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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 18:49

homosfhar.jpgVoila un beau pamphlet ! Qui enfin exprime mes sentiments après le débat sur le mariage pour tous. C'est confortant parfois, de se sentir un peu moins isolé dans ses convictions. C'est mon cas au sortir de la lecture d'"Adieu les rebelles !" de Marie Josèphe Bonnet.

 

 

J'aurais certes du mal à endosser son point de vue de féministe lesbienne (étant un homme hétéro, désolé...), parfois acrimonieuse (trop parfois, quand elle exprime son aversion pour la caricature de la féminité opérée par les drag queens). MJ Bonnet a une dent contre les militants gays qui selon elle marginalisent les femmes du mouvement LGBT. Je pense aussi qu'il est possible que mme Bonnet ait des conceptions sur l'ontologie féminine qui me déplairaient, mais elles ne sont pas abordées dans cet essai, on ne fait que les subodorer. Il est possible qu'elle s'inscrive dans un essentialisme féminin que je ne saurais partager une seconde. Je le perçois quand elle dit que si le désir d'enfant est naturel pour la femme, comme aspiration à l'expérience de la grossesse, il n'est que construit socialement pour l'homme. Sans doute les enjeux sont différents puisque l'un porte l'enfant, mais le désir d'enfant masculin n'est pas que le fruit d'une injonction sociale. Il me parait d'abord proprement existentiel. Il a trait à la condition humaine, à la conscience de la finitude humaine, ce qui est le commun des hommes et des femmes : vouloir surmonter la mort en transmettant.

 

 

Mais pour ce qu'elle développe dans ce livre, tout me va bien. Une charge contre l'embourgeoisement des milieux de la défunte contre- culture (Pierre Bergé, sans doute le porte parole homosexuel le plus influent, est à cet égard une caricature vivante, quand il considère que louer ses bras ou son ventre, c'est la même chose. Et évidemment il s'identifie à celui qui loue, pas à celui qui est loué), contre leur ralliement au consumérisme mercantile, contre le désir de conformisme qu'expriment désormais les revendications des porte paroles homosexuels.

 

(en écrivant cela, je sais que je risque évidemment l'accusation d'homophobie. Je ne suis pas homophobe un instant, je le précise. J'ai manifesté pour le pacs, et même pour le mariage, par solidarité anti réactionnaire, même si le mot d'ordre ne me sied point. )

 

 

Ces logiques de conversion aux valeurs néolibérales ont culminé avec le débat sur le mariage, et se prolongent avec les sujets de la Procréation Médicalement Assistée, dont elle pense, ce que je considère comme tout à fait lucide, qu'elle débouchera quasi automatiquement sur la Gestation Pour Autrui (au nom de l'égalité devant la loi que revendiqueront les gays face à la PMA pour les femmes).

 

Bref, si la PMA est élargie au delà des couples dont la santé ne permet pas de procréer, nous allons tout droit vers un nouveau prolétariat reproductif.

 

 

 

Le mariage pour tous a été voté. Dont acte.

J'ai manifesté pour ce droit (je le répète pour les lecteurs de mauvaise foi) au nom de l'égalité des droits, et pour dire non aux homophobes. Moi qui considère le mariage comme une vieillerie d'inspiration réactionnaire (le fait de se délester de son nom, d'être conduit par son papa à l'autel...) moi qui suis non marié, vis en "union libre", et peut constater que plus personne ne s'interesse aux célibataires, aux couples non mariés ou pacsés. Et que de nos droits à nous qui ne voulons pas mêler l'amour à la loi, on s'en fout (à commencer sur le plan fiscal). Hors du marché matrimonial, point de salut donc.

 

 

 

Maintenant que cela est réglé, nous pouvons nous expliquer entre dits progressistes...  Entre libéraux libertaires (mais libertaires en réalité normalisés), et progressistes pour le dire tout net. Nous le devons absolument, les enjeux étant immenses, pour la suite. C'est pourquoi j'aurais préféré que plutôt que de renoncer à sa loi pour la famille face aux agitations crypto fascistes, le gouvernement engage un débat approfondi, permettant de tout considérer courageusement.

 

 

Mme Bonnet, est comme moi, et comme sans doute beaucoup de gens de gauche qui ont serré les dents par solidarité contre l'ordre moral, éberlué du fait que le mariage, ce dispositif de domination millénaire, soit devenu le nec plus ultra de mouvements qui se sont dressés pour la liberté.

 

 

Les mouvements féministe et homosexuel des années 70 n'auraient jamais revendiqué le droit au mariage, ils prétendaient au contraire le briser.

