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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 08:49

marguerite_duras.jpg Je viens de lire un roman tiré d'une haute étagère de ma bibliothèque. Un petit livre de poche acheté il y a des années, jamais ouvert, aux pages déjà comme teintées par l'argile. Un titre attirant et mystérieux : "Les petits chevaux de Tarquinia" de Marguerite Duras.

 

Celle-ci avait le génie des titres accroche-coeurs: "Moderato cantabile", 'le ravissement de Lol V Stein", "Dix heures et demie du soir en été"., "Hiroshima mon amour"... Et je suis sûr qu'un jour je lirai... "Des journées entières dans les arbres". Rien que dans ce titre, on pressent le feulement apaisant de la brise dans les feuilles et la mélancolie de l'enfance.

 

"...Tarquinia" est une oeuvre de jeunesse de MD.(1953) Son style y est fluide, moins affecté sans doute que celui qu'on se plaît à caricaturer.

 

C'est un petit livre de rien du tout. Un livre qui se contente de quelques impressions fondamentales. Mais c'est un beau livre et c'est beaucoup.

 

Sans doute le lecteur de ce Blog connaît-il des gens qui n'aiment pas les vacances, qui les craignent, par peur du vide ou de se retrouver face à soi-même. Ce sont des candidats parfaits au burn-out. Ils placent leurs congés sur un Compte Epargne Temps et se planquent derrière une montagne de travail, censée être subie. Ils ont un peu honte, car le loisir est une injonction sociale et le lieu de vacance un signe extérieur de distinction.

 

Et bien ce roman est écrit pour eux. Il évoque les vacances d'été, au final douloureuses, d'un tout petit groupe d'amis. Dans un hameau au bord de la côte italienne occidentale, coincé entre méditerranée, montagne et estuaire. A l'abri regrettable du vent et piégé par la torpeur. Des vacances languissantes et pénibles, durant lesquelles on rêve sans cesse de partir.

 

Impossible d'échapper à la chaleur qui sèche la peau du lecteur. Mais la chaleur est la double métaphore de la vie et de l'amour.

 

On aimerait faire des pauses dans la vie, mais on ne peut pas. il faut  bien se lever, manger plus ou moins la même chose, recommencer, rechercher la même gamme de plaisirs. On se baigne sans cesse mais on sèche. On ne peut pas récupérer de ces nuits de canicule épuisantes. Et on ne peut pas échapper aux apories de l'amour et du désir. On voudrait que l'amour ne puisse s'éroder, on souhaiterait programmer son exclusivité. Mais on est impuissant. Telle Sara, personnage central de ce livre qui ne peut renoncer à l'homme de sa vie mais qui rêve d'autres hommes.

 

Heureusement, il y a "l'Enfant". L'Astre qui justifie tout cela.

 

Et puis il y a l'alcool. En l'occurence les petits verres de Campari qui jalonnent presque chaque page du livre. On sait l'importance de l'alcool dans la vie et l'oeuvre de Duras (lire à ce propos la biographie écrite par Laure Adler il  y a une douzaine d'années).

 

"Moderato Cantabile" m'était apparue comme la vision d'un réel filtré par l'omniprésence du vin. "...Tarquinia" me semble un ressenti du monde qui conduit logiquement jusqu'aux terrasses du seul hôtel du village, où l'on boit exclusivement des Bitter Campari amers. 

 

Il y a l'alcool, et d'autres vaisseaux similaires pour vous alléger et vous emmener ailleurs. Pour provoquer un peu de communion aussi, car que  nous disent les très nombreux dialogues un peu abscons de Duras, sinon l'ambivalente présence d'autrui ?

 

Là ou peut-être on prendra un peu de frais, on vivra mieux ensemble. Par exemple par un saut de deux trois jours à Rome, avec escale à Tarquinia pour y voir ces fameuses petites peintures étrusques. Ailleurs toujours, "Dit-elle".

 



 


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Published by jérôme Bonnemaison - dans Romans
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commentaires

David F.M 24/02/2011 02:07


Bonjour Jérôme,
Moi qui déteste Marguerite Duras, moi qui n'ai pas supporté "Hiroshima mon amour", moi, qui enfin, déteste tout dans son écriture, tu me donnerais presque l'envie de la relire. Je sais, qu'il ne
fait pas bon, d'abominer cette brave Dame, mais je n'y peux rien, et que D...... me pardonne.
Un lecteur médiocre.
F.M http://lire56.over-blog.com

je m'en veux déjà de ce commentaire.
Amitié


jérôme Bonnemaison 24/02/2011 11:19



C'est vrai qu'"Hiroshima mon amour" c'est quand même brumeux...



Chloé 23/02/2011 13:10


Que dire? Tu en parles bien !
J'avais fait une fiche de lecture en 3e, je crois, où j'avais mis la Chaleur dans la liste des personnages... J'adore ce livre. Il me bouleverse à chaque fois que je le lis. Et pourtant, chaque
lecture en est différente et fait écho à des choses très différentes au fond de moi. (Et oui, je ne suis plus (tout à fait) la même que lorsque j'avais 15 ans !)
C'est sans doute un de mes livres "intimes", dont je m'étonne même parfois qu'ils puissent être lus par d'autres que moi...
Du coup, je crois que je vais le ressortir de la bibliothèque pour le mettre sur ma pile, à côté du lit. Et peut-être abandonner dès ce soir Jude l'Obscur pour une escapade en Italie...


T 23/02/2011 14:24



Tu l'avais mis dans ton TOP 20, ce qui me l'a remis dans l'esprit.


C'est étrange Duras, parfois on ne comprend rien à ses dialogues. Mais il y a quelque chose d'intense qu'il est difficile de définir. C'est ce que j'aime en faisant ce blog, ça m'oblige à donner
une forme.


Il y a beaucoup de Durassiens, et ils sont souvent dans l'incapacité à expliquer pourquoi. C'est un peu pareil avec Modiano (pour lequel j'ai moins d'enthousiasme)



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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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