Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:17

Malcolm-X---Maya-Angelou---Ghana1964.jpg Maya Angelou, aujourd'hui une vieille Dame, est une figure des Lettres américaines, mais aussi du mouvement pour la libération des afro américains. Collaboratrice de Martin Luther King (elle coordonna son mouvement pour tout le nord des Etats-Unis, rien que ça), avant de se radicaliser et de se rapprocher du nationalisme noir et du tardif Malcom X, elle poursuit aujourd'hui le récit de sa vie libre et tumultueuse en publiant "Un billet d'avion pour l'Afrique".

 

Maya Angelou, à la fin des années 60, fut de ceux qui tentèrent le retour aux sources, l'installation en Afrique.

 

Dans ce tome (le dernier paru, j'aime bien lire à l'envers), où elle approche les 40 ans, elle narre son expérience au Ghana, pays choisi car considéré comme le plus progressiste du continent et le plus ouvertement solidaire envers les frères d'outre atlantique. Le très âgé Web Du Bois, pionnier du mouvement de libération américain, s'y est lui-même installé.

 

C'est le moment où Malcom X, dégagé de la Nation of Islam et de ce petit pervers d'Elijah Mohammed, essaie de donner à la lutte pour la libération des noirs américains une dimension internationale. Pour porter le sujet à l'ONU, à l'instar de ce qui a été le cas pour l'Apartheid, il a besoin de se rapprocher des Etats naissants sur le continent africain. Et Malcom X, bien isolé, parvient par son charisme et son pouvoir de conviction à enregistrer certains succès en la matière, étant peu à peu reconnu comme un interlocuteur, accueilli dans des réunions diplomatiques. Malcom X vient au Ghana et Maya Angelou lui sert de chauffeur. Elle assiste à cette fameuse scène où Malcom X tombe par hasard sur son ami Mohammed Ali, qui refuse de lui parler sur ordre des black muslims. Scène déchirante entre deux immenses personnalités.

 

Au Ghana, une petite communauté de militants noirs, assez radicalisés, se sont installés. Personne ne les attend et ils ont du mal à trouver leur place, alors qu'ils voudraient apporter leur savoir (la plupart sont des intellectuels) à leur terre d'origine.

 

Maya est de ceux là, même si elle n'a pas le parcours d'une diplômée. Mais elle est rapidement connue et respectée par son sens de la répartie, sa forte personnalité, ses talents de comédienne et de chanteuse. Elle vit en écrivant des articles et en travaillant ici ou là, notamment à l'université sur des tâches administratives.

 

C'est un beau récit de vie. Celui de retrouvailles ambigues, frustrantes mais marquantes avec l'Afrique. Maya Angelou y cherche des traces d'elle-même, de ses parents. Elle les débusque parfois, car on reconnaît en elle une africaine, parfois sous des formes mystérieuses. Elle comprend peu à peu qu'elle n'est pas africaine, elle est noire et américaine : elle a envie de cracher sur le drapeau étoilé et en même temps de le posséder. 

 

Le livre est une belle méditation, par effet de contraste avec le peuple ghanéen, sur l'identité des noirs américains. Les ghanéens sont en pleine conquête, l'indépendance a été acquise et il s'agit d'un peuple fier et sûr de lui-même. Les noirs américains gardent les stigmates de leur parcours, de tous les réflexes qu'ils ont du acquérir pour survivre.  

 

C'est un récit charnel, imagé et écrit d'une plume libre comme l'auteur. L'Afrique est belle, et Maya Angelou y est reçue comme une soeur, se lovant dans l'esprit communautaire d'une société très intégrée. Mais elle se sent inévitablement autre, et on ne peut pas effacer les résultats de l'effroyable voyage des esclaves. Maya Angelou va comprendre en fin de compte qu'elle doit rentrer en Amérique pour lutter. Mais elle rentre sans déception. Elle a saisi ce qui vivait d'Afrique en elle, et tel était l'essentiel.

 

Au moment où Maya Angelou se confronte à la grande source maternelle africaine, son propre fils arrive à l'âge adulte, et elle vit le déchirement du départ. Le livre bascule sans cesse entre ce double tiraillement, entre l'ascendance et la descendance, et s'avère poignant.

 

Un passage, à lui seul, suffirait à justifier qu'on lise le livre. Maya Angelou accepte de partir en tournée théâtrale avec une troupe américaine. Elle passe par Berlin et se retrouve au gré du hasard dans un foyer berlinois où elle est invitée à déjeuner en présence d'un autre acteur juif allemand. La famille accueillante a sans doute eu partie liée avec le nazisme. S'ensuit une scène ahurissante où chacun va raconter une blague de son cru. Derrière la paix de l'époque et l'équilibre retrouvé, la vieille haine tenace va montrer ses crocs. Une scène d'une rare intensité.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by jérôme Bonnemaison - dans Récit
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com
  • : le blog d'un lecteur toulousain assidu
  • Contact

Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


ete2010-035.jpg

 

 

D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

Recherche