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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 08:34

Leonardo_-_St._Anne_cartoon-alternative.jpg J'ai patienté, pour une fois très longtemps, avant de trouver un ouvrage de fond qui me convienne au sujet de Léonard de Vinci.

 

Des publications sur Léonard, le moins que l'on puisse dire est que l'on n'en manque pas. Mais je ne cherchais pas un Beau Livre de plus, une simple biographie (encore que) et je voulais éviter de tomber sur ces attrape nigauds qui prospèrent sur la fascination suscitée par le personnage.

 

Je me suis décidé à acheter un Essai très complet, écrit il y a une dizaine d'années par feu Daniel Arasse, Historien de l'Art émérite : "Léonard de Vinci, le rythme du monde".

 

C'est un livre de référence très complet, trop scolastique parfois à mon goût, joliment mais insuffisamment illustré, qui analyse de fond en comble cette oeuvre sans  ambition pareille, sa dynamique, ses sources, la pensée de Léonard de Vinci. Ce n'est pas une biographie même si le propos est obligé d'aborder les péripéties de cette vie à la fois prolifique et atrophiée

 

Et surtout Daniel Arasse essaie de restituer l'unité de ces réalisations et tentatives de création dans une diversité époustouflante de domaines : arts plastiques dont la peinture et le dessin au premier rang, mécanique, architecture, génie civil, philosophie, décoration, chorégraphie, anatomie, science physique... J'en oublie. Dans nombre de ces domaines, Léonard réalise des avancées importantes. J'ai été par exemple épaté par un plan de ville qu'il a dessiné, préfigurant nos plans réalisés à partir de vues aériennes.

 

Au bout du compte, j'en sors évidemment beaucoup mieux informé mais un peu comme j'y suis entré : fasciné et incapable de mettre le doigt sur la cause de ce sentiment.

 

"La Dame à l'Hermine" par exemple, est un portrait incroyable. Si on peut le regarder longtemps avec émotion, c'est qu'on est saisi par la force de l'incarnation. Daniel Arasse essaie d'expliquer ce que Léonard, disons-le prosaïquement, "a de mieux que les autres". Mais difficile de le définir. L'art de cerner l'instant dans le mouvement du monde, certes. La compréhension et la maîtrise de l'ombre aussi, ou encore "le sfumato" : la rencontre entre les couleurs et la science des contrastes, qui donne un effet de réel sans précédent. La science des perspectives encore, mais justement assez maîtrisée pour être détournée au profit du sens de l'oeuvre.

 

Evidemment, la dimension prophétique de l'oeuvre (il élabore les plans d'un Char, d'une mitrailleuse, d'un hélicoptère, d'un vélo, il construit des automates au débit du seizième siècle) participe de cette fascination.

 

Mais nous restons tout de même sur notre faim de vérité, car Léonard s'évertue à être génial un point c'est tout.

 

De plus, s'il touche à tout, s'il réalise beaucoup, il abandonne énormément, il ne finit pas ses oeuvres les plus prometteuses, et les circonstances le privent de certains achèvements (par exemple une immense sculpture de Sforza, dont le moule réalisé après plusieurs années de travail, sera brisé par des soldats français). Mais De Vinci ne semble pas s'en émouvoir, il continue à chercher. Il a écrit l'équivalent de centaines de volumes, avec de sublimes passages sur l'esthétique, la science, la philosophie. Mais il n'aura pas légué le moindre Traité rédigé jusqu'au bout. Cet inachèvement témoigne de son tempérament mais aussi de son génie, car ses réalisations inouïes (certains tableaux prennent des années) ne lui convenaient jamais assez, et il voulait mieux encore. Cette frustration participe aussi du mystère.

