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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 19:59

imposteur.jpg Je n'aime pas Michel Onfray. Je parle de l'auteur, pas de l'intellectuel engagé ni de l'homme. Ce dernier me semble tout à fait sympathique. Mais son oeuvre dite "philosophique" et sa réputation tiennent un peu de l'imposture, beaucoup d'un art consommé du marketing.

A mon sens, Michel Onfray est à l'"autre gauche" ce que BHL est au social-libéralisme : ce que dans nos romans du 19ème- début vingtième, on juge comme un "poseur" ou un "faiseur" (chez Stendhal,     Proust     ou Musil). Dommage que ces nuances aient disparu de notre langage usuel. Ces mots frappent juste. L'immense Georges Orwell nous a prévenu sur les risques de l'appauvrissement  du langage. Et  il n'est pas un jour où le spectacle du monde ne lui donne raison.

Saviez-vous que les deux "philosophes" bons clients de la télé ont le même éditeur ? Celui-ci est un roué et pense à toutes les niches. Les deux peuvent dire ou écrire des choses justes et courageuses, les deux m'exaspèrent souvent et plus.
 

Comme Jacques Attali ou Jack Lang, Michel Onfray sort plusieurs livres par an. Ce seul indice doit nous persuader de nous en vacciner. Qui a déjà écrit ne serait-ce qu'un mémoire de maîtrise  sait qu'il n'est  pas sérieux d'écrire un livre par trimestre.

 

Les titres sont toujours d'une admirable efficacité publicitaire, destinés au public friand d'hétérodoxie. A cet égard, Onfray est à la philo ce que Nothomb est  au  roman (j'ai lu le ridicule  "hygiène de l'assassin" et j'avoue ne pas comprendre comment cette dame rencontre un tel succès.). Ces titres reposent souvent sur la rencontre impromptue de mots et de significations, ce qui est une méthode vieille comme Lautréamont.

Le "nietzschéisme de gauche" d'Onfray me paraît une construction inepte et immature. Onfray aime bien intenter des procès à des "idoles" comme Freud en déterrant des citations coupées de leur contexte, en utilisant des faits d'ordre privé comme arguments à charge contre une théorie (un peu comme d'Ormesson expliquant que le marxisme ne vaut rien parce que Marx avait une liaison avec la femme de ménage). Et en plus il justifie habilement cette philosophie de paparazzi en nous expliquant que l'homme c'est l'oeuvre, salissant ainsi toute la grande tradition philosophique matérialiste.

 

Onfray est aussi brillant qu'un pigiste du "Parisien" pour savoir que le scandale fait vendre. Mais essayez-donc un instant d'appliquer ses propres procédés à Nietzsche, son héros, en allant chercher chez lui des  citations proches du discours national-socialiste. Vous y trouverez plus que nécessaire des déchaînements contre les faibles, l'égalité, les droits de l'homme. Vous y trouverez des éloges de la Brute, à foison. Cela vous suffirait à dessiner, de manière bêtement anachronique, le philosophe allemand en souteneur reconverti en criminel de guerre.

 

Le nietzschéïsme de gauche me paraît ainsi un attrape nigaud. Une formule pour jeunes adultes narcissiques qui rentreront vite dans le rang. Ces gens qui pensent que boire cinq téquilas à la fête de la promo, c'est "faire de sa vie une oeuvre d'art" comme nous y enjoint Zarathoustra.

 

Comme BHL, Onfray n'est pas un philosophe. Ils sont tous deux des "faiseurs" de dissertation plus débrouillards que les autres. Assez bons pour réussir l'agrégation. Assez débrouillards pour grenouiller dans les coulisses de la télé et dans les couloirs de l'Express et du Nouvel Obs.

La gloire d'Onfray grandit à mesure qu'il s'essaie au scandale (sur le modèle de son aîné BHL). Traiter Freud de fasciste et d'escroc, expliquer que l'oeuvre de Kant porte en germe Adolf Eichmann. Ce sont des absurdités, et pourtant ça marche.
 

