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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 09:14

 

blum_1235249619_thumbnail.jpg Léon Blum est parmi ces "grands hommes" qui après leur disparition s'élèvent au dessus des antagonismes et intègrent le patrimoine national.

 

Lui qui fut haï par ses adversaires,  érigé en cible obsessionnelle par les antisémites, lui qui fut l'objet d'une tentative de lynchage par des éléments royalistes, qui collectionna les appels au meurtre à peine voilés sur son nom, lui qui symbolisa "la grande peur" saisissant l'oligarchie en 1936, apparaît désormais sous les applaudissements dans les discours du candidat conservateur à la présidentielle de 2007, sans qu'on s'en émeuve outre mesure.

 

Dans la mémoire des français, Blum ce sont les congés payés.

Et à ce jour personne, dans un pays touristique comme le nôtre, n'a songé à les remettre en cause. Le Président les célèbre d'ailleurs, enfourchant son vélo et arborant le bronzage de rigueur (pour l'instant on ne s'en prend qu'à la RTT et aux jours fériés, c'est déjà suffisant...). Les vacances, ce sont aussi des signes extérieurs de richesse, et les enrichis en raffolent. Blum n'est plus scandaleux. Il n'est plus ce traître insupportable quittant les rangs bourgeois pour devenir le chef d'un Parti ouvrier.

 

A gauche, Léon Blum tient, dans le sillage de Jaurès, solidement sa place dans l'Olympe des grandes figures invoquées pour faire briller un peu plus le présent. Les cartes de voeux jouent la sécurité en choisissant des citations de l'ancien Président du Conseil et leader incontesté du Parti Socialiste-SFIO.

 

Mais on connaît mal Léon Blum dans notre pays et on en parle peu.

 

A gauche on s'en tient au mythe. On ne médite pas sur son parcours, et sur une trajectoire qui reste, qu'on le veuille ou non, marquée par un échec politique de grande ampleur.

 

Blum est expulsé de Matignon sans gloire, sur un simple vote du Sénat conservateur par essence, qui suffit à abattre l'immense espoir soulevé par les élections de 1936 et la grêve générale qui s'ensuivit. Et son dernier acte dans la troisième République c'est de voter NON aux pleins pouvoirs à Pétain, mais silencieux et isolé au sein d'un groupe socialiste qui éclate et où son choix est minoritaire. Blum a voulu la Paix, éviter la guerre civile tout en portant le progrès social. Il aura  la guerre, le régime de Vichy, la misère sur la France, l'abolition de la République.

 

On préfère l'icône des congés payés que la réalité ambivalente, qui a pourtant beaucoup à nous apprendre dans ses gloires comme dans ses turpitudes. Car Léon Blum a été confronté à des questions parfois très proches de celles du présent, comme le montre cet extrait d'un article qu'il signa dans le Populaire en 1935, qui semble venu du passé pour évoquer la situation du monde de 2011 face aux marchés financiers :

 

" A un gouvernement de Front Populaire, n'opposeraient-ils pas (les banquiers) un refus pur et simple, et comment se tireraient alors d'embarras les chefs de ce gouvernement, placés du jour au lendemain, comme un commerçant à qui le crédit est brutalement coupé, devant l'impossibilité de couvrir l'échéance prochaine ? J'ai répondu et je réponds que tout gouvernement qui s'inclinerait devant le refus ou subirait les conditions serait perdu (...)  Leur devoir (aux gouvernants) serait de dénoncer à la Nation l'attentat commis contre sa souveraineté par les accapareurs privés du crédit public, et d'exploiter à fond la situation révolutionnaire ouverte par cet attentat".

 

Après des lectures diverses et étalées au cours des années à son sujet ou de ses écrits (voir quelques pistes à la fin de l'article), il me semble mieux connaître ce personnage à la fois impressionnant d'intelligence et de prescience, d'un courage magnifique dans son style propre, attachant et très exaspérant aussi : par son refus d'admettre certaines données du réel et les nécessités qui s'imposent.

