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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 19:59

1017424_577898562262007_1349256206_n.jpgSur la plage où j'étais en vacances, les liseuses fleurissaient comme des fleurs de métal un peu arrogantes.  Elles semblaient dire : "regardez mon propriétaire n'est pas un pequenaud, non seulement il lit, mais en plus il s'en donne les moyens". J'ai interprété cette clinquante rencontre comme un signe : il est temps de te prononcer sur ce point mon gars, sors tes orteils du sable et dis ta vérité au monde. 

 

Etrangement, les gens de lettres  (dont je ne suis pas - n'étant ni prof, ni écrivain, ni journaliste, ni critique, ni bloggeur sponsorisé, ni bibliothécaire ni libraire, ni éditeur-) ne s'étripent pas à ce sujet. D'ailleurs ils ne croisent pas le fer pour grand chose me semble t-il, excepté pour des questions de droits d'auteur, de plagiat, d'atteinte à la vie privée, par l'intérmédiaire d'avocats. Mais de querelles dantesques sur le fond, on n'en trouve plus. Les seuls scribouillards qui scandalisent sont d'immondes racistes qui méritent plus une ordonnance de calmants et un silence méprisant après une volée d'insultes, qu'un pamphlet en réponse. C'est bien dommage. Tout le monde semble se tenir la main dans le milieu des lettres, et on ne crache pas au milieu de la ronde. C'est manifestement trop risqué.  On aimerait un peu de passion dans notre vie littéraire. Nous n'en avons pas, à tel point que l'on a du mal à vraiment parler de vie littéraire, si ce n'est celle du réseau professionnel qui discute de tarifs avec la Ministre.

 

Spontanément l'apparition des liseuses et autres livres électroniques m'a été désagréable. Mais j'étais  conscient de mon inclination vieille France, d'être dérangé dans mon confort de lecteur, de ma préférence pour une certaine continuité des repères, des contenants, même si j'ai toujours rêvé que l'on bouleverse les contenus. Et puis il y a chez Moâaa un réflexe darwino marxiste : l'évolution est là, la croissance des forces productives est un fait, la science avance, l'être humain transforme le monde et par ce processus se transforme, et la question principale est comment on donne une direction consciente à cet élan plutôt que de penser à le freiner ou le stopper, ce qui jamais ne se réalisa dans l'Histoire humaine. Quand le désir de s'emparer du monde ne s'est pas sublimé dans la création ou l'innovation, il s'est exprimé dans des guerres de conquête et des massacres pionniers. Et en général, il faut bien constater (et en cela l'arme nucléaire est vraiment flippante) que lorsqu'une technologie existe, on en vient à l'utiliser. La liseuse est en outre très cohérente, j'en reparlerai (je ne sais pas encore comment mais patientez) avec le système capitaliste. Elle a donc tout pour réussir. Sauf le conservatisme désuet des gens comme moi, mais j'ai du mal à penser qu'il soit de nature à résister bien longtemps et encore moins à se transmettre. Nous disparaîtrons, ne serait-ce que parce que nos appartements se réduiront à peau de chagrin sous la pression du marché et que la culture n'y aura sa place que sur écran plat hyper fin.

 

Donc, après ce détour certes un peu grandiloquent, je me suis dit : réfléchis avant de parler comme un réac sur ton blog consacré à la lecture. Pèse le pour et le contre. Eh bien il me semble que c'est fait. Je vais donc dire mon avis, qui n'intéresse que Moâaa. Mais Môoaaa est partout sur ce blog alors ce ne sera qu'une fois de plus.

