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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 08:33

     1ermaiGrandjouan.jpgA l'heure sombre de ce 1er mai 2012 où l'on réactive odieusement l'idée pétainiste de fête du pseudo "vrai travail", qui insinue que les salariés mobilisés sont de "faux travailleurs" mais de vraies fripouilles, un petit retour sur la naissance du mouvement ouvrier organisé n'est pas de trop.

 

Les éditions La Fabrique ont publié une Histoire de la Première Internationale ouvrière, sous le titre "L'émancipation des travailleurs", écrite avec rigueur et brio par Mathieu Léonard (malgré une hostilité un peu insistante envers Marx sans reconnaître ses mérites). C'est la deuxième internationale qui lancera le mot d'ordre du premier mai dans les années 1890 après les massacres de Chicago et de Fourmies. Mais la grande idée de l'auto organisation des ouvriers a pris corps dans les années 1860, se concrétisant avec la naissance de l'Association Internationale des Travailleurs basée à Londres.

 

Cette histoire, étrangement, est connue, mais peu de livres l'avait traitée comme un sujet en tant que tel, on la retrouve souvent dispersée dans des ouvrages sur le marxisme ou l'histoire des idées.

 

La première Internationale durera 8 ans.

Glorieuses années, courtes mais intenses, parmi lesquelles se déroula la Commune parisienne. Les idées valent souvent plus que les hommes qui les portent bien entendu, et nous aurions tort de voir ces ancêtres comme des géants toujours nobles sachant s'élever au dessus des basses motivations. S'ils étaient incomparablement désintéressés par rapport à ce que nous connaissons aujourd'hui (il y avait surtout des menaces, des licenciements, des emprisonnements voire des exécutions à récolter, et pas de rentes de situation), ils pouvaient aussi être impitoyables entre eux, malveillants, intellectuellement malhonnêtes, pinailleurs et mesquins... Et tout ce que l'on voudra. Ils réalisèrent leur grand périple en ne cessant de se livrer à des joutes secondaires, en perdant souvent de vue l'essentiel, en sabotant leur propre travail... Toutes faiblesses que nous ne connaissons que trop lorsqu'on s'intéresse de près ou de loin à la chose publique.

Bref, ils étaient des hommes et des femmes engagés, courageux. Ni plus ni moins.

 

Ce qu'ils parvinrent à créer fut en soi un exploit et une brèche ouverte vers l'avenir. Aujourd'hui, alors que le capital est mondialisé, que les moyens de communication sont mille fois plus performants, que les représentants des travailleurs disposent parfois de moyens d'action inégalés dans le passé, on ne retrouve pas un tel engouement internationaliste. Les sommets altermondialistes, qui ont peiné à déboucher sur quoi que ce soit de concerté, se sont épuisés, en lien aussi avec la conquête du pouvoir des partis latino américains qui les ont beaucoup portés. Pourra t-on parvenir à influer sur le devenir de ce monde sans l'élan internationaliste pour contrecarrer la mise en concurrence du salariat à l'échelle mondiale ?

 

L'idée internationaliste est présente dès la Révolution française, qui clame que tout homme souhaitant participer au projet républicain est bienvenu dans la communauté des citoyens. Lorsque la classe ouvrière en forte croissance commence à se doter de ses instruments de lutte elle songe immédiatement à la question internationale, car déjà le Patronat utilise le "dumping social". En 1843, Flora Tristan, prophète s'il en est, appelle seule à l'Union Universelle des travailleurs avec un vrai écho (Mamie révolutionnaire et son petit-fils peintre de génie (Flora Tristan et Paul Gauguin). En 1847, Marx publie le Manifeste du Parti Communiste qui lance son "prolétaires de tous les pays, unissez-vous !".