 

Léon Blum est d'abord un brillant intellectuel bourgeois. C'est par la pensée que ce tempérament rebelle chemine vers le socialisme. Il en vient à considérer que c'est la solution logique et inéluctable pour l'humanité. Donc c'est une solution "raisonnable" qu'il convient d'aider à se concrétiser

 

C'est à la fréquentation étroite de Lucien Herr et de Jean Jaurès qu'il adopte cette voie. Mais le cheminement de Jaurès est bien différent du sien, même s'il est aussi un Normalien et un intellectuel. Jaurès est homme du peuple, provincial terrien, débraillé qui "crache dans son mouchoir". Il est Républicain, et c'est parce qu'il constate pratiquement, immergé parmi les ouvriers du Tarn, que la République ne peut pas survivre si elle ne franchit pas un nouvau pas décisif, qu'il se transforme en socialiste.

 

Pour Blum, la classe ouvrière resta très longtemps une abstraction : cette majorité sociale qu'il découvrira dans Marx et à qui il revenait de porter les intérêts de toute l'humanité. Blum est avant tout un rationaliste, un homme au service de ses idées et d'une vision morale et universaliste du monde (Kantienne en somme). Le socialisme c'est pour lui la réalisation d'une morale abstraite, sur terre.

 

Ses actes, et aussi ses erreurs qu'il paya très cher, restent marqués de manière indélébile par cette idée : le socialisme, c'est la solution de Raison, on doit donc pouvoir en convaincre chacun. Comme il a été convaincu lui-même.

Et tant que tout le monde ou presque n'en sera pas convaincu et ne s'amendera pas en conséquence, la situation ne sera jamais assez mûre pour agir, on sera toujours en situation "pré révolutionnaire".

Il sera toujours trop tôt...

 

... Et c'est ainsi qu'on laisse filer des occasions qui ne se présentent qu'une fois dans une vie, telle la mobilisation ouvrière qui se lève en juin 36, ou bien la coexistence de deux gouvernements de gauche en France et en Espagne alors que l'Italie et l'Allemagne sont tombées aux mains fascistes.

 

Blum s'est souvent demandé s'il était vraiment fait pour la politique. Il s'interroge encore devant ses camarades réunis à l'aube de son entrée à Matignon. Ce n'est que tardivement qu'il devient un "politique" : à plus de quarante ans passés. Avant ce n'était pas un homme d'action, mais un intellectuel socialiste, puis un conseiller.

 

En 1919, son intelligence hors de proportion avec les autres chefs socialistes, le désigne pour conduire aux destinées du Parti. Et sa première tâche est d'affronter la scission avec les communistes. Il s'en tirera remarquablement. Le petit Parti maintenu, minoritaire, regagnera rapidement sa grandeur passée et surpassera son concurrent.

 

Son discours du congrès de Tours lors de la scission est ambivalent. Il est éclatant de lucidité : si comme ses camarades il admire la révolution russe, Blum décrit parfaitement les risques du modèle Léniniste, et la pente qui conduira au Stalinisme, il refuse de manière fondée le modèle centralisé du Komintern dont on mesurera les dégâts plus tard.

Mais en même temps, il expose déjà cette vision étrange de la rupture avec l'ordre établi, conçue comme le fait de cueillir tranquillement un fruit mûr. Dans son refus pertinent des solutions aventureuses '"blanquistes" et des coups d'Etat bâtis sur du sable, qui exposent à des retours de feu destructeurs, il s'enferre dans une conception abstraite et comme fluide de l'Histoire, qui n'a aucune chance de se réaliser.

 

L'Histoire est tragique et elle ne se dessine nullement entre gens convenables qui devisent pour trouver la meilleure solution, comme dans ces salons littéraires où le jeune Blum brillait. Cela il ne l'acceptera que rarement. Il sut pourtant s'y résoudre avec courage, le lendemain du coup d'Etat manqué du 6 février 34, où il prend alors toutes ses responsabilités, expliquant au Parlement que si la République ne sait pas résister aux Ligues, son Parti le fera à sa place avec le peuple.