 

Je ne voudrais cependant pas sombrer dans les points de vue paranoiaques et puant l'égoïsme social qui s'était exprimé contre le livre de poche. A cette époque, au nom de la littérature, on s'était parfois opposé au livre sobre et pas cher à produire. D'aucuns prétendaient alors que cette chute dans le vulgaire allait dégrader la littérature. Mais la vraie crainte pour eux était qu'elle devenait accessible. On allait devoir la partager peut-être, et ça c'était insupportable.  Je le dis de suite, je ne supporte aucunement ce type de point de vue dont les ressorts sont fort bien décrits par Pierre Bourdieu dans "La distinction". Si je suis attiré par l'élitaire, c'est parce que je crois qu'il est un Bien Commun. La question est de s'en emparer. 

 

Au contraire, tout ce qui élargit le périmètre de la lecture me ravit. Et justement, il me semble que la liseuse le rétrécit. Le full access n'est pas l'accès aux foules, bien au contraire.

 

Le vrai motif de la liseuse, c'est de réduire le coût de production du livre. Qu'est ce qui coûte cher ? Le papier. Oui. Mais surtout le stockage. Et en cela l'intérêt du producteur rejoint celui du consommateur. Car l'espace est une denrée rare. Les êtres humains, qui occupent une part encore négligeable de la planète, se sont débrouillés à rendre le foncier et le bâti très chers. Et d'ailleurs, je le concède, la seule chose qui me pousserait à céder à la liseuse c'est le stockage. Car je n'ai plus de place pour mes livres et je ne veux pas m'en séparer. Une partie des lecteurs, et j'en suis, a besoin d'avoir "son livre". C'est une névrose comme une autre, elle ne provoque pas trop de dégâts. 

 

Chouette, on gagne de la place. Vous noterez d'abord que cela ne fait pas pour autant baisser le prix du livre.  Donc le lecteur a peu à y gagner. On lui vendait aussi un objet, et maintenant on lui refile des kilomètres de lignes sur un écran, toujours le même. En plus, il peut en traficoter la police. Son livre n'a aucune individualité. Il ne vieillit pas. Il ressemble à tous les autres, c'est à dire à la gueule macabre de la liseuse. C'est déjà un appauvrissement considérable pour le lecteur.

 

Pour ma part, j'aime beaucoup, par exemple, voir l'évolution des couvertures du livre de poche, qui sont des témoignages d'une époque. J'aime me demander pourquoi on a choisi telle illustration. On y trouve des photos des grands comédiens de leur temps, ou une trace de la typographie de l'année de parution. Il est bon de savoir qu'un livre a vieilli, qu'il fut parcouru par d'autres, ou l'autre que l'on fût il y a vingt ans. La liseuse c'est au contraire l'appauvrissement des émotions, la simplification, le triomphe du "pratique" contre le sensible, de l'uniforme contre le singulier, du froid métallique contre le charnel, la mort des lucioles dans les campagnes dont parlait Pasolini. On ne souligne pas une liseuse. On peut certes la stabiloter, mais pas de sa propre patte. On ne déchire pas une liseuse, on ne la corne pas. Les gadgets inventés pour épater le lecteur en lui rappelant ces petits trucs sont des succédanés sans saveur. Ils existent justement pour nous rappeler que rien n'est plus pareil.

 

Surtout, la dématérialisation c'est la mort du lieu.

 

Le livre avait ses lieux. Des librairies et des bibliothèques. Des étals de marché. Des lieux lourds et coûteux, intenables donc. Dans ces lieux il règne le silence, spontanément. Ce sont des lieux qui imposent le respect. C'est là où on venait au Moyen Age consulter la transcendance, et donc un peu de sacré a du subsister. Le savoir, chose sacrée : moi ça me va. L'athée que je suis accepte l'héritage.

 

Le livre était dans la ville, il s'imposait à l'existence, à l'urbanité, et même au logis, jusqu'à Bricorama où on trouve de quoi réaliser sa bibliothèque.. On était forcé de le croiser. Les vitrines étaient là. Il avait sa place. Même ceux qui ne lisaient pas savaient l'existence du lieu et qu'un jour ils pourraient s'en approcher, qui sait. Ou leurs enfants après eux. Dans les communes, on trouve des églises et des bibliothèques ou bibliobus. Les bibliothèques sont massives, imposantes, inflationnistes. Baroques parfois. Tant mieux. Tout ce fatras d'archives, de livres jamais empruntés, jaunis. De publications surannées, inégales.... Ca coûte cher. Tant mieux. Dans ces coins silencieux la société dit au marché qu'elle lui échappe encore en partie.

