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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:48

 

1606122_7_4c1b_amen-costa-gavras-2002.jpg En cas de doute sur le potentiel de bonheur collectif dont l'humanité est capable, je connais un très bon antidote à effet immédiat : ouvrir un livre qui évoque la Résistance allemande pendant la deuxième guerre mondiale.

 

Que cette résistance, très minoritaire mais substantielle, ait pu avoir lieu, est d'une importance fondamentale à mes yeux. C'est une lumière hautement réconfortante. Elle signifie que des humains ont pu, dans des circonstances effroyables, être capables d'une noblesse confondante. D'un esprit de sacrifice inoui, d'une absence de mesquinerie totale. L'exemple de ces allemands vient à lui seul, car il a été possible, et donc reproductible, fracasser la vision pessimiste qui organise notre vie économique : l'idée vulgaire et pourtant dominante de l'homo economicus calculateur et en recherche de la défense rationnelle de son intérêt. Non, bien d'autres mobiles agitent l'homme, dont une immense capacité d'empathie et un sens de la justice d'une puissance insoupçonnable. L'Humain est tout et son contraire.

 

Ces gens savaient qu'ils seraient arrêtés, torturés, abattus, sans grand espoir de résultat quelconque. Mais ne rien dire, ne rien faire contre l'horreur, leur était plus insupportable que tout. Pour un matérialiste comme je le suis, ce dont un Humain est capable ne vient pas du ciel. Donc ce qui a été fait montre l'étendue de ce qui est possible, extensible, généralisable. Le simple fait de distribuer un tract, de saboter une pièce d'artillerie, de transmettre un message, de protéger un persécuté, dans de telles circonstances, est un cadeau légué à l'humanité pour l'avenir.

 

Donc il m'est arrivé à plusieurs reprises de me plonger dans ce passé là. Comme dans celui de la résistance en France, d'ailleurs. J'ai par exemple lu "Seul dans Berlin", le roman extraordinaire d'Hans Fallada, le témoignage poignant de la soeur de Sophie Scholl sur la Rose blanche ou ce livre incroyable et singulier qu'est "Hammerstein ou l'intransigeance" d'Enzensbeger ( Si on n'avait du lire que trois livres parus en 2010... ), sur l'attitude têtue et rebelle du général hammerstein, snobant incroyablement Hitler, et dont les filles furent des résistantes intrépides. J'ai aussi découvert la résistance au sein même des camps, notamment dans "Les jours de notre mort" de David Rousset. Je me souviens très précisément de passages de "l'Orchestre rouge" de Gilles Perrault ou de "Sans patrie ni frontière" de Jan Valtin, qui évoquent la résistance rouge allemande.

 

Je viens de lire "Ces allemands qui défièrent Hitler" du précieux Gilbert Badia. Je n'y ai pas appris beaucoup car je connaissais l'essentiel, mais c'est une excellentissime synthèse du sujet, rassemblant des données éparses, et j'ai quand même découvert quelques figures magnifiques et certains aspects méconnus.

 

"Les" résistances allemandes ont bel et bien été substantielles. 8000 condamnations aboutissent à des exécutions en 43-44. On estime à des centaines de milliers les allemands qui ont participé à des actions contre le nazisme.

 

On glorifie souvent les officiers qui ont tenté d'abattre Hitler (Tom Cruise a même joué Stauffenberg dans un film), mais c'est le mouvement ouvrier qui a constitué le bastion principal de la résistance. Et c'est lui qui a résisté en premier, alors que les officiers se ralliaient à Hitler. Ce n'est qu'après la chute du mur que ces résistances sont considérées d'un point de vue global en Allemagne. En RDA, seul le parti communiste (KPD) était considéré, avec l'Orchestre rouge. En RFA, les officiers convertis à l'opposition tardive furent présentés, non seulement comme la seule résistance mais aussi comme les précurseurs de l'allemagne démocratique.

