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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 19:32

   photocatilina.jpg Un type s'avère aigri et ambitieux.


Il veut prendre le pouvoir. A cette fin, il cherche à rassembler tous ceux qui ont une raison quelconque d'en vouloir aux chefs en place : les perdants, les fainéants, les oubliés, les envieux, les cupides, les ulcéreux. Il les agite et entretient leur animosité.

Partout où ils sont, il suscite leur fiel, leur fournit de l'espoir pour l'avenir, leur explique qu'il est un fier à bras et qu'au moment voulu il ne se dégonflera pas - lui - pour chasser ces chefs qui leur pourissent la vie...

Vient un jour où tous se rencontrent et c'est très tendu. On est à deux doigts d'en venir aux mains.  Mais ça se calme. Ce n'est que partie remise.  Les critiques et sarcasmes reprennent de plus belle. Chacun rivalise de phrases venimeuses et de menaces contre les chefs. Des incidents éclatent. On sent que le dénouement est proche.

Comme les envieux veulent s'assurer de réussir, ils prennent contact avec de nouveaux alliés potentiels. Ceux-ci finassent, tergiversent, mais finissent par se laisser séduire. Un jour, l'un de ces nouveaux comploteurs se fait piquer en train de médire sur les chefs. On lui explique qu'il peut se blanchir en dénonçant les vrais méchants, les fomenteurs de la trahison, en aidant à leur tendre un piège.

A la suite de quoi les traîtres sont confondus et corrigés un par un.

Pendant ce temps, le leader de la contestation s'est mis au vert par prudence. Il apprend que ses amis ont été percés à jour, mais il veut penser que c'est le signal de la révolte. Alors il rue dans les brancards et se retrouve seul et acculé. Il disparaît de la vie de la communauté...

... Après ça, on causera beaucoup pour dire que cet incident a révélé la sale ambiance qui régnait. Et les problèmes futurs seront lus au regard de cette ancienne crise.

C'est arrivé dans votre association, votre club d'escrime, votre syndicat, votre troupe de théâtre, votre boîte de com' ou votre promotion de prépa HEC ? Sans doute, et rien de plus normal.

Mais sachez que c'est aussi le propos de "La conjuration de Catilina" de Salluste, grand texte historique romain, référence pour ceux qui perpétuèrent la pratique de l'Histoire à travers les siècles.
 

Un court récit écrit au cours du premier siècle avant JC, et qui raconte un complot déjoué par Cicéron à Rome, annonciateur de l'agonie de la République.

 

Catilina, furieux de ne point parvenir à être élu Consul, essaya de cristalliser tous les mécontentements dans une Rome paradoxalement affaiblie et corrompue par ses succès et l'immensité de ses conquêtes. 

 

Cicéron, le fameux maître en rhétorique, le mit en échec en retournant ses alliés gaullois et en les transformant en taupes au sein du complot. Catilina tenta le coup pour le coup et prit les armes. Il fut écrasé et mourut le glaive à la main, dans un sursaut de dignité. La République s'en sortit, mais vécut ses dernières heures, comme Cicéron. Le Césarisme était déjà là.

Ce petit texte est intéressant à lire, tant il montre que la politique suit finalement les mêmes schémas depuis fort longtemps. Les guéguerres de clans, tout ce qui agite le landernau, ce ne sont que péripéties bien répétitives. L'essentiel n'est sans doute pas là. Pour comprendre le monde sans doute faut-il regarder ailleurs, au plus profond et durable.


La politique, vraiment, c'est du déjà vu.


.braudel Alors délaissez si vous le pouvez les Dépêches AFP et leurs innombrables retranscriptions pavloviennes, les rubriques "en hausse/en baisse" des hebdomadaires. Préférez "la Dynamique du capitalisme" de Fernand Braudel (petit ouvrage lumineux sur l'histoire de ce mode de production) aux éditoriaux des économistes et "spectateurs engagés" en vogue, qui se sont toujours trompés mais continuent à arborer la même suffisance.

 

Comme "la Conjuration de Catilina"est publiée en "bilingue", vous pourrez ressentir un brin d'émotion en vous souvenant de vos cours de latin en 4ème.

P.S : la grande hélléniste Jacqueline de Romilly nous a quittés. J'ai lu son "Alcibiade" il y a dix ans. Edifiant. Encore un personnage qui a montré, il y a si longtemps à Athènes ou en se vendant aux ennemis de la Cité, la nature de la politique. Celle qui se déploie chaque jour devant nous. La politique, c'est l'art de conquérir le pouvoir. Et tout est presque dit.

alcibiade.jpg

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Published by mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com - dans Histoire
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commentaires

Laurent 18/01/2011 14:39


Cicéron, c'est Sarkozy. Spartacus, Besancenot. Jules César, le PS. Catilina...?