 

Ce sont parfois des lieux désertés, et alors ? Qui a décrété que le rare était inutile ? Qui a décrêté que le coûteux était déplorable ? Et plus encore, qui a décrété que l'inutile était à proscrire ? Qui a décidé que le souverain Bien se calculait au nombre de cartes d'adhésion, de transactions ? Le débat peut se tenir. Et nous, amateurs de livres, nous avons notre mot à dire. Le mien c'est : a bas la liseuse !

 

La disparition du lieu du livre, voila le vrai danger. Ce qui n'est pas tangible n'existe pas. La littérature, la pensée philosophique, l'Histoire, tout ce que l'on veut qui s'exprime dans un livre, a besoin d'incarnation. Et sans le livre pas de lieu. Sans lieu pas de livre.

 

Tel est le motif qui finit de me convaincre. A bas la liseuse ! Elle a beau nous proposer toutes les fonctionnalités possibles qui nous redonneraient nos petits plaisirs d'écorner et de feuilleter, là n'est pas l'essentiel. Elle est le caveau de la lecture. Les liseuses sont autant de petits tombeaux fabriqués du corps mortel et déjà gangréné des librairies et des bibliothèques. 

 

On erre dans une librairie, mais on n'est pas à l'abri de la surprise, on la rencontre presque nécessairement d'ailleurs. Mais parfois on ne trouve pas, et on échoue. Attention, cela suppose que l'on reviendra pour voir ! L'ordinateur ne permet pas cette perte de temps, cette inutilité, bref cette possibilité de vivre sa passion.

 

On a le droit d'échanger avec un vendeur, cela m'arrive très peu, mais je me souviens d'avoir discuté il y a presque vingt ans avec l'un d'entre eux, chez Joseph Gibert.... à qui je racontai m'être éclaté à la lecture d'American Psycho. Il alla me chercher les premiers romans de l'auteur, que j'ai lus dans la semaine. Je m'en souviens. Un téléchargement n'a aucune place dans les souvenirs. 

 

J'aime aller dans une librairie avec un(e) ami(e). C'est un superbe moment de partage. J'aime tant offrir des livres. Ceux que j'ai aimés. Mais surtout ceux que je crois écris pour les gens concernés. On leur parle, ainsi, profondément. Ce n'est pas le même plaisir que d'offrir des cartes pré payées. On n'offre alors que du pouvoir d'achat.

 

Songeons aux appartements du livre numérique. Aucun enfant n'y fouillera dans la bibliothèque, aucun invité n'y demandera le prêt d'un ouvrage (qu'il ne rend pas certes).

 

Une liseuse ne peut pas servir de prétexte à rencontrer un auteur. Elle ne se dédicace pas.

Un salon du livre avec des bornes de téléchargement, vous imaginez cela ?

 

Et le mystère ? Qui songe au mystère ? Et l'enchantement ? Qui songe à ce plaisir de trouver un titre en bas de page, de le retrouver par hasard chez un bouquiniste et de l'acheter avec le sentiment d'avoir enfin trouvé le livre qu'il nous fallait depuis si longtemps ! La pré sélection d'Amazon, malgré ses qualités, donne tout d'emblée. Le click pour achat aussi. L'aventure de lecteur demeure t-elle une aventure ? Sans doute, car on continue de lire, mais la saveur n'est plus la même alors. Pourquoi s'appauvrir ? Pour quelle idée de la richesse ?

 

La liseuse tire du côté de la valeur d'échange, le livre (pardon Balzac.... Imaginez vous cher grand homme ou nous en sommes de la marchandisation du monde) du côté de la valeur d'usage.