 

La vie de Léonard et la grandeur de ses réalisations est aussi intéressante quant au modèle d'éducation rappelé à notre mémoire : celui des ateliers de la Renaissance, où théorie et pratique ne sont pas séparées. Ou on apprend chemin faisant, sans mettre de côté une haute exigence intellectuelle. Où l'oeuvre collective n'est pas distinguée de la démarche individuelle. Sans doute nos réflexions pédagogiques tireraient parti d'une méditation sur cette époque. Léonard avait des dons immenses, et il est certain que sa formation l'a conduit à oublier les cloisons du savoir, et à oser chercher, expérimenter, pour rechercher en toutes choses le "rythme du monde". C'est le sentiment d'une unité du monde, d'une "analogie" (non démentie par la science de notre temps, au contraire), qui le pousse en ce sens.

 

Ce qui me trouble le plus, c'est la force de l'incarnation dans ses dessins et ses peintures. Le don immense de Léonard réside en son Oeil (il est d'ailleurs tout au bord de faire gagner un siècle aux connaissances sur l'optique, mais il ne parvient pas à aller au bout de ses intuitions).

 

Et Léonard est ainsi avant tout un Homme de la grandiose Renaissance. Qu'est-elle d'abord ? Un retour du regard des hommes vers leur monde, vers leur réalité, plutôt que vers le ciel et les paroles qui y ont été imprimées. Léonard est à l'avant-garde de ce basculement, car il va très loin grâce à son oeil. C'est-peut-être, inconsciemment, ce qui émeut quand on parcourt la reproduction des oeuvres qui nous sont parvenues.

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Art
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commentaires

pierrot rochette 01/02/2013 18:42

fantastique démarche
que la vôtre
versus Leonard de Vinci

permettez-moi
de vous offrir
une de mes chansons
qui parle de la vie
d'un artiste-peintre
et du rapport entre
sa vie privé et son art

EN MARCHE VERS UNE VIE PRIVEE OEUVRE D'ART

Ce qui est beau dans la vie privée oeuvre d'art,
c'est d'en être le peintre,
dans un atelier où on doit à la fois
peindre l'infinie joie d'une humanité
qui s'élève peu à peu en soi
et et donner une poignée de main à celui ou celle
qui reprend sa vie d'artiste du quotidien en main.

16 ANS D'AVENTURE

une ière neige sur le lac
un pic bois qui passe en ami
un chien qui marche sur la galerie
deux hommes qui parlent de la vie

une peinture sur le mur
l’homme se lève
me rappelle l’essentiel

sa peinture date de 16 ans
l’homme avait déja 38 ans
était amoureux fou d’une femme
qui tenait dépanneur, corps et âme

pendant que lui
d’un autobus
était chauffeur de vie

travaillait pour
Chevrette transport La Tuque
avait hâte a la fin de semaine
tiens ben ta tuque

rêvait du cap de la madeleine
mais le dépanneur ferme si tard
toute la semaine

en attendant
monte chez son frêre en haut
avec toiles et pinceaux

REFRAIN

sur sa toile
des arbres, des billots et de l’eau
qui dansent l’amour
comme la chute entraêne tout su l’tableau

quand on contrôle pu rien
c’est qu’y a des matins
où l’amour doux
c’est trop fou

quand on contrôle pu rien
c’est qu’y a des matins
où l’amour doux
c’est trop fou

COUPLET 2

y a pu de neige sur le lac
ou est le pic bois mon ami
le chien est en bas d’la galerie
l’homme est dehors avec un sac de voyage

sa vieille peinture
reste sur le mur
avec toute sa magie

un grand amour
c’est tellement fort
que leur ière fille s’appelle Pascale
une ado de 15 ans qui mord
la vie comme à son ier bal

pendant qu’sa soeur
Justine 9 ans
sourit aux étoiles

la femme se meurt d’un cancer
l’homme a finit par jeter sa dernière bière
il doit monter à Trois-Rivières
il sera bientôt père et mère

sa vieille peinture
su l’mur le rassure
sur 16 ans d’aventures

pierrot
vagabond céleste

www.enracontantpierrot.blogspot.com
www.reveursequitables.com

sur google,
Simon Gauthier, video vagabond celeste

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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


ete2010-035.jpg

 

 

D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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