 

Le premier attentat contre Hitler, et son auteur, Georg Elser, un simple ouvrier, électeur communiste, sont méconnus. Il a passé une trentaine de nuits à fabriquer un dispositif explosif en s'introduisant la nuit dans la brasserie munichoise où Hitler venait chaque année fêter son putsch de 23. La bombe a explosé, et le hasard a  épargné le tyran, à 8 minutes près. Elser a fait en sorte de ne compromettre personne et a pleinement assumé son geste une fois arrêté. Les nazis l'emprisonnèrent et essayèrent de le faire passer pour un agent anglais. Ils finirent par le tuer.

 

Les communistes, les socialistes, les syndicalistes, ont payé le prix de leurs lourdes erreurs. Ils auraient peut-être empêché la victoire nazie s'ils n'avaient usé leurs forces à s'affronter depuis les années 20, refusant toute logique de front unique contre le fascisme. Ils ne parvinrent pas à comprendre ce qui les attendait et se référaient à des expériences anciennes : bismarck, les gouvernements ultra conservateurs.... Les communistes ont même pensé que le nazisme était la dernière étape avant le grand soir.

 

Les communistes tentèrent bien de résister. Ils subirent une répression gigantesque dès la nomination d'Hitler comme chancelier. Une des premières mesures hitlériennes fut de déchaîner une phobie contre l'idée d'un coup dEtat communiste en préparation. L'incendie du Reichstag servit de prétexte. Le KPD continua pendant des mois, contre tout bon sens, à demander à ses militants (plus de 300 000) de lutter publiquement alors que les nazis avaient choisi de déchaîne toutes leurs méthodes répressives. La Direction, décapitée, dut émigrer en France, et prendre des décisions déconnectées de la situation. Les arrestations se comptaient par milliers par mois et remplissaient les premiers camps de concentration. La théorie du social fascisme resta de mise... jusqu'en 1935... empêchant toute coordination entre les deux partis qui se haïssaient.

 

Le pacte germano soviétique mit un coup d'arrêt brutal à la résistance communiste, traquée et en plus déboussolée.  Cependant, des initiatives plus spontanées continuèrent. Le groupe Herbert Baum, constitué de juifs communistes, mena un attentat contre une exposition de propagande. Wilhem Knochel parvint à monter un mensuel titré "le combattant de la paix", en pleine année 42, appelant au sabotage. La gestapo soldait ces actions par l'arrestation des réseaux constitués par quelques centaines de personnes.

 

La contre offensive soviétique réveilla les communistes restés sur la réserve : d'où une opération de répression massive appelée opération "orage" à l'été 44.  Thalman, le chef communiste, interné depuis onze ans, est exécuté pour inaugurer la vague répressive.

 

Chez les sociaux démocrates, ce sont surtout les petites organisations dissidentes qui résistèrent. L'aile droite du parti, retombant dans ses pires errements de 1919, se déshonora en essayant de traiter avec Hitler, qui les accueillait pour mieux les briser ensuite. 60 députés approuvèrent la déclaration de politique générale du chancelier Hitler....  Le Parti scissionna et ceux qui ne se rallièrent pas à Hitler fondèrent le SOPADE établi à prague. En Allemagne, ce furent surtout de petites formations, qui avaient rompu avec le parti avant la prise de pouvoir nazie, qui s'organisèrent pour résister. Des groupes comme "Nouveau départ", "les socialistes révolutionnaires", "front socialiste". On doit citer aussi des scissions du parti communiste, comme le KDDO ou le SAP (dont Willy Brandt était membre). La Gestapo met deux à trois ans pour les éliminer.

 

Les syndicats sont absorbés par les nazis, et leurs militants ne résisteront qu'à titre individuel.

 

La résistance allemande s'incarna fortement à l'étranger, à travers de grandes voix comme Thomas ou Heinrich Mann, Brecht. Singulièrement en France. Nombre d'oeuvres marquantes montrèrent le vrai visage des nazis, comme "la septième croix" d'Anna Seghers. Le travail des communistes fut très efficace, dans les premières années, surtout grâce à l'inventif Willy Munzenberg qui porta des coups réels aux nazis avec le livre brun du nazisme.... parvenant même à obtenir des acquittements au procès du Reichstag... La plus belle victoire de la résistance allemande. Munzenberg sera plus tard liquidé par les staliniens.... Les communistes allemands en France parvinrent à entraîner de nombreux intellectuels dans leur stratégie d'unité contre le fascisme : c'était le temps des "comités".

