être réédité, accompagné d'une préface admirative d'André Breton et d'un texte d'Alain, le philosophe du Radicalisme (dont on se demande un peu ce qu'il fait là... même si ses "Propos sur le bonheur" sont un délice stoïcien, ce qui n'a rien à voir ici...)

 

Même si ces textes ne se comprennent vraiment que dans l'expérience de gens de gauche qui se heurtent au stalinisme, qui rend alors impossible de par sa puissance et son emprise sur la classe ouvrière quelque expérience durable et ambitieuse à gauche, c'est une bonne idée que de faire connaître cette "Note" aujourd'hui.

 

En fait, avec toute sa radicalité habituelle, Simone Weil n'est nullement désireuse de provoquer. C'est par une démonstration froide, simple, rationnelle, qu'elle conclut que la meilleure option pour une démocratie, c'est se débarrasser des Partis... Et même les interdire...

 

Déconcertant, mais intéressant justement, parce qu'il ne s'agit pas d'un cri de protestation bêtement anarchoïde, mais d'une argumentation philosophique très solide. Et pas si désuète qu'il n'y paraît. Car l'argumentation de Simone Weil reçoit un curieux écho dans la crise politique que nous vivons, et qui passe par des 21 avril 2002 comme par des abstentions massives, plus largement par un désaveu certain des Partis, des organisations, des élus.

 

L'organisation des "Primaires" socialistes -quoi qu'on en pense- traduit en partie le même type de questionnement que Simone Weil tente de résoudre de manière drastique.

 

(Cette lecture m'a rappelé certaines préoccupations de deux autres femmes admirables, deux allemandes (même si Rosa L ne l'était que d'adoption) qui ont marqué la pensée politique du vingtième siècle : Rosa Luxembourg et Hannah Arendt. Rosa Luxembourg critique Lénine et son Parti d'Avant-Garde très tôt, et cherche une issue dans une synthèse entre la spontanéïté révolutionnaire des masses (qui existe comme on l'a vu à Tunis au au Caire) et le rôle d'une organisation qui puisse l'inspirer, la guider, et concrétiser la prise de pouvoir. Hannah Arendt méditera elle, en dehors du marxisme, sur les premiers temps de la Révolution Française et la participation directe du peuple à la Direction du pays. Or certaines coïncidences me frappent : Arendt a étudié Rosa Luxembourg qu'elle admirait. Quant à Simone Weil, elle fréquenta des groupes se réclamant du "luxembourgisme" s'il en est un. Dans sa "Note" elle s'arrête, comme Arendt, sa contemporaine, sur les premiers temps de la révolution française. Et Laure Adler est biographe à la fois d'Arendt et de Weil... Leurs pensées semblent se croiser, s'interpeller, se rencontrer.)

 

Simone Weil voit dans l'existence des Partis un vice de la démocratie. Elle rappelle d'abord que l'idée de Parti est étrangère à la Révolution de 1789. Les Partis ne doivent pas, selon elle, être envisagés comme des outils indispensables à une démocratie.

 Et d'ailleurs, la démocratie elle-même n'est pas la fin que l'Humanité doit poursuivre. Elle est un moyen, au même titre que les Partis. La Fin à poursuivre, c'est "la vérité, la justice, l'utilité publique".  s

 

La démocratie ne se suffit pas en elle-même.

La démocratie, par ailleurs, ce n'est pas une procédure, c'est avant tout le moyen dont se sont dotés des citoyens pour parvenir à un monde plus juste. Quand j'étais étudiant, et que je participais à des séances d'édification, on m'expliquait la même chose autrement : "la démocratie tu vois mon gars, ce n'est pas peace and love, ce sont des valeurs pour lesquelles il faut combattre". Ainsi un vote démocratique, parce qu'il donne une majorité relative ou absolue, ne résume pas la démocratie, qui a un contenu beaucoup plus profond. Et je n'ai pas pleuré quand on a barré la route au Front Islamique de Salut, même s'il avait gagné les municipales et s'apprêtait à gagner les élections législatives (ce n'était certes que le retour de flamme des jeux dangereux du pouvoir algérien).

 

Puis Weil revient au Contrat Social de Rousseau et souligne un aspect un peu oublié de la réflexion de Jean-Jacques,  : la volonté générale est le plus sûr moyen de parvenir à la Justice, car elle "neutralise" par mutualisation les passions particulières. Et Rousseau ajoute que la volonté générale ne peut conduire à la Justice que si elle écarte la "passion collective". Weil le rappelle, sans doute en pensant au nazisme : "Si une passion collective saisit tout un pays, le pays est unanime dans le crime ". Il peut alors arriver qu'un intérêt particulier (par exemple la toute petite Résistance allemande) incarne la justice plus qu'une caricature de volonté générale.

