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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:40

 

218187_ori.jpg Enivrée par l'infect absinthe des médias, qui empêche tout débat public complexe et travaille à enfler la stupidité, la France se fiche de la Chine. Elle s'en fiche, oui, même si elle en a parfois la trouille quand on lui en parle.

Ce qui s'y passe est pourtant décisif pour l'humanité tout entière, mais on connait peu les chinois, leur réalité sociale et culturelle, ou ne serait-ce que leurs paysages. De ce pays si gigantesque,unique et complexe, on parle peu, et quand on s'y met, c'est pour des peccadilles (faut-il qu'un sportif français transporte la flamme olympique pékinoise ?) ou sous la forme des caricatures criardes d'un Cohn Bendit). Le responsable chinois est réduit, malgré les centaines de millions de personnes sorties de la pauvreté ces deux dernières décennies (un détail sans importance...), à un tortionnaire.

Il n'y a jamais eu de démocratie représentative en Chine, mais évidemment on considère que dans un pays de plus d'un milliard d'habitants avec une trajectoire tout à fait propre, il suffirait d'écrire un texte dans un coin pour que le régime politique se transforme instantanément en magnifique démocratie de type occidental (qui est comme on le sait un modèle sans souci, sans aucune tendance oligarchique, assurant la participation égale de tous et répondant à nos aspirations....). Sous ces oripeaux ethnocentristes, caricaturaux, se cache  une paresse intellectuelle bien caractéristique dans notre pays, où le style et l'emphase servent facilement de masque au manque de curiosité, à l'absence d'observation patiente, au mépris du réel. Ce désintérêt me semble aussi le résidu d'une condescendance pour ces gens de "cochinchine" et assimilés qu'on dit déferlants mais on n'y croit pas vraiment, car au fond on leur sera toujours supérieurs à ces coolies... (Bien évidemment, ces quelques lignes, si elles étaient lues, m'attireraient l'accusation de me livrer à un relativisme tout à fait hideux. Or, je ne suis pas relativiste, je crois à l'universel. Je pense que l'humanité cherche à être libre, épanouie en vivant ensemble, déteste l'oppression, l'aliénation, la laideur. Mais je ne crois pas non plus à un universalisme désincarné, flottant dans les airs, hypocrite. Bref, je voudrais être un matérialiste conséquent, héritier des Lumières et de l'apport décisif des critiques sociales nées avec la révolution industrielle. )  

Dans la production livresque, on voit défiler des titres de livre catastrophistes, dont je me méfie toujours. Et puis je me suis plongé dans le très sérieux et pointu (il faut quand même y aller stylo à la main et un peu formé en économie) livre de Michel Aglietta et Guo Baï, "La voie chinoise, capitalisme et empire". Qui propose, dans le cadre qui est le sien (une application de la théorie de la "régulation", courant économique plutôt antilibéral) une explication du développement chinois et un tableau de ses perspectives. En intégrant des dimensions fortement politiques, ce qui est un trait important des régulationnistes, mais sans dédain ni décontextualisation de la situation chinoise. Voila une prenante lecture, à tous les sens du terme. Avec des chiffres à donner le vertige, et des remises au cause d'idées reçues particulièrement bienvenues

  La théorie de la régulation postule que le capitalisme (faire de l'argent avec de l'argent) n'est pas, comme l'a dit le grand Fernand Braudel, synonyme de l'économie de marché (un système de rencontre entre offre et demande). Que le développement n'est pas le produit d'une application dogmatique des principes du marché libre (ce que Joseph Stiglitz avait démontré très bien dans son analyse de la crise asiatique de 1997). Le capitalisme est aux yeux des auteurs une histoire de "modes de régulation" : il ne survit qu'en mettant en place des institutions, des mécanismes, qui lui permettent de limiter, de domestiquer, sa suicidaire logique d'accumulation du capital. Etudier une économie c'est donc étudier un système de régulation propre. C'est pourquoi les auteurs en passent par une étude approfondie de l'histoire économique de la Chine, une analyse de sa culture (le confucianisme y joue un rôle central) et de son système politique. C'est un grand livre d'économie politique que voila, qui considère que l'histoire du développement chinois doit être réévaluée, que ses causes ne sont pas celles que les libéraux prétendent, et que ce pays a des atouts pour ouvrir un avenir peut-être plus enthousiasmant qu'il n'y paraît, pouvant même inspirer le monde sur certains aspects. Même Francis Fukuyama, le tenant de la "fin de l'histoire", concède d'ailleurs que les Etats Unis, parvenu à un degré de soumission à la finance dévastateur, n'a plus de leçons de bonne gouvernance à donner à la Chine.