 

Les contacts se nouent entre anglais et français à l'Exposition Universelle de Londres, où des français ont pu se rendre, voyage payé par le régime impérial (qui essaie alors de flatter la classe ouvrière).  Ces français, sous influence de Proudhon, sont les représentants d'un prolétariat parisien hautement capable, travaillant en ateliers, dans une France où les concentrations industrielles sont encore rares. Tolain, un des fondateurs de l'Internationale est ciseleur en bronze. Ces ouviers rêvent d'un monde de producteurs indépendants solidaires, organisé sur le principe coopératif.

 

En 1864 se tient un meeting de 2000 ouvriers à Londres, principalement composé de français et d'anglais. Marx y est présent mais n'en est pas l'initiateur. C'est très progressivement que par son intelligence reconnue, il deviendra non pas le chef, mais l'esprit influent de l'association.

 

Le fameux "Conseil Général" de l'A.I.T est fondé, et siège à Londres. Les statuts de l'association indiquent de manière très claire qu'il s'agit de passer à l'étape de l'indépendance de la classe ouvrière par rapport au patron paternaliste, au philantrope ou au républicain bourgeois : "l'émancipation des travailleurs doit être l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes". Les ouvriers ont été échaudés par leurs tentatives d'alliance avec les démocrates bourgeois, notamment en 1848, qu'ils payèrent par leur sang.

 

Chacun repart chez soi avec le projet de fonder des sections locales et nationales. En France, l'association s'établit dans le faubourg du temple.  On y retrouve des ouvriers comme Tolain, Camélinat, Fribourg. Ils sont rejoints par deux militants prometteurs : Benoît Malon, Eugène Varlin : un relieur qui a obtenu la journée de 10 heures dans le secteur du Livre. Un personnage particulièrement charismatique, efficace et intelligent. Malheureusement tombé dans l'oubli. Il finira sa vie sous les fusils des soldats versaillais qu l'achevèrent à coups de crosse. Ces "coopératifs" qui souhaitent organiser la production sociale sous l'égide des ouvriers, sur le mode de l'association volontaire, se heurtent aux disciples du professionnel de l'insurrection Auguste Blanqui, qui rejoindront l'internationale en 1870.

 

Un an plus tard, l'A.I.T convoque une conférence à Londres. Le mouvement s'élargit. En Allemagne, deux courants émergent : celui de Lassale, autoritaire et prussophile, vite tenté par la négociation avec l'Etat. Celui de Bebel et de Liebkniecht qui débouchera sur le grand Parti Social Démocrate. En Italie, la question nationale absorbe toute l'énergie révolutionnaire. Des contacts sont liés avec New York, Rio, Barcelone, la Belgique... L'Internationale salue Abraham Lincoln qui lui répond poliment. A cette étape, l'A.I.T n'est pas diabolisée comme elle va l'être dès qu'elle entrera en action.

 

Un premier débat a lieu sur la compréhension du mot "travailleur". Les français défendent une option minimaliste, tournée vers le travail manuel. Ils sont minoritaires sur ce coup. Les premières difficultés surgissent avec les Trade Unions anglais, pourtant très présents au début, mais qui se laissent tenter par la vie parlementaire et ses compromissions.

 

Marx, comme il l'a montré dans "Misère de la philosophie" déteste Proudhon qu'il juge comme responsable des idées vaseuses de nombre de militants. Mais malgré son caractère de cochon, il transige avec les ouvriers français au moment où leur mentor finit sa vie, car il est conscient de leur valeur révolutionnaire. Il ne se trompera pas.

 

A son congrès de 1866 à Genève, l'Internationale érige la réduction du temps de travail comme la principale revendication. Car en plus de soulager l'ouvrier (dont l'espérance de vie est horriblement faible, 24 ans dans les usines du Creusot par exemple !), elle lui permet de se cultiver, de s'éduquer, de s'organiser, pour repartir de l'avant.

 

La question féminine s'invite tout de suite dans les débats. Seul Varlin a une vision ambitieuse et presciente de la question, proposant le mot d'ordre "à travail égal, salaire égal" (non encore atteint de nos jours). Il précise à propos de la femme : "ceux qui veulent lui refuser le droit au travail veulent la mettre sous la dépendance de l'homme". Mais il est minoritaire. La place de la femme, pour les premiers socialistes, est à la maison.

