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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 11:07

 

taar01_21022002.jpg J'ai reçu quelques mails et des commentaires me reprochant, certes poliment, de m'en prendre au charismatique Michel Onfray.

 

Je vais donc développer ma pensée à ce sujet. Une deuxième couche en quelque sorte. Il faut bien polémiquer un peu.

 

En préalable, je suggère à tout lecteur du piteux"Traité d'Athéologie" de lire "L'avenir d'une illusion" de Sigmund Freud, immense livre sur le fondement de la religion (que "le Monde" vient de republier à vil prix dans sa collection sur les livres qui ont changé le monde).

 

-D'un côté, chez Onfray, un fatras verbeux de poncifs et de considérations mélangées sur les textes dits saints, sur l'histoire et la pratique des Eglises, sur les monothéïsmes pris comme un bloc, sur des évènements historiques datés liés à des sociétés théocratiques, sur le terrorisme islamique, sur la psychologie supposée hystérique des mystiques ou de Saint Paul... Tout cela comme une macédoine indigeste nageant en pleine confusion entre atheïsme, laïcité, intolérances ciblées. En outre écrit à toute vitesse, ce qui se voit (Onfray a écrit... une soixantaine de livres ! Et il est encore bien jeune).

 

Ce Traité, ce sont des propos de bouffeurs de curés au digestif. Avec une ignorance volontaire des contradictions et fractures qui caractérisent les religions et les églises :

Jesus, c'est la fraternité et le glaive.

Moïse, c'est "tu ne tueras point" et les plaies de l'Egypte.

Le christianisme, c'est l'égalité et la dignité humaine, et en même temps l'Ordre Moral et le ciment des despotismes.

L'Eglise catholique, c'est le Concile de Trente, les réseaux d'exliltration des nazis, mais aussi la Théologie de la Libération et la solidarité en France avec les sans-papiers et les Roms. 

Le Protestantisme en tant que pensée, c'est la libération des moeurs mais aussi la justification du "struggle for life".

L'Islam et la politique, c'est l'Andalousie en avant garde des Lumières, et c'est aussi Khomeïny.

La culture dite Islamique, c'est la beauté érotisante des "Mille et une nuits" et le port de la Burka.

La pratique de l'Islam, c'est le Soufisme et le jeune qui fait un peu le Ramadan par tradition...

 

Tirer des citations du Coran ou des deux Testaments pour en conclure que les monothéïsmes sont "bellicistes", c'est un peut court. Ces textes disent tout et son contraire, et bien encore. On y trouve la loi du talion et l'exaltation de l'amour.  Comme le disait le groupe IAM dans un vieux morceau, "chaque livre saint se comprend entre les lignes". C'est l'interprétation qui est déterminante, comme le montrent les litanies de schismes et d'hérésies qui jalonnent l'Histoire. Ce qu'un jeune groupe de Rap marseillais comprend, notre philosophe hertzien ne le saisirait pas ? Fichtre !

 

De plus, la grande erreur d'Onfray est d'ignorer la dimension historique des textes, leur contexte tout simplement. Ces textes ont été écrits à un moment où la violence n'avait pas le même sens qu'aujourd'hui. On doit rapporter n'importe quel texte à la civilisation dans laquelle l'auteur évolue et se forme. Ignorer la différence entre l'Antiquité, le Moyen Âge et le contemporain, c'est tomber dans la même impasse que les intégristes de tous poils.

 

Onfray semble concevoir l'histoire comme une ligne horizontale, où tout se vaut, et où l'on peut distribuer des bons et des mauvais points. Avec une telle vision, tous les citoyens romains étaient des psychopathes parce qu'ils allaient aux jeux du cirque. C'est absurde.

 

- De l'autre côté, chez Freud, dans "l'avenir d'une illusion" c'est une réflexion froide et rigoureuse quant à l'objet qu'elle étudie. Une pensée radicale mais humble et laissant sa place au doute, sans volonté de recourir à la caricature et à l'amalgame. Elle ne laisse pourtant aucune chance au phénomène religieux quand vous refermez l'ouvrage... Freud se permet même le luxe de ne pas prôner l'athéïsme, mais le lecteur s'y voit logiquement conduit. La religion apparaît comme une réaction névrotique collective, fort compréhensible, face à l'angoisse d'un monde démesuré et où la mort est la ligne d'horizon omniprésente.

 

Comparer ces deux oeuvres suffit à mesurer l'outrecuidance de Michel Onfray, quand il s'en prend à Freud, non pas en critiquant sa pensée (ce qui est légitime), mais en attaquant violemment sa personne comme un procureur. Selon la fameuse méthode Nietzschéenne pour laquelle l'homme c'est l'oeuvre... Quelle sornette ! La beauté et la magie d'une oeuvre, quelle qu'elle soit, c'est justement le dépassement. La création. 

 

Je le répète, je n'ai rien contre Onfray intellectuel engagé (il vient de publier une tribune dans le Monde sur la notion de populisme, tout à fait intéressante). Mais je maintiens que ce "philosophe" est un produit cousu sur mesure pour un public plus ou moins "rebelle" qui demande à être conforté dans ses certitudes, sans trop d'efforts (on peut même l'écouter en CD !).

 

Ce qui caractérise Onfray, c'est la posture adolescente, de celui qui est par principe "Contre". Par exemple lorsqu'il se lance (quelle modestie !) dans une "Contre histoire de la philosophie", ou dans un "Anti-manuel de philosophie". Que signifient ces notions ? Que l'histoire de la philosophie est un vaste complot écrit par des curetons et des aigris ? Ce n'est pas sérieux. Aller débusquer des philosophes méconnus permet à Onfray de dénoncer une prétendue conjuration qui aurait sciemment fait taire des milliers de Galilée. Heureusement, ils reprennent vie dans les cours de L'université Populaire de Caen. On est en plein Da Vinci Code avec Platon en Chef du complot.