 

Les émigrés allemands s'engagèrent nombreux dans les brigades internationales en Espagne où ils payèrent un lourd tribut.

 

A partir de 1938 leur situation en France devient de plus en plus précaire : on les parque, avant que Vichy ne les livre à Hitler.  Ils seront nombreux dans les maquis de la résistance. Les trajectoires de ces traqués de tous côtés sont effarantes, et certains comme Walter Benjamin, en vinrent à se suicider.

 

Le grand échec des émigrés allemands reste le référendum de la Sarre, où hitler remporta une victoire massive sur le rattachement à l'Allemagne, malgré la campagne des opposants.

 

Un autre secteur de la résistance fut la jeunesse. L'histoire de la Rose Blanche est très connue, et fut diffusée en Europe immédiatement par les alliés. Hans Scoll et Alexander Schmorell en furent les deux premiers leaders, inspirés par les valeurs chrétiennes. Ils diffusèrent deux séries de tracts dans les universités, d'abord à munich, d'un contenu absolument radical, appelant à abattre le nazisme. La répression fut sauvage, médiévale.  Un idéalisme suicidaire ressort de cette histoire tragique. La Rose Blanche reste une lumière sauvant un peu l'honneur du peuple allemand, payée atrocément par ces jeunes. C'est grâce à ces héros que nous pouvons considérer que le problème était le nazisme, et pas l'Allemagne. L'Europe doit beaucoup à leurs simples gestes.

D'autres initatives fleurirent dans les universités. On doit aussi mentionner le cas des "Pirates de l'Edelweiss", jeunes refusant l'embrigadement, fans de jazz... Ils provoquaient avant tout mais parfois collaient des papillons antinazis.... Ils ne furent pas épargnés.

 

Le réseau européen Orchestre rouge est connu (le livre de Gilles Perrault est vraiment un souvenir inoubliable), mais on l'assimile totalement à la dimension d'espionnage lié aux soviétiques. En Allemagne, c'était avant tout un réseau de résistance très original, composé de manière hétéroclite. On y trouvait des membres de tous les milieux. Ils se dédiaient en particulier à la récolte d'informations stratégiques, avec un grand succès. Staline n'écouta pas les avertissements d'une invasion imminente de l'URSS. Deux fonctionnaires, Schulze Boyzer et Harnack en furent les pionniers, à partir de deux cercles de discussion qu'ils unifièrent. En 1942, le réseau fut démantelé après l'interception de messages radio.

 

Le Cercle de Kreisau; animé par deux juristes, Moltke et Yorck, réfléchit à une nouvelle Allemagne. Il  se lie à des sociaux démocrates, eux-mêmes en contact avec des communistes. C'est un embryon de contact entre les résistances allemandes. Le Cercle nouera aussi des liens avec les officiers conjurés.

 

L'attentat du 20 juillet 1944 est l'épisode le plus connu de la résistance allemande et Stauffenberg sa figure célèbre. Cet attentat est le résultat d'une longue évolution mâturée depuis 1938 dans certains secteurs de l'armée allemande. Certains officiers, pour des raisons strictement nationales, et non par désaccord foncier avec le nazisme, finirent par se convaincre de la nécessité de débarrasser l'allemagne d'Hitler. La plupart de ces officiers collaborèrent aux atrocités du régime. Ils eurent l'illusion d'une possibilité de paix séparée avec les alliés de l'ouest, qui sauverait l'Allemagne. Certains d'entre eux n'avaient aucune intention de rétablir une démocratie dans le pays. Si ces officiers eurent du courage et purent être admirables, les présenter comme des militants démocrates est erroné.