 

Quant à Marx, il impose peu à peu sa vision d'un prolétariat qui doit conquérir le pouvoir politique et ne pas s'en tenir à la sphère économique.

 

L'essor des grèves va conduire les "internationaux" à se radicaliser.  En 1867, la question de la collectivisation est posée, l'idée d'une stratégie politique pour s'emparer du pouvoir se précise. Les proudhoniens sont isolés, même si l'Internationale continue à saluer l'idée coopérative.

 

Alors que la guerre est revenue en Europe, avec le confit entre Prusse et Autriche-Hongrie, les internationaux prennent contact avec les pacifistes européens tels Victor Hugo ou Garibaldi (Marx les méprise, mais il serre les dents...).

 

A Paris, le climat change. La répression s'abat sur l'association, suite à une manifestation contre l'expédition de Rome (Napoléon III a porté secours au Pape contre les républicains). L'A.I.T est interdite en France. Le résultat classique est sa radicalisation, le terme "communiste" étant de plus en plus employé. On parle maintenant de "destruction du salariat". Le régime de Napoléon III va lâcher du lest en autorisant les réunions publiques : les ouvriers s'y engouffrent. De nombreuses et fréquentes réunions publiques réunissent la classe ouvrière parisienne, et seront autant d'ateliers de formation pour les futurs communards.

 

L'Internationale se transforme en outil de solidarité européen à l'égard des grêves. Elles sont considérées non pas comme la panacée mais comme une étape de fortification de la classe. L'apport très important de l'Internationale est aussi de prévenir toute dérive nationaliste du mouvement ouvrier, même si elle apporte son soutien à des revendications nationales comme celle des Irlandais qu'elle incorpore dans sa critique du capitalisme.

 

L'anarchiste Bakounine, que Marx connaît depuis longtemps, s'installe à Genêve. Ce "Mahomet sans Coran" comme le qualifie le philosophe allemand, est entouré d'une petite escouade de militants aveuglément dévoués (parmi lesquels Benoît Malon pendant un temps, ou encore Elisée Reclus le géographe). Une société secrète. Sur ce point, Bakounine est en phase avec Blanqui le conspirateur. Mais il s'en différencie franchement en ce qu'il condamne la politique, et les deux courants se détesteront. Le but de Bakounine ("Catéchisme révolutionnaire") est une insurrection qui mène à la reconquête de la société par le bas, selon le principe fédératif. Bakounine est ainsi dans cette contradiction entre l'avant-gardisme d'une élite secrète, et la vision d'une classe ouvrière prenant en main ses destinées sans se soumettre à quelque autorité. Bakounine veut intégrer l'A.I.T mais se heurte à l'hostilité de Marx, qu'il essaie de séduire : "je suis ton disciple"... L'adhésion se réalisera mais sera difficile, l'A.I.T refusant une double appartenance à une association internationale. Le conflit est latent entre les deux grandes figures du mouvement international, qui au delà de leurs différences de fond, sont deux personnalités bien différentes : l'un est un intellectuel ultra rigoureux, l'autre un aventurier avant tout.

 

Le mouvement ouvrier devenant plus dynamique, l'Internationale, qui soutient, stimule, plus qu'elle ne provoque les grêves, devient la bête noire des patrons, qui tentent de la discréditer en dénonçant le complot de l'étranger... (on voit que les veilles méthodes ne sont pas oubliées...) Le conflit social s'aiguise, et l'A.I.T, désormais forte du renfort bakouniniste (et de ses bastions comme Barcelone ou Naples) durcit ses positions, débattant de la suppression pure et nette de l'héritage.