L'Histoire ancienne de la Chine, c'est la construction d'un Empire sur un vaste territoire continental. Empire appuyé sur une bureaucratie à sa main, très ancienne. C'est une société à deux strates, l'autre étant un "océan de communautés villageoises". La famille est l'unité de base de la société. Confucius voyait logiquement l'homme comme quelqu'un de jamais seul, partie prenante d'une relation entre des milliards de cercles liés. Le pluralisme ne s'est pas développé en Chine, et en Europe la démocratie représentative est née comme moyen de concilier les intérêts divergents d'une société divisée en groupes sans cesse en lutte pour le pouvoir. Mais l'Empire est lié à son peuple, il lui doit le bien être. Si l'Empereur est fils du ciel, il dépend de sa capacité à protéger le peuple et à le guider. Il doit assurer l'unité du peuple et du pays. Les valeurs démocratiques ne sont pas absentes de Chine, si l'on considère notamment que l'hérédité ne s'y est pas établie, que la mobilité sociale, fondée sur l'étude et le mérite, a depuis très longtemps été de mise. Avoir cette histoire à l'esprit permet de comprendre que la Chine contemporaine n'est pas le fruit d'un complot stalinien récent, et qu'à bien des égards le PC a réactivé des tendances très anciennes. Toutes les décisions de l'Etat Chinois témoignent de la première préoccupation : maintenir l'unité d'un régime politique chinois. C'est très important pour l'avenir, car cela encourage à penser que l'Etat est disposé à d'immenses changements.

La Chine n'a pas pris le virage du développement en même temps que l'occident, et pourtant elle était puissante. Des obstacles importants se dressaient contre l'accumulation capitalistique. Notamment le partage de l'héritage dispersé dans la famille. L'Etat, surpuissant, a été toujours propriétaire de tout en dernier ressort. La structure familiale, très prégnante, a empêché la prolétarisation des masses paysannes. Jusqu'en 1500 la Chine a été le pays le plus riche du monde par habitant ! Elle est même restée le pays le plus riche jusqu'au dix neuvième siècle, élément méconnu. Mais déjà elle avait perdu sa suprématie en terme de revenu par habitant. Puis c'est l'effondrement.... En 1950 la Chine est le pays le plus pauvre du monde.

Pourquoi la Chine s'est elle effondrée ? La raison en est principalement une baisse de la productivité agricole. La population a augmenté dans les campagnes sans que cela ne s'accompagne de gains de productivité. De plus, l'Empire n'a pas eu de politique de développement extérieur, préoccupé par l'ordre interne dans cet immense pays et pensant que le danger était au nord. L'Empereur a refusé le développement d'une couche sociale de marchands, en qui il voyait une menace.

 Vers 1850, une révolte paysanne ravage le pays. La suite voit le pays aller de désastre en désastre, entraînant la production dans la chute. L'Etat s'appauvrit et devient faible. Les impérialismes se mettent à dépecer le pays, depuis la guerre de l'Opium jusqu'à l'invasion japonaise.

 Le livre, ne cédant pas aux facilités habituelles et aux lieux communs, propose une relecture de la période maoïste. Sans en nier les folies. Mais il reste qu'une fois qu'on a dit : "Mao est un grand malade" (ce qui est difficilement niable....), il faut examiner les faits. En termes de richesse nationale, Mao a été celui qui a stabilisé la situation et qui présente même un bilan de croissance. Quand le PC prend le pouvoir, le pays est exsangue. Mao a deux obsessions : le développement de l'industrie lourde et la croissance délivrée de l'étranger. Dans un premier temps, le PC instaure une sorte de système de cogestion avec le privé et parvient à relever le pays très vite. Puis il bascule dans la radicalité, nationalisant l'industrie, collectivisant les terres. Mao va alors se lancer dans des expériences politiques hasardeuses et finalement désastreuses, comme le grand bond en avant (déstabilisant toute la production) qui déclenchera une famine meurtrière à grande échelle, puis la révolution culturelle épuisant toute l'énergie sociale.

