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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 09:43

485292_3353164022569_1072964610_3071014_1224259542_n.jpg C'est un ouvrage soigné, dont l'édition a été tout sauf désinvolte. Richement illustré de reproductions des oeuvres de Kalho et de jolies photos de l'artiste.

 

"Frida Kalho", Confidences", de Salomon Grimberg est pourtant à mon sens un livre décevant, un peu énervant même, sur ce personnage magnifique, baroque, singulier, séduisant malgré ses décompositions : Frida Kalho.

 

  Elle  était  une artiste. Oui une artiste. Et le livre l'oublie. Tout à la dissection un peu morbide des reliques de cette figure du vingtième siècle.

 

 

Le livre, assemblage de papiers dont la cohérence est discutable (on finit même par ne plus comprendre qui parle ou écrit, et s'il y a encore un auteur), exploite les discussions entre la peintre et Olga Campos, sa copine psy. Olga Campos nous raconte leur amitié. Chouette, mais encore ?

 

Et puis on a droit, et cela me provoque même une certaine gêne, à la reproduction brute des évaluations psychologiques de Frida Kalho. Sa personnalité narcissique, ses somatisations, sa dépression chronique, ce sentiment d'abandon qui la consumait...

 

Les intellectuels peuvent aussi être des voyeurs, des midinettes et des lecteurs de presse people. Mais ils sont assez malins pour le dissimuler sous des prétextes divers. Fouiller dans l'intimité de Frida Kalho, voyez-vous, c'est mieux comprendre son oeuvre... Mais dans ce livre où est l'oeuvre ? Nulle part sinon dans les reproductions de tableaux plaqués au milieu des révélations intimes et du témoignage du celui qui a reçu les confidences. Leur présence sert d'alibi.

 

Tant qu'à sombrer dans la psychologie rapide, comme le commet le livre, le lecteur pourrait se demander s'il n'y a pas un plaisir un peu sadique à s'apesantir sur les douleurs physiques et morales de cette artiste qui de ses six ans à sa mort ne connut guère le répit.

 

L'oeuvre de Frida Kalho, c'est pourtant la richesse d'une peinture à la fois politique, spontanément surréaliste (au moment où le surréalisme émerge de l'autre côté de l'Atlantique, étonnante et passionnante coïncidence). Une oeuvre portée vers la sublimation d'une douleur physique et psychologique constante (si quelqu'un dérouilla dans sa courte vie, c'est bien elle). Un surréalisme spontané, métissé avec un ancrage profond dans les cultures mexicaine et indienne.

 

Parler de tout cela, ce serait ô combien plus passionnant que d'imprimer les résultats du test de Rorschach effectué par Mme Kalho, en y débusquant les références à l'égard des coucheries permanentes de cet érotomane de Diego Rivera.

 

Si l'auteur avait pu trouver une relique des draps souillés par l'étreinte de Frida et de Léon Trotski, on y aurait sans doute eu droit.

 

Oui, Frida Kalho se livrait de manière déconcertante dans son oeuvre. Une peinture qu'elle réalisait clouée à son lit, dans un effort de vivre quand même, de créer, de participer de ce monde avec lequel elle entretenait un rapport sensible très fort. Mais c'est vers l'oeuvre qu'il est passionnant de se tourner, et pas vers des détails intimes qui n'ont finalement que peu ou pas d'intérêt. Des enfants délaissés, des invalides, des bisexuelles et des jalouses, on peut en trouver partout autour de soi. Mais ils n'ont pas produit l'oeuvre stupéfiante, dérangeante, fascinante, de Frida K.  

 

Et tant qu'à se pencher sur la relation entre Rivera et Kalho, il est ridicule de dérouler sur les écarts adultérins du géant attachant, ou de leur propension à la régression dans l'intimité. Ce qui est passionnant, et qui n'est même pas effleuré, c'est de mener une oeuvre en parallèle, en s'influençant, en surpassant de suite le rapport du maître et de l'élève, en initiant un dialogue entre deux approches se séparant, se combinant. Pas une ligne, dans le livre de Grimberg, sur ce communisme indigène qui était commun au couple. Synthèse tout à fait personnelle, originale, qui retrouve d'ailleurs un écho aujourd'hui dans les révolutions sud américaines. Impasse sur la politique de l'art et l'art politique, tels qu'ils les ont pratiqués. 

 

Pour ceux qui voudraient faire connaissance avec Frida Kalho, son oeuvre, sa personnalité libre, sa manière de vivre comme une véritable artiste, sans verser dans l'idôlatrie voyeuriste, il est sans doute plus profitable de lire le rapide mais virtuose "Diego et Frida" de JMG Le Clezio.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Art
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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