 

L'Internationale doit alors affronter la question de la guerre franco allemande. Elle ne s'y est pas préparée, mais elle s'en sort incomparablement mieux que la deuxième internationale qui y sombrera. Les députés socialistes allemands s'abstiennent sur le vote des crédits de guerre, puis protestent contre l'offensive allemande. Ils sont engeôlés. En France, la défaite du régime impérial débouche sur la proclamation de la République. Les ouvriers adoptent une attitude patriotique, de défense de la Patrie, en continuité avec la Grande Révolution de 89 (ce qui irrite Marx). Bakounine passe la frontière et participe à une insurrection à Lyon, qui échoue rapidement.  Les élections françaises portent au pouvoir une majorité conservatrice à forte composition royaliste, qui affiche d'emblée son programme en s'installant à Versailles. Adolphe Thiers cède à Bismarck, et prend des mesures de fermeté envers le peuple parisien, quitte à le provoquer pour lui régler son sort ensuite.

 

C'est alors la fameuse affaire des Canons de Montmartre et le basculement dans la Commune Révolutionnaire qui durera cent jours.

 

Contrairement à ce que prétendirent les Versaillais, l'Internationale ouvrière ne pilotera pas la Commune, et elle ne l'influencera pas en tant qu'organisation. Mais il est vrai que ses militants s'y investiront corps et âme et y assumeront des responsabilités éminentes, ce qui est logique.  23 élus sur 92 appartiennent à l'Internationale. Varlin a en charge les Finances, Camélinat la monnaie (qu'il rend à la fin de la Commune en meilleur état !).  Pindy est gouverneur de l'Hôtel de ville. Elisabeth Dmitrieff, correspondante de Marx, et Nathalie Lemel organisent l'Union des femmes pour la défense de Paris.

 

La Commune, bien que méfiante à l'égard des espions étrangers, n'en sera pas moins clairement internationaliste, confiant des responsabilités à des étrangers (succulent à se rappeler, quand on voit le fracas que provoque aujourd'hui l'idée d'un droit de vote local des résidents étrangers en France).

 

Marx, pessimiste sur l'issue, se tient informé de l'évolution de l'expérience, et prodigue des conseils. Sa pensée en sera modifiée, comme celle de l'Internationale. La Commune a démontré, pour lui, que le prolétariat ne pouvait pas se contenter de prendre le pouvoir comme tel, mais devait transformer l'Etat pour accomplir la Révolution. Au sujet de la Commune, il écrit au nom de l'Internationale, à chaud, un de ses textes les plus réussis et ravageurs : "la guerre civile en France".

 

Le mouvement ouvrier est décapité pour longtemps en France, suite à l'immense massacre des communards, à la fuite et à l'exil forcé des survivants, suivis de Conseils de guerre, de condamnations à mort par contumace. L'Internationale perd un de ses points d'ancrage les plus prometteurs. Eugène Pottier, caché dans Paris, passe le temps en rédigeant un poème encore chanté par des milliers de personnes pendant la Présidentielle française de 2012 : une certaine "Internationale"...

 

La Commune a marqué une simple pause dans le litige croissant entre politiques et anti autoritaires au sein de l'A.I.T. Les militants influencés par Marx, dont le nom commence à être connu suite à la Commune, insistent sur la création de Partis politiques de la classe ouvrière. Le conflit devient ouvert avec les Bakouninistes. En Espagne, le gendre de Marx, Paul Lafargue est envoyé par le Conseil Général de Londres pour soustraire les militants à l'influence du Russe. Peine perdue. Le prolétariat espagnol restera anarchiste, avec d'immenses conséquences au vingtième siècle.