 

Si les Révolutionnaires de 89 avaient lu et cru Blum, ils auraient sagement attendu que les aristrocrates, après discussion, écrivent un Décret abolissant les privilèges. La Révolution française s'est accomplie, comme elle le pouvait, avec ses excès. Et le peuple n'était pas à l'image du corps de citoyens éclairés et vertueux que Rousseau avait rêvé. Et pourtant ce fut le moment le plus glorieux de l'Histoire du monde.

 

Blum ne veut pas admettre que l'Histoire est une dynamique et non un schéma tombé tout résolu du ciel des idées. Ainsi sera t-il conduit à opérer cette distinction célèbre, mais non convaincante, entre "conquête du pouvoir" (la transformation socialiste), l"exercice du pouvoir" (on se borne à tirer du système tout ce qu'on peut, en attendant que la situation soit optimale), et "l'occupation" défensive du pouvoir.

 

Manière de dire : il est urgent d'attendre mais ne renonçons pas pour autant.

 

Mais en vérité la situation n'est jamais mûre, et elle ne pourra jamais l'être vraiment. Les "masses" ne seront jamais prêtes pour le grand saut, car justement elles vivent dans l'aliénation. C'est justement pour cela qu'il convient de changer le monde. Et lorsqu'elles se mettent en marche, elles veulent avancer et que leurs leaders montrent la voie. En réalité, l'ordre établi résiste de toutes ses forces, et même si l'on veut réaliser un programme minimum on est obligé d'aller plus loin qu'escompté, et de se défaire d'une vision étriquée de l'éthique, de l'Etat de droit et de la loyauté.

 

Ainsi, contrairement à ce que pourrait prétendre une critique "gauchiste" sommaire, les grandes erreurs de Blum ne sont en aucune façon celles d'un pleutre ou d'un lâche. Blum ne craint pas pour sa vie, il l'a suffisamment montré, et pas seulement lors de sa magnifique défense au procès de Riom, obligeant Vichy à interrompre le procès qui se retourne contre le régime. En 1940, il reste en France, justement parce qu'il est en péril" et qu'il ne veut pas offrir l'argument de la fuite au régime de Vichy.

 

Les erreurs de Léon Blum sont celles d'un homme chevillé à des principes.

 

Quand il propose aux Radicaux d'entrer au gouvernement, alors qu'il sait que les désaccords sur l'essentiel bloqueront le gouvernement, il se réfère aussi à la loyauté et au respect des accords passés. Ceci alors que le PC ne vient pas au gouvernement malgré sa promesse. Diviser son gouvernement sera un erreur lourde. Et sur l'essentiel effectivement, Blum sera stérilisé par Herriot et Daladier : lorsqu'il s'agit d'intervenir pour l'Espagne républicaine, ou quand les socialistes face à la fuite des capitaux, doivent impérativement prendre des mesures de restriction des "libertés financières".

 

En réalité, le vieux Parti Radical est à cette époque en pleine décomposition, il a perdu sa fonction grandiose de "construction républicaine" depuis déjà belle lurette. Il se divise et se vide à grande vitesse dans une société en crise qui se polarise.

 

Les démocraties libérales s'effondrent partout. Incapable de tenir la société qu'ils dominent, les oligarques s'en remettent à des solutions drastiques. Les catégories sociales intérmédiaires qui votaient pour les radicaux vont être sommées de choisir entre le fascisme (choix réalisé en Allemagne) ou la rupture avec le capitalisme sous conduite du salariat organisé.  Blum se refuse à regarder cette réalité brutale en face, et réagit en clamant qu'il n'a jamais parié sur l'éclatement du Parti Radical et qu'il est loyal, encore, à ses amis qui malgré leurs errements ont tout de même signé un accord de Front Populaire.

 

Sur l'Espagne encore, la tragédie est que Blum est bien le seul à être "loyal" et à satisfaire à cet impératif catégorique abstrait qui le guide. Les italiens et les allemands font cyniquement traîner les négociations sur la neutralité, continuant ainsi à déverser armes et troupes auprès de Franco. Pendant ce temps, le Front Populaire reste mutique et Blum "loyal" envers ses promesses et les alliés anglais.

