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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 08:12

BAL.jpg Je l'ai lue il y a déjà deux ans, mais je ne résiste pas au désir de la partager ici : la Nouvelle explosive écrite par Irène Némirovski, sobrement titrée "Le Bal". Incontournable. Sa lecture me paraît si proche, si précieusement marquante.

 

J'aurais beaucoup à dire sur cet auteur que j'admire profondément. Sur ses oeuvres, sur sa vie, sur ce qu'elle représente, sur sa manière de travailler, sur les circonstances de son heureuse et récente redécouverte. Je l'ai déjà effleurée dans ce blog. Mais j'y reviendrai à travers les oeuvres, et ici je me concentrerai sur ce joyau : "Le Bal".

 

Un court récit qui concentre, en un style classique limpide, l'exposition impitoyable de la bêtise, de la laideur de l'orgueil, de la vulgarité bourgeoise (*), et qui vous en venge, à travers un passage à l'acte définitif, brutal, sans retour. Un bal dévastateur.

 

Un petit récit sévère, cruel même (on s'effraie à y prendre plaisir). Comme l'est manifestement Irène Némirovski dans toute son oeuvre (je n'ai pas tout lu certes, loin s'en faut. Il faut étaler le plaisir, le rédécouvrir à travers les âges). C'est une Nouvelle où l'auteur accomplit par procuration, grâce à une petite fille, une vengeance cinglante. Une purification.

 

C'est bien la narration d'une vengeance parfaite, face à l'humiliation subie par une petite fille. Vengeance qui n'aura pas besoin de mûrir longuement, de couver dans un plan machiavélique. L'occasion, évidente, surviendra. La petite fille s'y adonnera sans retenue, frappant là où ça blesse mortellement.

 

L'histoire est simple. Et comme d'habitude avec les grands écrivains, c'est la simplicité qui dit tout : le rôle crucial de l'orgueil et du regard d'autrui chez l'être humain, l'obsession de la "distinction" (Bourdieu est tout entier là) dans un monde structuré en classes, le talon d'achille de la Honte chez l'individu. Etre libre, c'est de ne point rougir de ce que l'on est, disait Nietzsche. Et bien les bourgeois défigurés par Némirovski ne sont pas libres, malgré leur fortune.

 

Un couple de nouveaux riches, grâce au boursicotage, veut traduire en reconnaissance sociale sa nouvelle situation financière. Il va organiser un bal, afin d'attirer à lui le beau monde parisien. Mais la petite fille de la maison, qui rêve à ce bal pour échapper à la froideur égotique de ses parents - notamment de sa mère hystérisée par cette nouvelle donne sociale - va apprendre qu'elle en sera exclue, afin ne pas gêner l'exercice mondain. Sa fureur en sera biblique.

 

"Le Bal" est certainement un des plus beaux textes littéraires écrits sur l'enfant réel, sur ses faiblesses et sa sensibilité exacerbée, sur son sens de l'injustice et sur la radicalité de sa colère, non encore atrophiée par la discipline éducative et le conformisme.

 

Mme Nemirovski était sans conteste misanthrope et pessimiste. Ce qui l'inclinait d'ailleurs à fréquenter des milieux plutôt conservateurs. Sans plus de conviction que cela. Mais dans tous ses livres, il y a un personnage , un acte parfois isolé - même ambigu - qui traduit une lueur d'espoir, un hommage à la justice. Par exemple le couple d'employés parisiens dans le très grandiose "Suite française", simplement digne dans la débâcle de juin 40. Dans "le bal", c'est l'enfant, qui est le bras de la justice.

 

Pour une femme issue d'une famille et d'un milieu décadent de "russes blancs" exilés, plutôt délaissée dans sa jeunesse, vivant dans le climat malsain des années 30 et subissant la pression montante de l'antisémitisme, l'optimisme n'était certes pas de rigueur.

 

Irène Nemirovski n'appréciait  sans doute pas ses contemporains, tels qu'ils étaient. Mais elle aimait sans doute ce qu'ils pouvaient devenir, parmi tant de potentialités.

 

Une position tenable. Indubitablement.

 

(*) "j'appelle bourgeois quiconque pense bassement" - Flaubert

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Romans
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commentaires

Lire. com 14/10/2011 21:40


Bonjour , je dois faire un abécédaire sur ce livre avez vous des idées ? j'en est trouver quelques lettres mais je satture ! mERCI


jérôme Bonnemaison 14/10/2011 23:57



A comme Arriviste B comme Bourgeois C comme Catastrophe D comme Drame E comme Envie F comme Filiation G comme Guet Apens H comme Humilier I comme Impitoyable J comme Jubilatoire  K comme K.O
L comme Libération M comme Mère N comme Nouveau riche O comme  Oh ! P comme Pervers Q comme Quête R comme Revanche S comme Sanglant T comme Talion U comme Ubris V comme Vengeance W comme
Waterloo X comme ? Y comme Yes ! Z comme Zorro



kader 17/04/2011 20:12


Suite française...Fabuleux livre !!


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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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