 

La liseuse est un objet capitaliste dans toute son horreur et son habileté perverse. Il s'agit de réduire un coût pour le capital, en appâtant le désir de nouveauté du consommateur, sans limites. Et en le confrontant au manque d'espace dans sa vie, organisé par le marché vorace et les logiques patrimoniales.

 

Le livre est du côté de ce qui résiste, malgré tout ce que l'on sait de l'édition. Il est de cette mauvaise graisse qu'on veut éliminer. Mais cette graisse est un ingrédient miraculeux dans les cuisines humaines.

 

Pour une fois, je me range donc du côté de John Ludd. Je suis pour le bris des machines, je suis contre le progrès. A bas la liseuse ! Vive la filière bois ! Vive le papier !

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Le Livre
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commentaires

Christophe Lucius 18/09/2014 19:25

Ce qui est sûr, c'est que le livre aura toujours des adeptes et même l’avènement du numérique ne changera pas ça, d'ailleurs, ce dernier n'a pas que des avantages comme vous le dites si bien, j'ai d'ailleurs écrit un article en rapport, que vous pourrez retrouver sur http://christophelucius.fr/post/97737452276/livres-numeriques-quel-est-le-juste-prix

SalomonParis 16/09/2013 19:17

"personne ne téléchargera mon petiot blog de lecteur"

Eh bien, figurez-vous que n'importe qui peut envoyer vos articles de blog sur sa liseuse ou sa tablette. Les visiteurs peuvent donc transformer votre petit blog en livre numérique et les exporter
sur les machines que vous critiquez ici.

Amazon, par exemple, permet de le faire avec Send to Kindle, et vous ne pouvez même pas y faire quelque chose en tant qu'auteur de ce blog, c'est du côté du visiteur que les choses se passent (via
un logiciel PC ou une extension Chrome par exemple).

Du coup, si vous apprenez que quelqu'un transfère vos articles sur une liseuse, aurez-vous le courage d'assumer vos convictions ou, au contraire, la faiblesse de vivre avec vos contradictions ?

Je pose la question car elle me semble intéressante, aucunement pour vous prendre à défaut sur cet article que j'ai lu avec attention. Par ailleurs, je dois avouer que je n'ai pas encore d'avis
bien défini, donc en tout état de cause, sur le sujet, même si j'ai quand même repéré quelques faiblesses de logique et d'argumentation ici -- parfois, il vaut mieux laisser la passion devenir le
sujet de son propos que de chercher des objets raisonnés qui en arrangent l'articulation. ;-)

jérôme Bonnemaison 16/09/2013 19:54



le "courage " d'assumer de pas aimer le livre numérique.... Je devrais y arriver quand même... C'est pas sauter en parachute en Syrie... Donc je pense assumer oui.... Quel courage ! Sinon les
contradictions hein... J'ai passé quarante ans, donc je crois que j'y suis habitué quand même. Sinon vous avez bien compris mon propos, il a en effet quelque chose d'intuitif. J'ai le sentiment
qu'avec le livre numérique la culture s'appauvrira. On a beau m'opposer bien des arguments, et démontrer le potentiel qu'il y a aussi, et surtout la capacité de subversion (je parlerai bientot, à
contrepied, de "petite poucette" de Michel Serres), je pense que cela réduit l'espace du livre dans notre vie, et je ne le vois pas d'un bon oeil. Une amie m'a donné un argument de plus. La
médiathèque de Toulouse, un endroit superbe, permet pour 20 euros par an, un accès à tout, de l'emprunt à gogo. Et elle occupe une place hyper visible, monumentale, dans la ville. Je pense que
cet aspect central, très fort symboliquement, participe de son succès. J'aime l'ambiance feutrée, civilisée qui y règne, bigarrée aussi (et je n'emprunte pas, c'est inévitable pour moi d'avoir
monn livre à souligner). Le livre électronique nous retirera ça. Je comprends la frustration de tous ceux qui voudraient être édités et qui se disent qu'enfin ils vont casser les monopoles de la
sélection. Mais je pense qu'ils se leurrent. La sélection sera toujours là. Qu'ils publient sur internet tant mieux. Mais la disparition de l'emprise du livre sur l'espace, c'est vraiment
dangereux et triste je trouve



