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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 08:40

 

 

9782283025802.jpg C'est un tout petit roman de rien du tout qui se lit comme on boit un monaco en passant entre deux réunions. Une petite historiette sans prétention, un peu caustique, un peu ironique. Sans trop non plus. Un petit livre au style simple et fluide, qui ne la ramène pas plus que ça. A lire le temps de quatre allers retours de métro. C'est le petit roman d'Eliane Girard intitulé "Le cadeau", édité par cette maison d'édition au nom que j'aime beaucoup : "Buchet-Chastel"... C'est beau hein ?

 

Un petit roman qui décrit et moque avec un plaisir évident les mésaventures d'un trentenaire parisien des classes moyennes saisi dans l'étau des injonctions de la société de consommation; écartelé entre ce qu'elle propose, offre faussement, incite à acquérir, et la raison qui le pousserait à plus de parcimonie dans ses achats

 

A travers cette petite moquerie qui jubile, l'auteur se gausse de notre dépendance maouss costaud à la marchandise et surtout au Signe (la marque KUCCI occupant une place centrale dans le récit). Et s'amuse de ce pauvre garçon hésitant et anxieux en proie à des pulsions contradictoires. Avec un brin de méchanceté justifiée. Sans trop, car on sent bien que c'est de nous, et d'elle y compris, que l'écrivain se moque. Et de cette société de fausse promesses, de mirage organisé, où le crédit à la consommation sert d'opium.

 

Pour l'anniversaire de sa copine, Félicien s'en va aux galeries lafayette à Opéra (enfin on comprend que c'est là). Il ne trouve pas ce qu'il était venu chercher, financièrement dans ses cordes, alors il erre. Et là il "craque" pour une paire de bottes KUCCI. Il achète. A un prix exhorbitant, qui représente la motié de son salaire mensuel.

 

Le pacte avec le diable a été signé. Félicien s'enfonce très vite dans les tourments et les regrets, prenant conscience de l'incongruité de sa dépense au regard de son niveau de vie et de l'intérêt de telles bottes. Il hésite et son stress le conduit évidemment à commettre des bévues et à s'enfoncer dans la mouise. Le livre devient burlesque. On s'amuse avec une cruauté gentillette des malheurs sans trop de conséquences du petit mec de bureau qui projetait sur sa nana des rêves de luxe et de splendeur, et qui se retrouve à courir partout dans le métro, chez une inconnue, sur le web, pour tenter d'effacer ses gaffes, aggravant sans cesse son cas. Au passage, l'air de rien, légèrement, on s'interroge sur le concept de Valeur.  

 

Ce qui est drôle, c'est la manière dont le personnage essaie sans cesse de se justifier à ses propres yeux, passant d'un pied sur l'autre. Le discours rationnel n'est que le masque habile des passions qui le bousculent. En clair il est sous influence, et son instinct de sécurité le retient, essaie de le défendre, parfois l'emporte. La raison apparaît comme le déguisement des forces qui se battent pour conquérir sa conscience.

 

Pauvres classes moyennes, tenues en laisse par la publicité, menton levé de force vers la couche supérieure, à laquelle il est déjà bon de ressembler un peu.

Pauvres classes moyennes, sous contrôle du marché, ainsi incapables de se défendre, de prendre conscience de ce qui leur est imposé, de comment on les gruge. Admiratives de ceux là même qui les mettent sous pression. Eliane Girard leur dit en substance : vous n'êtes pas des victimes, vous êtes des dupes ridicules. Des faisans.

 

Ce que ça m'inspire ?? Disons que toute critique politique véritable est nécessairement une remise en cause d'un mode de vie. Le reste, la péripétie de gestion, n'est que rayure sur la glace.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Romans
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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