 

Pour que la volonté générale conduise à la justice, il faut une seconde condition, et là le texte fait étrangement écho dans notre quotidien contemporain : il faut que "le peuple ait à exprimer son vouloir à l'égard des problèmes de la vie publique, et non pas à faire seulement un choix de personnes"... Il est assez frappant que ce type de remarque, exprimée ausi nettement, le soit à cette époque. On a souvent tendance à relier "personnalisation à outrance" et médiatisation. En fait la "personnalisation" est un vice chronique de la démocratie. L'Antiquité nous en est témoin...

 

Au début de la révolution française s'est passé quelque chose d'inédit, qui "ne se produisit jamais plus" selon la philosophe. Les représentants du peuple ne se dissociaient pas des choix de fond. La Révolution s'est d'abord exprimée par les cahiers de doléances et les représentants ont mûri entre leurs lignes. Les réprésentants, pendant quelques temps, furent des vrais "organes d'expression de la pensée publique".

 

Alors, comment guérir la démocratie de ses maux ? Simone Weil pense que supprimer les Partis serait déjà un bel ouvrage...

 

Trois raisons l'y conduisent :

 

1- Un Parti est avant tout "une machine à fabriquer de la passion collective", celle que Rousseau redoutait.

 

Ce fait est difficile à contester. On est très vite porté au sectarisme, à la mauvaise foi, à la malhonnêteté intellectuelle, quelle que soit l'organisation où on se fond : "right or wrong, it's my party".

 

2- Un Parti est conçu de manière à exercer une pression collective sur la pensée de ses membres.

 

A quoi sert d'être dans un Parti si ce n'est pas pour en épouser la "ligne" ? Il serait absurde d'entrer dans une organisation en disant : "je dirai partout ce qui me va". Il est donc logique que les Partis sanctionnent l'hérésie. Et que le militant intériorise cette sanction, la précède en cherchant à penser ce qui va lui rendre sa position confortable dans son Parti.

 

3- Un Parti a pour unique fin sa propre croissance, "et cela sans aucune limite". Le Parti opère le retournement de la Fin et du Moyen...

 

Et là, on mesure la grandeur philosophique de Simone Weil : les fins que se donnent les partis sont trop vagues, trop irréelles, par nature, pour constituer un horizon convaincant, capable de lier solidement les gens. Ou alors ce seraient des utopies précises et absurdes (comme celles de la période utopique du socialisme qui ont échoué). Par contre "l'existence du Parti est palpable, évidente, et n'exige aucun effort pour être reconnue. Il est ainsi inévitable qu'en fait le Parti soit à lui-même sa propre fin". On reconnaît là un processus que les Partis Communistes ont bien illustré : la société communiste était assimilée "au Parti". Critiquer le Parti, c'était nécessairement s'écarter du combat pour le communisme.

 

Mais ce processus n'est pas l'apanage des communistes d'hier : "le tempérament révolutionnaire mène à concevoir la totalité. Le tempérament petit-bourgeois mène à s'installer dans l'image d'un progrès lent, continu et sans limite. Mais dans les deux cas la croissance matérielle du parti devient l'unique critère".

 

Et il est vrai qu'on entend souvent militants et dirigeants expliquer que "pour pouvoir gagner, il faudra telle ou telle condition"... Par exemple la fondation Terra Nova a récemment expliqué en substance : "pour que la gauche gagne il ne faut plus qu'elle s'adresse aux ouvriers". On voit bien ici le retournement dont parle Simone Weil : ce n'est plus le projet politique qui prime, mais l'exigence de victoire qui est première, conditionne le discours et ses cibles, et prédétermine jusqu'au camp social qu'on défend.

 

Ces trois facteurs font du Parti un germe totalitaire : "S'il ne l'est pas en fait, c'est seulement parce que ceux qui l'entourent ne le sont pas moins que lui"...

... Quel meilleur éloge, simple et brutal, du pluralisme ?

 

Simone Weil décrit aussi le tourment qui a pu frapper tant de militants, quelles que soient leurs orientations et leur époque. Le militant est parfois coincé :

 

" Si un homme, membre d'un Parti, est absolument résolu à n'être fidèle en toutes ses pensées qu'à la lumière intérieure exclusivement et à rien d'autre, il ne peut pas faire connaître cette résolution à son parti. Il est alors vis-à vis de lui en état de mensonge. C'est une situation qui ne peut être acceptée qu'à cause de la nécessité qui contraint à se trouver dans un Parti pour prendre part efficacement aux affaires publiques."