liseur 09/09/2013 02:27

On ne vous demande pas de pleurnicher ; visiblement vous ne lisez pas vraiment ce qu'on écrit, et de toute façon vous cherchez à faire passer une vision anti moderne, passéiste, clanique de la
société. Si si, relisez-vous !
Je vous salue, en qualité d'hyper nomade, déterritorialisé et flexible, tout le contraire de ce que j'ai vécu pendant longtemps dans un monde clanique, territorialisé, inflexible et étriqué, pour
ne pas dire féodal et où il n'y a aucun enchantement, contrairement aux fées et aux lutins que vous semblez y avoir vu à tous les coins de rue.

jérôme Bonnemaison 09/09/2013 19:02



Vous dites beaucoup de choses qui mériteraient de longs développements. Cette notion d'anti moderne par exemple (il me semble que la "modernité" est morte depuis un moment justement. On parle
depuis quelques décennies de post modernité, car les grands piliers de la modernité se sont effondrés -croyance dans le sens de l'Histoire à dévoiler, toute puissance de la Raison et de la
Science, mécanisme historique et utopie, universalisme sans nuance masquant un ethnocentrisme impérial... Donc anti moderne ne veut pas dire grand chose aujourd'hui. On appelait les anti modernes
ceux qui s'opposaient aux Lumières et à l'idée démocratique. Je ne pense pas en être un instant. Lisez un peu ce blog. Le paradoxe de votre propos est d'ailleurs que l'âge moderne est né
notamment avec... Ce fameux livre que je défends. Défendre le livre c'est donc logiquement être... moderne...).


Mais passons.... Ce qui est autrement plus intéressant dans votre propos, ce sont ces notions de "clan" et de "territoire". Quels sont-ils ? J'avoue que ça me titille. Merci d'avance, si vous le
voulez bien, de vos précisions sur ces deux notions. Je ne suis pas certain de mon interprétation, mais ça ouvre de belles perspectives.



liseur 05/09/2013 02:15

Point de vue de consommateur ?
Non, c'est un point de vue de lecteur.
D'autre part vous semblez adopter un point de vue plus idéologique que littéraire dirais-je. J'y entrevois une sorte de cénacle totalitaire, communautariste, avec ses chefs de quartier, ses
gardiens de la doctrine, bref de ces endroits où la liberté de lire n'est pas du tout bien vue.
Que tout ne doive pas être fondé sur l'intérêt du consommateur, peut-être, mais le livre est bien destiné à être lu donc aux consommateurs.
Les librairies veulent en vendre, donc que vous en consommiez finalement.
Et puis prétendre que maintenant tout tourne autour de l'intérêt du consommateur, je me demande bien où vous voyez ça en fait. Ca ressemble à de l'argumentation de politicien qui s'apprête à nous
augmenter les impôts.
Et de tout temps la plupart des écrivains ont été soucieux de vendre, parce que vendre et bien ça leur rapporte.
Et il n'y a qu'à voir l'acharnement des milieux de la " culture " contre le piratage ( réclamant des sanctions invraisemblables pour les contrevenants ), contre le numérique, même contre internet
parfois, pour voir que la préoccupation n'est pas que culturelle, et peut-être même pas du tout.
Avant le numérique le petit monde de l'édition-libraires-etc se portait mieux, parce que ça ronronnait et sûr que l'intérêt du consommateur ne les préoccupait pas beaucoup.
Vous semblez priviligier aussi une sorte de vision élitiste du monde littéraire et ce qui s'y rapporte, autrement dit un privilège réservé à certains, les citadins aisés d'une vaste métropole
fréquentant les cercles des grands esprits ( grands esprits subventionnés bien sûr, l'intellectuel ne doit pas s'abaisser à travailler ) , avec bien sûr le portefeuille bien garni ( mais chez ces
gens là on ne parle pas d'argent, c'est trivial, et puis on en a tellement...).
Alors oui je suis en ce sens un consommateur, en ce sens que chaque centime que je dépense je dois le calculer, que la consommation de lecture passe après - et s'il me reste quelques centimes -
celle des frais de logement, eau, gaz, électricité, alimentation. Je n'ai ni voiture, ni moto, ni bateau, ni vacances, ni téléphone portable, et je porte les mêmes vêtements depuis bientôt 10 ans (
presque l'âge de mon ordinateur qui me permet de lire du numérique ).
Alors, merci Amazone et les autres !