 

Qu'est ce qui s'est passé ? Comment en est on arrivé là ?

 

 

L'auteur insiste sur les conséquences de l'épidémie du sida qui a contraint le mouvement gay à s'institutionnaliser et à brisé la transmission idéologique entre deux générations d'homosexuels, ce qui est une thèse convaincante.

 

 

Elle évoque juste en filigrane une autre cause : la prise de pouvoir, dans tout le mouvement progressiste, de fractions bourgeoises, ou petites bourgeoises, pour qui les valeurs patrimoniales sont centrales. En somme l'idéal désormais c'est de disposer d'un papier protégeant des richesses accumulées, et donnant accès à l'emprunt. Voila où en sont ceux qui voulaient révolutionner tout, tout de suite.

 

 

Parallèlement à cette prise de pouvoir, c'est tout le triomphe de la pensée libérale qui s'exprime dans la valeur mariage, dans l'idée du contrat en particulier, qui est le coeur même de l'idéologie de marché, et à travers les revendications ultra consuméristes d'un "droit à l'enfant" (se substituant au droit DE l'enfant qui organisait les politiques de l'enfance. Point que l'auteur oublie en route), puis de la PMA et de la GPA.

 

 

Car nous, gens de gauche (oui je suis de gauche, personne n'est parfait), avons tendance à frétiller quand nous entendons la revendication d'un droit. Nous oublions souvent que c'est un droit qui implique parfois des obligations pour autrui, des annexions, des conséquences sur d'autres, parfois pas encore nés. Nous oublions que le droit du consommateur est désormais le principe central de l'Europe libérale, et qu'il justifie bien des régressions, comme la déréliction des services publics noyés dans la concurrence et donnant lieu hypocritement à des monopoles privés.

 

 

Nous ne voyons pas, trop omnubilés par une culture politique marquée par la lutte démocratique contre l'absolutisme, ce que le "droit à" peut avoir de despotique infantile, d'irresponsable envers autrui ou les générations futures. Le droit peut être infâmement égoïste.

 

 

L'égalité des droits passerait donc par le couple, et non pas l'individu... ??? Voila le récif où échoue la pensée progressiste, larguant cet acquis essentiel des Lumières.

 

La République serait chargée de fournir du sacré, du symbolique, à la place des Eglises, ce qui est là aussi une confusion effarante (c'est avec cet argument du symbolique qu'on a jugé le PACS insuffisant).

 

 

On peut vraiment s'interroger sur ce désir de normalité invétérée qui anime des gens à qui on reproche d'être déviants. N'est-ce pas céder justement à ce discours ?

 

 

L'amour se voit donc réduit à un "parchemin" comme disait Brassens dont le motif central est de protéger des biens. De se prémunir par avance ? Quelle froideur, quel esprit de calcul.. Le mariage est non seulement l'emprise du social sur l'amour, mais aussi le fruit d'une pensée du contrat d'assurance entre deux homo economicus. C'est encore un procédé qui est censé protéger le plus faible économiquement dans le couple, soit un dispositif qui appartient historiquement au patriarcat, à un monde nécessairement inégalitaire.

 

Que les progressistes brandissent ce symbole sur des calicots, et considèrent que c'est une bataille qui vaut de s'écharper pendant des mois dans une société en crise, laisse au mieux sceptique, au pire furieux.

 

 

Penser que ce droit règlera la question de l'exclusion des homosexuels est de plus une illusion. Le droit est froid. Le droit, comme le souligne MJ Bonnet n'est pas de la reconnaissance réelle, la reconnaissance relève de la subjectivité. On peut avoir des droits et être haï. Et j'ajoute même qu'on peut être haï parce qu'on a des droits. L'acceptation de la différence, par la voie de l'uniformisation par le droit, peut laisser dubitatif. L'égalité des droits n'a pas fait reculer le racisme. Et le mariage ne supprimera pas l'homophobie. Cette "reconnaissance" est largement illusoire. Se ruer sur le mariage ne protègera les homosexuels de pas grand chose.

 

 

Le mouvement homosexuel a été révolutionnaire. Sa séparation d'avec le mouvement féministe est pour MJ Bonnet le début d'une dérive. Elle reproche au mouvement gay d'avoir marginalisé les lesbiennes. Et on ne peut que lui donner raison sur la très forte visibilité des gays dans l'espace public, alors que les lesbiennes restent invisibles. Malgré des coming out médiatiques. l'épidémie du sida a massivement frappé les gays. lls se sont mobilisés pour la survie, ont obtenu de la reconnaissance heureusement. Mais les lesbiennes n'ont pas connu la même dynamique. Cette montée en puissance des gays dans l'espace public les a conduit selon Mme Bonnet, ce sur quoi je n'ai pas d'avis éclairé personnellement, a "parler au nom de la communauté" et à ignorer le point de vue des lesbiennes. Or d'après elle, les lesbiennes féministes n'auraient pas fait du mariage la première revendication, par détestation de ce symbole patriarcal. Ca se discute sans doute.