Laurent 14/01/2011 08:42


"Bonapartiste" est un joli anachronisme. Il s'agit de la Rome Antique. Nul Parti Communiste à l'horizon à l'époque. Par contre, déjà un Parti Populaire. Ses membres les plus illustres ? Jules
César, Catilina...
Ce qui m'a frappé dans ton post, c'est justement cette façon de voir la "politique". Ce n'est pas à toi que je vais apprendre quel est le moteur de l'histoire. Et que de tout temps, c'est la lutte
des classes qui créé les mouvement réels du monde. Si parfois ceux-ci s'incarnent dans des hommes imparfaits, traversés des sentiments que tu décris, ses mouvements réels n'en existent pas moins.
Et méritent mieux que d'être brocardés dans une caricature de celui qui les porte.
En traitant Catilina comme ça, on nie les aspirations qu'ils portaient à l'époque. Il voulait étendre le suffrage ? Il était populiste. Il voulait fédérer le peuple qui râlait ? Il était populiste.
Il voulait le pouvoir pour faire une réforme agraire ? Il était arriviste.
Bref, tu vois où je veux en venir...


jérôme Bonnemaison 18/01/2011 14:18



 


Doucement... Jules César, c'est pas Spartacus non plus.



Laurent 10/01/2011 22:00


Je suis scandalisé !
Traiter Catilina de cette façon !
Comme si celui qui s'adressait à nous n'était qu'un vulgaire soldat de ce parvenu de Cicéron, à la solde des patriciens et autres puissants !
Stop !
Réhabilitons Catilina. Cet homme n'a jamais cessé de combattre l'ordre établi, de prôner plus de justice sociale, d'être aux côtés de ce qui étaient à l'époque des progressistes.
Sans cesse calomnié, sans cesse bafoué, il ne put jamais arriver à ses fins : changer la donne par les urnes. Il tenta donc de le faire par les armes, de toutes façons promis à une mort certaine.
Il annonçait un régime qui touchait à sa fin, la République (rien à voir avec la nôtre), coulée par sa corruption et l'accaparement du pouvoir et des richesses par une toute petite minorité qui ne
voulait pas partager. Sauf avec leurs valets, du type de Cicéron.
Quelle fut sa proposition phare ? Annulée la dette des chevaliers (qui devaient payer à Rome pour s'armer au profit des patriciens), qui pesait sur tout l'édifice économique de la Cité, fragilisant
par là l'empire romain. "Irréalisable", dirent ses détracteurs. "Impensables", poursuivirent ses contradicteurs. "Démagogique", insistèrent ses contempteurs.
L'auteur de ce blog nous dit qu'il rassemble les pieds écrasés de Rome. Oui, c'est ça : populiste, tant qu'on y est ? Non, il parlait à ceux qui ont moins car se font exploiter par ceux qui ont
tout.
Mais la proposition fit mouche. Pour éviter les recrues de plus en plus nombreuses de Catilina, le Sénat adopta d'ailleurs une loi à contre-courant de tout ce qu'il avait prôné jusque là contre lui
: le moratoire sur ses fameuses dettes... Il fut également victime d'une véritable cabale "morale", puisque lorsqu'il allait gagner légitimement, on le fit s'empêcher de se présenter pour "outrage
aux bonnes mœurs". Il couchait avec un garçon, et ne s'en cachait pas : voilà son second crime.
Et d'ailleurs, quelques années après la mort de Catilina, c'est César (un des premiers alliés de Catilina, et bien connu pour coucher lui aussi avec des garçons) qui s'emparera du pouvoir. Mettra
fin à la République. Et appliquera le programme de Catilina, datant de 20 ans plus tôt.


jérôme Bonnemaison 11/01/2011 10:21



Je ne te savais pas si bonapartiste... Le modèle Chavez fascine plus que je ne croyais, finalement.


Mon propos n'était pas de juger Catilina, même si je pense qu'il avait une position opportuniste, et que ce qui l'intéressait c'était de prendre le pouvoir.


Ce qui m'a frappé dans ce livre, c'est la chansonnette de la vie politique. Toujours la même. Pendant que les courants profonds sont sous la terre. Ca reflète mon désintérêt croissant pour le
quotidien politique.



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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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