 

Pourtant, en Hypokhâgne il y a vingt ans déjà, j'en ai avalé du Nietzsche...Je n'ai pas eu l'impression que l'on ne parlait que de Kant. Et encore faut-il le lire, Kant, pour se permettre de le tancer. Les philosophes du "Soupçon"... depuis Marx jusqu'à Derrida en passant par Foucault n'ont pas attendu Michel Onfray pour entrer dans les cours de philosophie. On ne parle plus que d'eux dans certaines Universités américaines. 

 

Onfray flatte un peu le paresseux qui sommeillait pendant les cours de philo en Terminale et qui s'en repent, tout en se cherchant des circonstances atténuantes ("les profs sont soporifiques, la Philo au Lycée ça parle que des vieilles badernes...").

 

L'adolescence, c'est aussi "l'hédonisme" porté au firmament. Et là, Onfray n'est que le serviteur d'un monde qu'il dit détester par ses engagements.

 

Car quelle est la valeur centrale du capitalisme consumériste, sinon justement l'hédonisme dégoulînant de nos écrans ? Soyez hédonistes ou souffrez. Soyez hédonistes ou perdez. Soyez hédonistes ou frustrés. L'hédonisme, c'est la carotte du capitalisme, et c'est la source de bien des violences chez ceux qui ne peuvent y accéder.

 

Allez, promis, dans de prochains articles, je m'en prendrai à des réacs !

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Philosophie
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commentaires

paola 23/03/2015 06:22

""la magie d'une oeuvre"" ? je laisse donc votre blog discuter avec quelques devins, mages, marabouts et cartomanciennes ...

jérôme Bonnemaison 23/03/2015 17:19

des mages ? Chouette

Lacroix 11/12/2014 15:10

Bonjour, je suis tombé un jour sur un livre de Michel Onfray, j'en ai feuilleté trois pages et puis c'est tout. On le comprend entièrement en une ligne : insignifiant par excès. Il a une incapacité maladive à être profond parce qu'il a trop de comptes à régler. Il n'y a chez lui aucun respect de quoi que ce soit même pas de sa femme dont il dit publiquement, sur l'estrade, qu'elle a un cancer. Elle a dû en être contente que l'on ouvre son dossier médical en public.

Laurent 14/01/2011 08:53


Tu t'acharnes !
Je suis d'accord avec toi sur l'essentiel. Notamment sur l'hédonisme, qui marque clairement l'appartenance au camp "bobo" de Onfray, se donnant (ou ayant) un côté libertaire se voulant sulfureux,
n'étant que d'un conformisme intello petit-bourgeois pathétique.
Mais sur le Traité d'Athéologie, tu es d'une mauvaise foi (hé hé hé) confondante. Ce qui suscite le débat, certes, mais l'appauvrit quelque peu.
Selon moi, l'argument qui consiste à dire que les détracteurs des textes religieux "ne les remettent pas dans le contexte dans lequel ils ont été écrits" donnent par cette seule phrase raison à
tous les athées du monde. Qu'est-ce qu'un texte sacré ? Un texte dicté par Dieu lui-même, à un porte-plume, à un "nègre" appelé dans les maisons d'édition de l'époque "prophète".
Si Dieu est omniscient, si Dieu est Création, si Dieu est Tout, alors il n'y a pas de contexte. Il n'y a qu'un dieu qui vieillit, qui apprend, qui se civilise... Un Homme, quoi !
Ces textes, s'ils ne sont dictés par Dieu, n'ont plus aucune force auprès de la majorité des croyants dans ce monde. Et s'ils le sont, ils sont effectivement Amour et Guerre, Sexualité et Morale,
Fraternité et Cruauté. Loin du seul message de tolérance et d'amour dont nous abreuvent les religieux du monde entier, parfois une arme à la main !


jérôme Bonnemaison 14/01/2011 10:49



Tu as raison. L'historicité d'un texte religieux est un argument contre la toute puissance du Divin. Et certes, la Bible n'évoque pas l'imminence de Facebook ou de la 3D au Cinéma. Jesus,
aujourd'hui, aurait l'air d'un simple clochard délirant, et ferait l'objet d'une Hospitalisation d'Office à la demande d'un Maire.


Mais le problème que je pose n'est pas celui là. Le problème, c'est la tendance de ce procureur de l'histoire à se servir de critères contemporains pour juger des phénomènes anciens. Guerroyer,
mourir, cela n'avait pas le même sens autrefois. Et heureusement... car l'espérance de vie était faible, la mortalité infantile extrêmement élevée. Et il fallait supporter tout cela.
L'humanisation des esprits n'est que le prolongement de l'humanisation des conditions de vie. De plus, on ne peut pas reprocher à un penseur des conséquences de sa pensée, qui sont dues à une
intérprétation future et lointaine qu'il ne maîtrise aucunement. Mahomet avait-il un avis sur le 11 septembre 2001 ? Bien sûr que non. Et bien Onfray, c'est sidérant mais c'est ainsi, fait comme
si c'était le cas. Oui, Eichmann s'est rangé derrière des valeurs de discipline. Mais imputer les déportations à l'impératif catégorique Kantien, et assimiler cet esprit des Lumières à un
nazi, c'est assez délirant. Et c'est pourtant la problématique du "Songe d'Eichmann" de Michel Onfray. Ce type séduisant est peut-être sympa pour boire des coups et aller à une manif.
Mais c'est un philosophe de bazar.



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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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