Mais il reste que la période socialiste a été un jalon vers le grand décollage chinois. Ceci en créant une base industrielle d'abord, qui a quand même émergé. Et ensuite en restaurant un Etat fort, disparu depuis cent ans. Le bilan socialiste, c'est aussi une vraie élévation du niveau d'éducation primaire et de l'état de santé de la population, qui seront un socle pour la suite.

Ce sur quoi a flanché Mao, c'est non pas l'absence de "marché" comme le disent les libéraux, mais c'est l'incapacité structurelle de l'agriculture chinoise a fournir des excédents. Ce sont ces excédents qui permettent historiquement le départ vers la ville et la vie industrielle. Voila pourquoi la Chine, malgré ses atouts ancestraux, a raté le train de la révolution industrielle, en premier lieu.

  Aussi, avec un réalisme dur, les auteurs considèrent que la brutalité de la période socialiste équivaut en fait à ce qui a été fait sous une autre forme par l'Angleterre, lorsqu'elle a exploité l'esclavage pour faire baisser les coûts du coton et des produits alimentaires, afin de financer la révolution industrielle : "l'ignominie politique et morale sur laquelle le capitalisme industriel s'est construit est trop facilement occultée. C'est cette amnésie qui autorise les bonnes âmes occidentales à s'insurger contre les violences de la révolution socialiste chinoise". Cette violence ne tombe pas du ciel, elle a une signification politico économique et n'est pas le fruit d'une folie qui se serait spontanément emparée des communistes chinois... Même si la violence finit par susciter des spirales de violence....

 Ce qui change dans les années 70, ce n'est pas l'introduction du "marché", c'est la révolution verte que connait le pays. Une formidable hausse de productivité dans l'agriculture. Elle est accentuée par la politique du PC qui emprunte massivement (20 milliards de dollars) pour importer du matériel agricole. De plus, la Chine s'ouvre aux échanges internationaux. La collectivisation agricole a permis d'élargir les échanges dans le pays, de sortir d'une logique locale, et d'améliorer les rendements. Grâce à la planification, les réductions de coûts sont traduites en baisse des prix. Le gouvernement va inciter les paysans à se procurer d'autres revenus, ce qui va créer un réseau d'entreprises de village puissant.  La croissance, déjà positive sous Mao (+ 4 % par an), fait plus que doubler.

 Ce n'est pas la main invisible du marché, mais bien la "main visible" de l'Etat qui pousse le développement chinois.  Le contrôle des prix et des salaires permet de concilier une amélioration encore modeste mais réelle des conditions de vie, équilibrée dans le pays, et l'investissement dans l'industrie.

Cette période de développement va se heurter à de nouvelles contraintes. Le développement du crédit, impulsé par une diversification bancaire, va provoquer une forte inflation dans les années 80. L'Etat s'appauvrit, la notion d'impôt n'existant pas sous le socialisme et ses recettes étant instables. Le régime a failli flancher, comme on le sait, en 1989.

Mais l'Etat réagit, il crée une TVA, rééquilibre les pouvoirs entre le niveau local et le central qui se consolide. Une administration fiscale solide naît. On s'engage dans une restructuration géante des entreprises publiques afin de supprimer les improductives. Les licenciements sont nombreux mais réabsorbés par la croissance. De plus, l'Etat décide d'aider massivement les ménages en leur donnant la propriété de leur logement, auparavant gratuit.

  Sur ces bases, l'Etat impulse une stratégie incroyablement dynamique de développement du commerce extérieur. C'est le "développement côtier", séparé de l'économie intérieure pour ne pas la menacer. Le monopole du commerce extérieur est délégué à des sociétés indépendantes mais appartenant toujours à l'Etat. En même temps, on essaie de réduire l'import par des substitutions planifiées. C'est un succès, mais l'économie devient l'atelier du monde : en 2005, 65 % du PIB provient du commerce extérieur (contre 5 % en 1970 !). Le recours aux investissements étrangers est massif et permet l'importation systématique des technologies.... La Chine finit par rentrer à l'OMC. Pour faciliter cette politique, la Chine a usé de sa politique monétaire politiquement, sous estimant le Yuan. Elle devra lâcher du lest plus tard face à la pression mondiale.