  Donc, la philosophe en conclut que c'est cette "nécessité" malsaine qui est à détruire.

 

Et elle attire notre attention sur le risque pris par l'individu qui cède à la pression du Parti sur ses pensées et ses dires : "un homme qui n'a pas pris la résolution de fidélité exclusive à la lumière intérieure installe le mensonge au centre même de l'âme. les ténèbres intérieures en sont la punition".

 

On trouve de tels hommes facilement. Mais Simone Weil se rassure en pensant qu'ils se punissent... Certains, beaucoup, le vivent très facilement. C'est terrible à constater.

 

La fidélité au Parti est en tout cas, pour l'auteur, une plaie pour la démocratie. Car les affaires publiques sont infiniment complexes, et on ne peut pas les aborder sérieusement en essayant sans cesse de concilier la recherche de la vérité et de la justice, et le respect de la ligne du Parti. Il y a des moments où dans la vie d'un responsable politique, il faut choisir entre les deux. Un Chevènement aurait dit : on "ferme sa gueule ou démissionne"...

 

Mais que faire ?

 

Simone Weil n'y va pas par quatre chemins : il faut supprimer les Partis. Voila tout. Ils se recomposeront clandestinement, mais au moins seront-ils affaiblis.

 

Les élus s'associeraient alors selon un "jeu naturel", en fonction de leurs convictions. Il y aurait des "milieux d'idées", des revues, etc... mais qui devraient rester marqués par "la fluidité" et ne pas cristalliser. Il ne faudrait pas distinguer clairement ce qui est dedans et dehors. La liberté de l'esprit l'emporterait.

 

Cette conclusion rappelle fortement ce qui s'est passé dans le débat des Primaires en France. Les gens qui ont voté étaient définis très généralement : "les gens de gauche". Une porosité s'est créée entre militants, sympathisants, simples électeurs de gauche, voire gens de passage... Quelle est désormais la spécificité du militant dans ce contexte, qui sans doute s'élargira à d'autres forces ? Le militant continuel est-il encore de quelque utilité ? Le système des Primaires marque t-il la mort des Partis ? Et si on a conçu ces primaires, c'est bien qu'on actait l'insuffisance de la forme Parti, ses défaillances. Son incapacité à bien choisir, ses effets pervers.

 

L'exemple américain, qui s'approche de ce que préconise Weil, est assez probant. Les Partis existent mais sont des rassemblements sans fermeté idéologique, hétérogènes, où l'on raconte tout et son contraire. Les personnalités comptent plus que les organisations. Personne n'est embrigadé, on milite à la carte. Des tas de gens ont foncé sur la campagne Obama, puis se sont retirés. On ne leur demande pas de se justifier, ou quoi que ce soit. Les citoyens y viennent pour consommer du lien social, une épopée, de l'argent ou de la reconnaissance, et s'en vont une fois rassasiés ou dégrisés. Reconnaissons que les Partis européens se rapprochent à grande vitesse de ce modèle.

 

Cette faiblesse des Partis est-elle un atout pour la démocratie américaine ? On peut en douter...

 

D'abord, la soumission aux personnes, le clientélisme, la domination, n'ont pas besoin de Partis. Le Parti n'en est pas la cause, il en est certes quelquefois le paravent. Le compagnonnage de Parti maquille utilement d'autres liens plus terre à terre. Critiquer la forme Parti c'est donc confondre la proie et l'ombre.

 

Ensuite, affaiblir l'organisation, c'est renforcer les Personnes, et donc c'est porter atteinte, potentiellement,  au débat de Raison ("la lumière intérieure") que Weil veut réhabiliter en supprimant les Partis. La vie politique américaine a montré la voie au monde entier sur ce plan.

 

Non pas que les Partis classiques, aujourd'hui, soient vraiment un lieu de refuge du débat de fond. On le théâtralise, on en organise le simulacre le plus souvent. Les discussions qui comptent, on le sait, ont lieu ailleurs : dans le cénacle restreint, dans la rencontre avec un expert, etc... Le débat "à la base" est occupationnel et valorisant pour les militants, mais le plus souvent il n'a aucun impact réel, il n'est que rituel. Il est un miroir pour le narcissisme petit-bourgeois. Qui peut citer une décision politique venue des tréfonds de la vie d'un Parti ?

Mais malheureusement la suppression des Partis, en soi, ne résoud pas la question.

 

Simone Weil oublie une fonction majeure des Partis : la formation et la sélection des élites politiques.  S'ils ne passent pas par le filtre du Parti, ils s'imposeront par d'autres moyens : l'argent principalement. Car il faut bien que les représentants émergent. Et la situation du début d'été 1789 n'est pas tenable continuellement, elle n'est qu'exceptionnelle.