 

 

En tout cas, l'institutionnalisation du mouvement gay est un fait. Elle est issue de l'histoire héroïque contre le sida, mais elle nous livre un mouvement qui ne revendique plus que du droit, du juridique.

 

 

Mais si on s'en tient au mariage, rien n'est à déplorer au fond, mis à part le symptôme idéologique. Le problème important est que la stratégie du mouvement LGBT est de lier mariage, PMA, GPA, dans une logique commune d'extension du droit. Un droit sans limite en définitive. Un droit pour le droit. Un droit qui ne s'embarasse de rien.

 

 

La maternité comme un droit, libéré même du biologique, c'est encore un retournement... Alors que le féminisme justement revendiquait le droit à ne pas se marier, et à ne pas faire d'enfants. Aujourd'hui, il faut à tout prix faire des enfants pour être "normal", et il faut à tout prix que l'Etat organise les conditions de l'accès à l'enfant, par l'autorisation de toutes les pratiques nécessaires.

 

 

Or, quel est le dispositif idéologique qui sous tend la PMA et la GPA ? Il s'agit de contrats. De dons de sperme ou d'ovocytes ou de location d'utérus. Il s'agit de produire un enfant. Il s'agit de le couper volontairement, sans lui demander son avis, de sa généalogie. L'enfant est donc ici non pas une fin en lui même, irréductible, mais une chose. Le droit à l'enfant, c'est faire grammaticalement de l'enfant une chose, un objet, qui appartient à un consommateur.

 

 

Le consommateur, tout enivré de son droit à être parent, dans un déni de paternité pour la PMA, de maternité pour la GPA, se fiche de savoir quelles sont les conséquences psychiques pour l'enfant de l'absence de généalogie.

 

Or, comment ignorer les souffrances des nés sous X, leur revendication d'accès à leur origine ? Comme ignorer que les cabinets des psychiatres sont pleins d'humains à qui on a caché ou qui ont été privés de leur généalogie ?

 

D'un côté, le désir d'adultes, qui n'ont été victimes d'aucune injustice, mais du hasard de leur orientation sexuelle ; de l'autre la programmation de la souffrance pour des futurs nés qui n'ont pas leur avis à dire, dont on préempte la santé psychique. Cette préemption n'est pas admissible à mon avis, je partage le point de vue de l'auteur.

 

 

MJ Bonnet évoque rapidement la question eugénique. Mais elle aurait pu dire que le droit à l'enfant peut rapidement, sous la pression du marché, se transformer en droit à l'enfant... Que l'on veut. Et d'ailleurs ce désir est déjà là dans la PMA, dans la mesure où elle procède d'une appréciation de l'adoption comme solution insuffisante pour faire face à la stérilité. MJ Bonnet souligne que certains proposent déjà des diagnostics préimplantatoires avant insémination, pour sélectionner les gênes. Autre risque que le marché peut solvabiliser : la PMA "de confort" : pour ne pas grossir, pour ne pas interrompre sa carrière (solution qu'un employeur saura rappeler). A partir où une demande économique s'exprime, le marché la juge légitime, il propose sa satisfaction, et il fabrique aussi des millions de pauvres disposés à fournir sperme, ovocytes et utérus.

 

 

Quant à la GPA, qui découle de la PMA, considérée comme le premier pas lesbien, qui permettra ensuite aux gays de confier à une mère le soin de leur fabriquer un enfant, est-il besoin d'en décrire le caractère anti éthique ? Une grossesse, est-ce un détail dans une vie ? Est- ce sans conséquence ? Sait-on ce que la séparation de son enfant entraine, au delà du "contrat" ? Comment en est on arrivé à considérer les femmes comme des choses ? C'est bien le marché, qui vise à coloniser toute la vie humaine, qui étend infiniment le règne de la marchandise.

 

 

La liberté comme intégrité invincible, la liberté comme celle de consommer et d'accumuler des droits individuels. Deux conceptions. Qui doivent s'affronter clairement. Il faut aller au fond de ce débat, car à travers la bioéthique c'est le devenir de l'humain qui se joue, rien de moins 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Oeuvres politiques
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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