 

Quand le Sénat, cette institution fondée sur la tricherie, lui refuse les pleins pouvoirs financiers pour domestiquer les saboteurs financiers qui spéculent contre le Franc (en se disant patriotes), il accepte la logique de l'ordre établi qu'il a toujours voulu renverser (n'est-il pas paradoxal de considérer que lorsqu'on est au pouvoir, c'est le mauvais moment pour y procéder ?) et quitte Matignon.

 

Celui qui n'a jamais renié en parole son engagement révolutionnaire n'engage alors pas la lutte, il ne s'appuie pas sur le peuple, il ne suscite pas de nouvelles élections, comme il n'a pas su tirer tout le profit de la "grande peur" de Juin 36 : certes il en profita alors - avec pour une fois grande habileté - pour conduire le Patronat à réclamer un accord sans précédent sur des conquêtes sociales. Mais cela se paya ensuite par un reflux du mouvement social le plus fort de l'Histoire, qui permit aux conservatismes de se ressaisir, et d'organiser fuite des capitaux et inflation, effaçant ainsi les concessions réalisées.

 

En plus des radicaux sur sa droite, Blum devait certes compter sur le PC sur sa gauche ou plutôt à l'Est. Sur ordre de Moscou, il poussait à une politique la plus modérée possible (sauf sur l'intervention en Espagne), inclinant même vers l'unité nationale. Ceci afin de répondre aux intérêts immédiats de défense de l'URSS, tels que Staline les imaginait d'ailleurs en se trompant.

Mais qu'est ce qui empêchait Blum d'obliger les communistes à abattre leurs cartes et à montrer leur vrai visage devant la classe ouvrière ?

 

Recevant les preuves de la trahison des hautes sphères de l'Armée (dont Pétain), liés aux terroristes de la "cagoule", Léon Blum reste silencieux et passif, ne voulant pas créer de conflit avec l'armée, alors qu'il a l'opportunité de tuer la peste noire dans la couveuse.

 

S'illusionnant sur la possibilité de faire reculer le fascisme en bon ordre, soucieux de la "concorde civile", épri de paix et de nobles principes, Léon Blum en sera remercié par la calomnie, sera obligé de sortir du gouvernement par la petite porte, et plus tard réduit à demander un gouvernement d'union nationale que ses adversaires snoberont... Ces mêmes adversaires qu'il avait voulu amadouer, en apparaissant comme le modérateur du peuple, et qui le mèneront en prison et à Buchenwald. Belles récompenses pour cette éthique !

 

Léon Blum a voulu éviter la guerre avec l'Allemagne en oubliant l'Espagne. La victoire de Franco encercla la France, démoralisa les progressistes européens, donna confiance aux nazis qui eurent tout le temps de se préparer. Un conflit dès 1936 eut été sans doute préférable.

 

Il a voulu éviter tout risque de guerre civile, elle eut lieu dans les pires conditions avec la présence de l'occupant allemand en soutien décisif de "la révolution nationale" pétainiste.

 

Il a voulu être digne dans la défaite, mais l'intérêt de la République et de la classe ouvrière était-il qu'il soit enfermé ou bien à Londres, donnant une autre tonalité à la France Libre ?

 

Mais la morale individuelle, au sens abstrait du terme, était sauve. Blum respecta son engagement à ne point violer la troisième république, à rester dans la légalité républicaine de l'époque, à ne pas "profiter du pouvoir pour le prendre", à honorer ses accords avec les uns et les autres, et même quand ceux-ci les piétinaient. Mais il ne serait pas dit que Monsieur Blum aurait failli à sa parole...

 

Quelles leçons tirer d'un tel destin ?

 

Sans doute que, lorsqu'il s'agit d'Histoire et de politique, il convient de se méfier des leçons de morale abstraite. Car morale et politique, si elles entretiennent des liens incessants, mènent un bal dangereux et ambigu. Etre avant tout un homme moral, c'est souvent prendre la proie pour l'ombre. Si Blum ne se trompe pas pendant l'affaire Dreyfus et se tient aux côtés de Jaurès, par une haute conception de la morale universaliste, il s'enlise au cours des années 30 dans des considérations de principe qui l'empêchent de saisir les implications dantesques de la période.