 

Les Eglises n'ont pas manifesté de résistance. Elles ont, malgré des tensions récurrentes, car le régime empiétait sur leur terrain en revendiquant l'exclusivité idéologique, coopéré très largement avec les nazis. Hitler a signé un concordat avec le Pape, et les proclamations de soumission et de soutien au régime sont légion. L'Eglise protestante fut encore plus zélée dans son soutien au nazisme. Certaines dissidences sont cependant à souligner, comme celle de Martin Niemeller et de son Eglise confessante. 6000 pasteurs s'y seraient ralliés. Côté catholique, l'evêque de Munster a dénoncé en chaire les liquidations physiques de personnes handicapées.  Ce n'est d'ailleurs qu'à cette occasion que les Eglises protestèrent, sans le rendre public. Mais on doit tout de même souligner que nombre de chrétiens réalisèrent des actes de résistance, cachèrent des juifs.  Sans aucun soutien des bureaucraties religieuses qui firent leur hypocrite mea culpa après guerre, achetant de l'Indulgence selon une méthode bien éprouvée.

 

Le cas de Kurt Gerstein, qui inspira le film de Costa Gavras ("Amen") est extraordinaire. Ce chrétien se retrouve à travailler sur des procédés chimiques nécessaires à l'extermination. Il assiste à une séance de gazage et essaie ensuite d'en parler à des centaines de personnes, d'avertir le Vatican. En pure perte.

 

Une autre forme de résistance, qui donne lieu à polémique en Allemagne, est celle des prisonniers de guerre qui se mirent au service des alliés, signant des tracts antinazis ou parlant à la radio. Les soviétiques en usèrent beaucoup, sans grand succès semble t-il. Ces polémiques démontrent que l'Allemagne n'a pas tout réglé avec son passé, malgré tout.

 

On doit souligner la participation des femmes qui représentent 20 % des arrestations de la Gestapo. Elles jouèrent un rôle essentiel, comme en France, dans le secteur stratégique des liaisons notamment.

 

Cette résistance allemande était désunie. Elle devait affronter un système répressif extraordinairement développé. Mais son principal souci était le suivant : la popularité d'hitler, considéré comme un génie depuis ses victoires vengeant l'Allemagne du traité de Versailles, et assurant, par la militarisation puis le pillage de l'Europe et le vol des juifs, un niveau de vie convenable pendant plusieurs années. Une part très conséquente des arrestations de la Gestapo se réalisait sur la base de dénonciations. La jeunesse, qui aurait pu constituer un force vive pour la résistance, était très encadrée par les jeunesses hitlériennes. Bref, comme Jan Valtin le dit dans ce récit incroyable et tellement marquant qu'est "Sans patrie ni frontière", aller en Allemagne pour résister ou militer c'était du pur suicide.

 

Il est réconfortant de penser à ces gens. Mais est douloureux de penser à toute l'angoisse qu'ils devaient subir, aux méthodes qu'on utilisait pour les faire parler et aux chantâges abjects qu'ils subissaient (parler ou accepter l'élimination de toute une famille par exemple). Il est aussi douloureux de se souvenir de l'après guerre : très peu survécurent. Et ceux là virent les anciens nazis recrutés ici ou là, laissés tranquilles, continuant à exercer des responsabilités. Dans certaines villes allemandes, les résistants sortirent de chez eux pour aider les alliés envahissant l'Allemagne, créant des comités de l'Allemagne libre.... On les écarta pour placer des notables compromis.

 

Le passé est toujours là. Il vit dans le présent. Et le futur peut être sauvé, nous en avons la preuve. Grâce à eux.

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Histoire
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Beauclair 15/02/2015 18:54

Bonjour,

Je viens de lire votre article, très intéressant et je m'intéresse à ce "côté" si l'on peut dire de l'histoire allemande. Il y a eu un documentaire télévisé (il y a 2 à 3 ans) à la télévision française au sujet des "richies boys" qui étaient des allemands partis aux Etats Unis pour combattre à leur façon les actions d'Hitler. A voir sur wikipedia. Salutations. MB

nec phone systems 24/07/2014 14:12

The story of the Hitler and the ones who defied him that is in the article is evoking all our interest to read the article and I am curious to know more of it. The Germans and the act of the communalist were the ones that marked the story.

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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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