 

Aux Etats-Unis, la faiblesse des Partis va de pair avec le rôle phare de l'argent dans tout destin politique. Mais à l'argent pourrait se substituer d'autres formes d'influence. Ainsi la jeune démocratie française, non encore structurée par les Partis, élisait l'ancien seigneur du coin, parce qu'influent.

 

La mort des Partis est donc un terreau parfait pour l'oligarchie.

Certes, on me rétorquera que l'oligarchie sait se frayer sa voie dans les Partis et le système politique et on aura raison... Berlusconi en est une preuve vivante.

 

Ensuite, dissoudre les Partis, c'est confier le choix des candidats à la seule "opinion publique", cette construction largement fabriquée par les sondages et leurs effets autoréalisateurs (voir à ce sujet le classique "Faire l'opinion" de Patrick Champagne). Une opinion qui regarde tout cela avec plus ou moins d'intérêt, et s'avère très sensible aux forces médiatiques et donc encore à l'argent.  Le Parti peut organiser en son sein (il peut mais ne fait pas forcément) un débat constructif et charpenté, tirant parti de l'expérience, initiant à l'Histoire, ne faisant pas fi des traditions du passé et de ce qu'ont appris et construit des générations de militants. Il permet ainsi une autonomie relative de la pensée politique par rapport à la caricature de pensée que les médias de masse propagent.

 

Donc, chers amis, comment répondre aux critiques dures et réalistes de Simone Weil contre les Partis, sans s'en remettre au mot d'ordre de disparition de l'organisation, qui n'est pas une issue ?

 

Il me semble que c'est en partie possible !

 

L'organisation relativement démocratique est une possibilité envisageable, d'abord. Et les Partis évoluent. Il est possible de concevoir une organisation qui articule l'unité et la diversité, la cohésion et la liberté de pensée, l'émergence de leaders et leur contrôle par la base. Et une organisation dont les débats servent à nourrir des actions et non plus de rituels. Certes l'organisation sera tiraillée entre deux tentations : la pensée unique rassurante, et le "n'importe quoi" et ses désordres. Mais pourquoi serait-il impossible de parvenir à un fragile équilibre ?

 

De plus, on peut (et finalement on sait tous plus ou moins comment opérer ) concevoir des antidotes assez efficaces pour contrecarrer les aspects délétères de la forme Parti.

 

On devra permettre une liberté réelle et non plus formelle à l'intérieur du Parti : le rendre impérméable à des pilotages plus ou moins souterrains ou clandestins. Donc changer les Partis et les mettre au service de l'intérêt public, c'est changer leurs statuts, mais c'est aussi et peut-être surtout réformer les institutions dont ils recherchent le contrôle :

 

-Lutter contre la corruption sous toutes ses formes, y compris dans ses aspects les plus banals et vulgaires... mais pas tant que ça lorsqu'ils s'additionnent pour créer des systèmes.

 

-Lutter contre les influences malsaines à travers l'organisation de la diversité sociologique et du renouvellement fréquent dans les institutions. Empêcher l'accumulation mortifère de mandats et de fonctions clés.

 

-Eradiquer autant que possible les conflits d'intérêt.

 

-Obliger les institutions à être réellement transparentes à l'égard du citoyen.

 

-Révolutionner les médias pour qu'ils soient de vraies forces critiques à l'égard des pouvoirs et qu'ils réservent une place digne au débat d'idées et au traitement de la politique.

 

-Donner des clés aux citoyens pour qu'ils résistent à la vulgarité des propagandes, grâce à l'éducation, au service public d'information, et à la culture.

 

-En finir avec les logiques de pouvoir personnel qui suintent dans tout l'espace public depuis 1958. Renforcer les contre-pouvoirs partout.

 

-Renforcer encore le contrôle du financement de la vie politique et multiplier les garde-fous.

 

...............................................

 

C'est à ce prix, en changeant le fonctionnement de l'espace public, que les Partis retiendront le meilleur de leur vocation : organiser les citoyens pour agir, pour élaborer des projets, pour élever la pensée politique, pour porter le débat devant les citoyens, pour fournir des candidats crédibles, dignes, respectés, à la représentation du peuple.

 

Dans la famille Bush, c'est le fils le plus crétin, celui dont on ne savait que faire, qu'on a dédié à la politique. Devenant deux fois Président des Etats Unis, investi par son Parti.  Ceci n'est sans doute pas fatal, mais doit pousser à réfléchir.

 

Simone Weil, par l'outrance, non pas de ses constats, mais de sa conclusion, nous place devant cette responsabilité. A nous, copropriétaires de la démocratie.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Oeuvres politiques
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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