 

Ensuite, qu'il faut se méfier toujours et encore des discours et des écrits. Ceux de Léon Blum étaient exaltants, empreints d'une logique implacable. Mais les actes en disent évidemment beaucoup plus. On entend parfois, dans les discussions politiques, quelqu'un utiliser l'argument : "mais il a déclaré que...., il a signé le texte qui dit que...". Oui, et alors ? La continuité d'un individu se lit sans doute plus dans son action, à l'heure des choix, et évidemment dans les moments de tension, cruciaux. Et la participation de Léon Blum à l'union sacrée durant la première guerre mondiale, devenant chef de cabinet des ministres Marcel Sembat et d'Albert Thomas, était de mauvais augure sur sa capacité à se séparer d'un jeu institutionnel classique dont il était le meilleur élève.

 

Sans doute le destin de Léon Blum doit aussi nous conduire à nous tenir à distance des visions trop mécaniques de l'Histoire (c'est ce qu'on a reproché aux marxistes orthodoxes, mais on voit que la social-démocratie n'en est pas exempte, loin s'en faut). Car ces mécaniques consistent à vouloir enfermer la réalité dans des situations qui nous arrangent et qui servent nos turpitudes. Alors que les plus belles réalisations politiques des hommes procèdent au contraire d'intuitions  et d'initiatives inattendues, comme ce fut le cas lors des révolutions française et américaine, ou au tout début de la révolution russe que Blum et ses amis voyaient comme une "grande lueur" venue de l'Est.

 

Le mot de Danton, "encore de l'audace", n'est pas irresponsable. Il est salutaire pour l'humanité, aux moments où continuer sur le même chemin c'est aller à la catastrophe.

Et quoi de plus contemporain comme réflexion ?!

 

Ces moments de vérité revèlent les êtres à eux-mêmes. Il est certain que Léon Blum a du se demander, entre 1937 et 1940, s'il n'aurait pas du rester au Conseil d'Etat ou s'engager dans la carrière d'essayiste et de critique artistique qui lui ouvrait les bras. Et c'est à Matignon qu'il a du prendre pleinement conscience du fait qu'il était fondamentalement un démocrate-socialiste soucieux d'aménager autant que possible, sans froisser quiconque outre mesure, la société existante  (ses amitiés américaines étaient d'ailleurs fortes, et elles lui reprochaient d'ailleurs sa passivité sur l'Espagne...) et non ce révolutionnaire qu'il pensa être, parce qu'il trouvait cette issue logique pour l'Humanité.

 

(De Léon Blum, j'ai lu avec grand intérêt ses "Souvenirs sur l'affaire" (Dreyfus), l'essai réformiste "A l'échelle humaine" écrit en 1944-45, ses "Lettres de Buchenwald" qui montrent la grandeur du personnage. Son "discours du congrès de Tours" mérite d'être lu et médité, stylo à la main.

Sur Léon Blum, on lira avec grand intérêt la biographie classique "Léon Blum" de Jean Lacouture, complète et équilibrée, même si je crois me souvenir que l'auteur ménage toutes les intéprétations sans trop s'avancer. Sur le versant critique, venu de gauche, on lira "Front populaire révolution manquée" de Daniel Guérin et surtout de mon point de vue le très convaincant et brillamment écrit "Léon Blum, la politique du Juste" de Colette Audry. Bien plus radical (et sans conteste sectaire) est le texte de Léon Trotsky sur la France de 1935 : "Où va la France ?" mais on ne peut pas lui dénier sa part de  lucidité quand il prévoit l'échec du Front Populaire tel que conçu et la victoire du fascisme en France pour 1940. Le petit livre édité chez Repères, "Histoire des Socialistes" de Jacques Kergoat, est facile d'accès et excellent. Il permet de resituer l'action de Léon Blum dans la longue durée, avec ses sources et sa portée.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Oeuvres politiques
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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