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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 09:00

221007_Ne-touchez-pas-la-hache.jpg Je me permets de suggérer à tout lecteur passionné de conserver, dans sa file d'attente de futures lectures, quelques "classiques". Particulièrement de petits romans comme des intermèdes délicieux, des gourmandises rares que le diabétique se permet de temps en temps, car il est sain que le corps exulte.

 

Il est vrai que lire un passage de Mme de Lafayette entre deux productions contemporaines, c'est comme se permettre une omelette aux truffes entre le morceau de bon pâté nourissant et la Dinde. Je ne parle pas des boîtes de Ravioli... Personne n'est tenu de lire Christine Angot.

 

Il y a cette emphase, sur le fond et la forme, aujourd'hui obsolète ; cette richesse de la langue, dont j'avoue être mélancolique. Il y a cette manière abandonnée par la Post modernité, d'évoluer sans cesse du particulier au général, de prendre des exemples pour en tirer des vérités définitives sur "la" nature humaine, "la" Femme, etc... Ce sont parfois des bêtises, mais brillantes.

 

Par exemple, dans "La Duchesse de Langeais",  récit romantique que je viens de lire, Balzac décrit les sentiments de l'amoureux transi de la Duchesse, Armand. Et tout d'un coup l'auteur nous affirme, sentencieusement : "Mais il n'y a point de petits sentiments pour le coeur ; il  grandit tout ; il met dans les mêmes balances la chute d'un Empire de quatorze ans et la chute d'un gant de femme, et presque toujours le gant y pèse plus que l'Empire". Cela ne s'ose plus, car voyez-vous, on est revenu de tout. Et vous ne trouvez cette grandiloquence que dans les "classiques", ou les néos classiques ("Aurélien" d'Aragon, qui certes date un peu, me paraît un néo classique).

 

C'est dans le domaine psychologique que les classiques sont bien sûr indépassables. Stendhal évidemment. J'aime Lucien Leuwen particulièrement.  Stendhal, dans plusieurs de ses livres, nous offre une analyse psychologique merveilleuse de membres de ces générations perdues, nés après les tumultes révolutionnaires et napoléoniens.

 

Comment s'expliquer cette retenue de la littérature contemporaine pour la psychologie, au profit d'une écriture plus comportementaliste ? Se contentant de nous expliquer ce qui se produit, se perçoit. Est-ce parce que la psychologie, depuis le dix-neuvième siècle, s'est autonomisée en tant que discipline ? Je ne sais pas. Si vous avez un avis sur la question, je suis tout à fait preneur.

 

De même, cette écriture omnisciente, disséquant les personnages, a été abandonnée au profit de l'écriture du type "flux de pensée". Ou d'une écriture minimaliste. Ou encore d'une écriture impressionniste. C'est comme si l'écrivain ne s'arrogeait plus tous les droits sur ses personnages, car il ne se permet plus de penser la réalité sans d'infinies précautions.

 

La Duchesse de Langeais, écrite par un Balzac alors légitimiste (c'est à dire royaliste tendance dure), exprime toute sa déception envers une aristocratie qui n'est pas à la hauteur de l'Histoire de France. Une déception amoureuse en a convaincu Balzac. Langeais est une coquette. Une petite manipulatrice, même pas perverse, qui joue avec le feu, jusqu'à s'y brûler tout entière. Une tête légère comme la classe à laquelle elle appartient, confinée dans le Faubourg Saint-Germain, dont elle est un des joyaux. Balzac n'a pas compris que la décadence de la Noblesse était irréversible. Que la Révolution n'était pas un accident. Ce roman est donc une curiosité : l'expression du dépit d'un écrivain impitoyable avec les Nobles, car il en attend beaucoup, il en espère un renouveau. Les "classiques" regorgent de ces curiosités, et nous révèlent ainsi la richesse infinie du passé.

 

Le roman décrit l'évolution des sentiments d'Antoinette de Langeais et du Général Armand de Montriveau avec une profondeur qui aujourd'hui, ne tente plus les écrivains. Vous ne la retrouverez plus qu'en costume d'époque. Stockez donc quelques "classiques¨, même si vous êtes aspirés par la compréhension de votre époque.

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Romans
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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