La Chine a profité de la croissance droguée à l'emprunt de l'occident et des Etats Unis en particulier. Ce modèle s'effondre en 2008, et la Chine a vu sa croissance se réduire de moitié (elle reste autour de 6 % cependant). La crise financière est le signe d'un mode de régulation du capitalisme qui s'épuise. La Chine doit donc reconsidérer sa stratégie, comme toutes les nations.

  Elle dispose d'une forte épargne, qui sert à financer les Etats Unis, et qui peut être réorientée pour financer des investissements indispensables pour l'avenir. La Chine manque d'investissement public : l'Etat doit notamment faire payer des dividendes à ses entreprises publiques géantes, selon les auteurs. La clé de l'avenir, et cela le PC le sait, c'est l'investissement dans le capital humain et le capital environnemental. Ceci dans le cadre d'une stratégie nouvelle de croissance soutenable.

 La Chine en prend conscience : elle devra sauter l'étape de l'american way of life, dans un monde ou l'énergie sera chère et rare, et où il n'est pas possible de vivre comme avant, de reproduire le "tout voiture essence", l'étalement urbain...  Pour y parvenir, la Chine dispose d'un atout : sa volonté de planifier le développement, ce que nos économies occidentales se refusent à accomplir, le politique ayant démissionné, les institutions politiques étant "infiltrées" jusqu'à la moelle par la finance, ce qui n'est pas le cas de la bureaucratie dirigeante chinoise.

Une difficulté forte est l'absence de prix du carbone, qui n'est pas incorporé dans les coûts. Or c'est un coût en réalité très important. La notion de taxe carbone est donc en discussion au sein de la bureaucratie chinoise.

Le processus d'accumulation du capital a fait reculer la part des salaires dans le PIB. Si la Chine veut élever le niveau de sa population, elle doit permettre aux travailleurs un meilleur pouvoir de négociation : l'absence de syndicats libres n'y aide pas.... Cependant, les évolutions démographiques vont donner à la main d'oeuvre chinoise une plus grande possibilité de négocier avec les employeurs. Et l'Etat a pris des mesures qui vont dans le bon sens : loi sur le contrat de travail obligatoire. Ce n'est qu'un  début. Là est la voie.

 La mise en place d'une sécurité sociale, avec ses effets contracycliques heureux, est fondamentale. La Chine s'est engagée dans l'objectif d'une couverture maladie pour toute la population en 2020. Mais il y a beaucoup à réaliser : améliorer le système de santé, défaillant, la couverture des retraites (45 % des chinois ont un régime, ce qui est mieux mais encore insuffisant) et leur taux de remplacement.

 Les services sont insuffisants à tous les niveaux dans la société chinoise et réclameront une logique d'investissement public très audacieuse. Notamment pour affronter la question des mégavilles qui vont émerger. 400 millions de nouveaux urbains sont attendus dans les villes chinoises dans les deux décennies qui viennent ! Chiffre effarant...

 L'Etat chinois agit. Contrairement à ce qui s'entend souvent, il a fixé des cibles précises pour la baisse des émissions carbone, la réduction de la consommation énergétique. Certaines catastrophes liées à la dégradation de l'environnement l'ont convaincu. Il investit dans les énergies renouvelables et pour sortir de son modèle d'électricité au charbon. Il lance des villes nouvelles de manière volontariste, créant les services avant même l'arrivée d'habitants. Planifier, tel est le souci chinois par excellence.

Planifier est le rôle du politique. Le marché ne sait le faire que de manière désordonnée, chaotique, et préfère le court terme. La Chine peut apporter au monde, si elle sait se transformer, à travers la réaffirmation de la politique aux postes de commande. Mais elle ne pourra pas affronter la complexité de la vie contemporaine si le PC n'accepte pas de donner de l'autonomie à la société civile, bref d'ouvrir le chemin aux libertés publiques. Sans société civile, le développement humain, l'étoffe des services, ne pourront pas prendre forme. La grande Chine devra concilier sa force politique avec l'égalité et la liberté.

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Economie
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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