 

A la Haye en 1872 se tient le dernier véritable Congrès de l'A.I.T. S'y déroule une bataille de mandats digne d'un congrès étudiant. En fait, Marx et les siens, dont Engels désormais entièrement tourné vers la politique, liquident de fait l'association en la transférant à New York. Bakounine est exclu pour constitution d'une société secrète (ce qui est vrai) et pour ses liens avec le nihiliste sanglant et pervers Netchaïev (cf "les démons" de Dostoïevski). Les dits anti autoritaires essaient de reformer une internationale en lien avec des socialistes tentés par l'intégration au système politique (avec qui ils partagent la détestation de Marx). C'est un échec. Bakounine finit isolé, suite à une affaire de détournement de fonds. Il meurt en 1876 et reste le fondateur, avec Proudhon, de l'anarchisme. Ses disciples se radicalisent dans "la propagande par le fait", ils essaient même comme plus tard Castro et Guevara, d'implanter une guerilla dans les montages napolitaines, avec le même succès que le Che en Bolivie...

 

De son côté, le socialisme sous direction marxiste fleurit. Le Parti allemand remporte 600 000 suffrages en 1877. Marx et Engels exultent, sans pressentir les risques que l'institutionnalisation et la bureaucratisation du mouvement font courir au socialisme ouvrier. Le mouvement essaie de reprendre pied en France. L'amnistie est décidée en 1880. Dès 1879 un congrès socialiste fort de 45 délégations se réunit à Marseille. Guesde et Lafargue sont à l'initiative d'un renouveau socialiste sur le modèle allemand. Mais le mouvement français renaît en ordre dispersé. D'autres initiatives voient le jour, comme la création du parti ouvrier socialiste révolutionnaire, réunissant Brousse, Allemane, Malon qui a survécu à la commune. D'autres figures, comme Vaillant, rentrent en France.

 

Marx ne veut pas hâter la renaissance d'une internationale au grand jour. Celle-ci ne sera créée qu'en 1889. De grands débats l'animeront. Mais elle échouera lamentablement sur l'écueil de la guerre mondiale ( "L'union sacrée"... l'impensé qui ressort sous forme de malaise tous les 11 novembre) .

 

L'autre tradition, celle de Bakounine, trouvera filiation dans le syndicalisme révolutionnaire, avec la création de la CGT en France ou de l'IWW aux Etats-Unis.

 

Tels sont, pour ceux qui vivent de leur travail, nos grands aînés. Ceux sans qui la société aurait eu encore plus de mal à accoucher des lumières de la civilisation que sont le droit du travail, l'enfance soustraite au travail au bénéfice d'une éducation obligatoire et relativement gratuite, les droits sociaux élémentaires que sont la retraite, la santé socialisée, l'assurance chômage, la couverture du risque famille, les services publics. Sans ces pionniers qui voulurent abattre l'Etat, le dépasser, ou le conquérir pour le faire dépérir, l'Etat n'aurait qu'une main, celle de la répression qui s'abattit sur eux. Nous, nous avons sa main gauche, devenue plus prégnante au fil du temps. C'est celle qui tient en elle les résultats de longues luttes incorporées dans nos vies. Mais toujours et encore en butte à de violentes menaces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Histoire
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Emma 25/05/2012 13:48

La toile, ce grand trampoline duquel on ne tombe jamais puisqu'un lien rebondit sur un autre, qui lui-même n'est qu'un rebond du précédent et ainsi de suite.

Moi non plus je n'emprunte pas les livres. Moi aussi je les achète, même quand je ne les lis pas, même s'ils ne ressortent que plusieurs mois, parfois même plusieurs années après être passés en
caisse. Mais ils sont là, près de moi, et cela c'est rassurant, réconfortant. Certains achètent du chocolat pour calmer leurs angoisses. J'achète des livres !

Jolie découverte que ce blog d'un lecteur affamé !

jérôme Bonnemaison 26/05/2012 14:49



Chère Emma,


Nous manifestons ainsi les mêmes défenses. Et tes mots pourraient être les miens.


Mais je te concède que je cumule aussi avec le chocolat... même en le volant à mes enfants si nécessaire...


Merci de tes mots de sympathie. N'hésite pas à commenter et à me fare connaître tes découvertes.



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  • : Le blog de mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com
  • : le blog d'un lecteur toulousain assidu
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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