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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 08:05

 

 

montpellier_place.jpg

Encensé par la critique branchouille, voici un roman du dit "prometteur" Pierric Bailly, intitulé "Michael Jackson"(P.O.L), alors qu'il n' y est nullement sujet du roi de la pop.

 

Michael Jackson n'est cité que pour le symbole qu'offre sa mort. La fin d'une période. La fin de la jeunesse. Celle des deux personnages principaux du roman, Luc et Maud. Trois jeunesses vécues dans des mondes parallèles, à 18, 22, 26 ans. Toujours à Montpellier. Des personnages falôts qu'on va suivre pas à pas dans les rues de cette ville, accompagner dans leurs loisirs, leur intimité. Le roman est conçu comme un espèce de journal de de Luc, dont on partage les sentiments, les impressions souvent brutes, et les doutes.

 

Encensé par la critique... Mouais...

 

La jeunesse s'étire, comme celle de MJ et de Peter Pan. Elle est devenue un long tunnel. Elle est sans balises et incertaine. Soit.

 

Mais la jeunesse, si l'on suit Bailly, c'est le nihilisme. Le néant meublé par l'omniprésence de l'alcool et de l'érotisme. Mais un érotisme glauque et déjà fatigué. Un érotisme qui se noie d'emblée dans un porno sordide et cheap. Une jeunesse peuplée de monades, agglutinées à quatre ou cinq dans de petits apparts en ville. Ne se disant pas grand chose. N'ambitionnant pas grand chose. Collés à leurs nombrils. Des jeunes qui s'emmerdent à la fac, qui n'en tirent rien. Pour qui le politique (ne parlons même pas de l'engagement) est comme Pluton sur une carte de la Galaxie. Des jeunes qui ont de quoi se payer à boire, mais on ne sait même pas comment.

 

Ce fut peut-être la jeunesse de Pierric Bailly, mais pas la mienne, tout juste quelques années auparavant. Et pas celle que je connais.

 

Pour moi et tant d'autres, la jeunesse fut certes longue, l'entrée dans l'âge adulte progressive et incertaine. Parfois douloureuse et angoissante tant il est difficile de casser le plafond de verre qui enferme cette jeunesse. Et c'est vrai que les années avançant, on a l'impression de glisser dans un entonnoir, de s'enfoncer dans l'irréversible.

 

Mais ces années universitaires furent illuminées. Elles m'ont élevé. Elles m'ont passionné. Et même si le système ne  m'attirait que des sarcasmes et des critiques, j'en ai tiré tout le profit que je pouvais pour m'affirmer en tant qu'individu. Je ne me souviens pas d'une communauté de monades autistes, mais au contraire d'un temps où l'on est ensemble pour grandir. De solidarité, de fraternité et de rire. De vitalité aussi : quelle richesse !  Moi, j'ai profité de tout ce temps pour expérimenter, pour m'enivrer de choses et d'autres, pour me gorger d'apprentissages, pour penser, pour militer surtout. Et je me souviens que le soir où j'ai fêté mon diplôme, j'avais conscience qu'une page se tournait. Jusque là, je m'étais occupé de moi. J'en avais profité. Même avec pas grand chose sur son compte en banque, c'est une chance magnifique de ne se préoccuper que de soi. On ne la revoit pas passer.

 

"Michael Jackson" de l'étoile montante Pierric Bailly, c'est Bret Easton Ellis sans l'humour, sans le vertige métaphysique. Il n'en reste que les péripéties sans intérêt. De la complaisance pour  l'ivrognerie et le cradingue. La relève présumée de notre littérature qui se vautre dans les travers connus d'une partie de notre cinéma hexagonal.

 

Sans doute aurais-je du plutôt lire une biographie de Michael Jackson, tant qu'à y être. Lui au moins c'était un dieu du funk. Et il nous a fait vibrer. Pour moi, c'était dès mes dix ans.

 

Alors pourquoi les critiques encensent -ils un roman comme celui-ci ?

 

Peut-être parce qu'il est de bon ton de salir notre jeunesse, dans ce pays, même quand on a des idées "avancées". Et l'on est d'autant plus crédible pour le faire qu'on vient de sortir de la jeunesse, qu'on porte une casquette comme Pierric Bailly. La jeunesse n'est jamais à sa place. Elle est "moins bien" qu'en 68, qu'en 86, qu'en 95, que pendant le CPE. Elle est à plaindre ou elle est décevante. Elle est qualifiée de "ridicule" quand elle participe aux nanifestations contre la casse des retraites. Tout ça doit légitimer qu'on la traite comme une loque. Ce qui est son cas... dans le logement, l'emploi, les budgets, les équipements de nos villes, les Partis politiques.

 

Et personne ne s'offusque quand une Ministre de l'Enseignement Supérieur annonce qu'elle va instaurer... une autorisation administrative préalable aux soirées étudiantes et y interdire la distribution gratuite d'alcool !!! Pourquoi pas un Décret sur l'interdiction des mini shorts dans ces soirées, tant qu'on y est ? La jeunesse, turbulente, sert toujours de galop d'essai pour tester la résistance du corps social à des intrusions de plus en plus osées dans nos vies privées, de la part d'un Etat qui cherche à faire oublier son impuissance économique en investissant le bio politique.

 

Pierric Bailly est bien sûr très loin de tout cela. Mais son regard glauque sur la jeunesse est symptomatique de ce que l'on veut imprimer sur cette génération.

 

Pour ma part, je suis un ancien jeune. Un ancien étudiant. J'en éprouve de la nostalgie. Et tout cela n'avait rien de crapoteux. 

 

Bon, sur le coup, je me suis bien fait berner par la critique...

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Romans
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commentaires

Gaëlle HEUX 20/07/2011 15:49


Entièrement d'accord j'ai trouvé ce roman illisible, pesant, affligeant de banalité, j'ai eu un mal fou à le lire entièrement....une punition! Rigoureusement aucun intérêt d'étaler ainsi sa propre
nullité!


jérôme Bonnemaison 20/07/2011 16:40



oui.Moi aussi j'ai eu du mal à finir. Mais bon depuis que je fais ce blog je me force parfois pour pouvoir y compris écrire des posts un peu critiques.


Après, l'énigme, c'est pourquoi une telle médiocrité est encensée, distinguée dans la montagne des sorties ? Le titre raccoleur l'explique un peu sans doute. Mais j'ai voulu essayer de
comprendre ce qui plaisait tant dans ce genre de publications. Et je pense que c'est "une complaisance pour le cradingue" alliée à une haine recuite de la jeunesse, y compris dans le
"jeunisme" lui-même.


 



David F.M 23/03/2011 20:38


Bonjour Jérôme,
je n'ai pas lu ce bouquin, mais j'ai lu ta critique, qui est passionnante comme d'habitude.
Cordialement.
F.M


jérôme Bonnemaison 24/03/2011 18:45



Celui-là de livre, je te le recommande pas vraiment... Décevant malgré les critiques emphatiques.


J'en profite pour te dire que quand tu reprends mes posts, j'ai une hausse parfois brutale de mes consultations. Presque 200 pour "peux t-on être de gauche et se comporter comme une brute...". Je
ne sais pas comment tu fais, mais c'est drôlement efficace. Ne te gêne surtout pas ! Sinon, t'inquiètes pas, je vais aussi sur les blogs des collègues. Par contre j'ai du mal à faire des
commentaires. Je sais pas pourquoi. Faut que j'y pense.



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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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