Arrangeur de dissertation certes, mais qui a en outre oublié les annotations de ses profs en rouge dans la marge. Onfray pratique l'essayisme sans rigueur, et se vautre dans l'amalgame, l'analogie historique douteuse, le mélange hasardeux des registres.
 

Comme je trouvais cet homme plutôt sympathique, j'ai lu plusieurs de ses livres. Avec une déception grandissante. Le "Traité d'Athéologie" (là aussi, quel titre ronflant !) ne sert pas sa cause. C'est un livre  bâclé, qui mélange sans cesse la théologie, l'histoire des religions, l'histoire politique, les Eglises, les clergés et la Foi. Les crimes de l'inquisition au treizième siècle invalident-ils l'idée de Dieu ? J'en  doute.   Ce serait comme dire que les magouilles de Mirabeau et les abus de Marat délégitiment la démocratie. Nous servir un athéïsme grossier ne sert pas l'athéïsme. Autant se balader nu avec une lanterne dans  la rue en criant "Dieu est mort".    
     dererumnatura.jpg Dans un genre tout aussi populaire, vulgarisateur, mais bien plus rigoureux (et humble), on peut lire "L'esprit de l'athéïsme" d'André Comte Sponville. Qui s'essaie à justifier une position rationnellement athée,   tout en se demandant "pourquoi il ya de l'Etre plutôt que rien du tout ?".
Ou alors se lancer dans Feuerbach, mais bonjour le Doliprane...

Pour ma part, je préfère me délecter de l'Epicurisme poétique de Lucrèce, dans " De la nature des choses"...qui nous exhorte malicieusement non pas à penser que les Dieux n'existent pas, mais qu'ils ne se préoccupent point de nous. Nous n'avons alors qu'à les ignorer pour mener notre vie.


Quant à la théorie d'Onfray sur l'amour, si on la dépouille de son fatras de citations, elle se résume à dire : "chacun fait ce qui lui plaît, mais attention à ne pas faire du mal aux autres ! "Merci Monsieur le  grand philosophe !
 

 

Quelques mérites tout de même à son crédit : avoir reparlé des présocratiques, de Diogène le cynique, et avoir beaucoup travaillé pour l'Université Populaire. Même si j'ai peur qu'il y déverse les mêmes sottises que dans son oeuvre verbeuse et maladivement prolifique.

Michel, arrête un peu de débiter au kilomètre ! Et commence un peu à réfléchir sérieusement. Peut-être parviendras-tu un jour à faire oeuvre de philosophe, à nous offrir un concept, quelque chose qui sert à  penser le monde.

atheisme.jpg

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Published by mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com - dans Philosophie
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commentaires

marie 02/04/2015 18:43

J'aime Michel ONFRAY. D'un amour fou. Qu'il écrive encore et je le lirai. Encore.

jérôme Bonnemaison 02/04/2015 19:47

ben dites donc. Bon, chacun ses penchants hein

Monique 21/12/2010 05:58


et bien j'attends, mais hélas les qualificatifs enflammés utilisés dans votre courte réponse me font craindre le pire. j'hésite à vous saluer, ne vous pensant point procureur...
bien cordialement cependant !


Monique 20/12/2010 20:45


que de virulence et de propos vindicatifs dans votre texte ! j'y ressens une certaine violence qui me met fort mal à l'aise : beaucoup d'injures, peu d'analyse hélas ! pour moi la contre histoire
de la philosophie de Michel Onfray est la cartographie d'un monde philosophique de l'antiquité à nos jours laissé pour compte bien souvent, rien que ça, et je salue l'homme,la masse de travail
phénoménal fournie, et le philosophe, ne vous en déplaise !
bien cordialement,
Monique


mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com 20/12/2010 23:31



Chère Monique,


Je vois que les biens pensants, fussent-ils progressistes, ont aussi leurs "idoles" intouchables. Le programme d'Onfray n'est-il pas de toutes les briser ?


Je vous laisse pour l'instant à votre admiration béate pour ce Procureur autoproclamé de la pensée et de l'histoire des idées. Je vous répondrai plus longuement dans un futur article, puisque
vous souhaitez du contenu.


Avec mes considérations distinguées.



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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


ete2010-035.jpg

 

 

D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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