jérôme Bonnemaison 05/09/2013 07:46



"totalitaire" ... Rien que ça.... Eh bé dites donc. Sinon je veux bien pleurnicher un peu sur vos problèmes personnels de pouvoir d'achat (vous devez supposer que je suis une sorte de Crésus qui
s'occupe de son blog dans son château sans doute), mais je vous signale que vous pouvez lire des livres de poche en les achetant 2 euros chez un bouquiniste. Lire n'est pas une passion luxueuse,
loin s'en faut ! Je ne vois pas trop sinon ce que la défense du livre a d'"élitiste". En quoi le livre en tant qu'objet serait réservé à un "cénacle" , alors que le livre numérique serait
démocratique ? Franchement je ne comprends pas, ça relève du pur préjugé contemporain sur le "full access". Un grand lecteur qui lit trente livres par an peut lire avec moins de 200 euros.
Comparez à la passion des jeux électroniques... Et oui, je vous confirme : ici j'ai un point de vue idéologique. Si j'avais eu un poit de vue "littéraire", j'aurais écrit autre chose : une
description vitriolée de cet objet désenchanté et vulgaire : la liseuse. Enfin, dans ma conception de la vie, le lecteur est lanti consommateur justement. Pour etre lecteur aujourd'hui, il faut
rompre avec les règles du temps. Et en particuier celle qui dit que le temps c'est de l'argent. 



liseur 04/09/2013 01:48

La liseuse permet de lire.
La liseuse permet de lire et avec les ajouts techniques contemporains ( polices, taille de police, surlignage etc... parmi d'autres).
La liseuse permet d'emmener beaucoup de livres dans l'espace d'un seul.
La liseuse permet de lire des livres numériques donc avec tous les avantages de cette formule :

- pas besoin d'avoir affaire à un vendeur, on achète en ligne. Et pour avoir fréquenté longtemps les librairies, j'affirme que le libraire conseiller, guide, amoureux du livre est un mythe ou tout
comme. Des commerçants point à la ligne ; ça veut dire qu'un client c'est quelqu'un qui paye et qui dégage ( encore mieux si on n'avait pas à lui fournir la marchandise qu'il a payée )
Avec le livre numérique on peut choisir le site d'achat même s'il est à 500 km ou plus de chez soi, lire des avis, naviguer sur internet pour voir les avis d'internautes ou de professionnels sur le
même livre, et même si on parle des langues étrangères voir ce qu'en pensent les lecteurs de Tokyo, de Boston ou de Rome.
D'ailleurs combien de fois j'ai entendu ces commerçants dire - sur un ton qui invitait à ne pas y revenir - à un client qui avait l'outrecuidance de vouloir un livre qui n'était pas en rayon et qui
demandait s'il était possible de le commander : " vous n'avez qu'à le commander sur internet ". Ben c'est ce qu'on va faire mon gars.

Le livre numérique on peut l'acheter dans le monde entier et l'avoir dans l'instant. Je ne vois pas l'intérêt de " l'attente élitiste " sauf si on est masochiste peut-être, mais ça serait bien de
ne pas prétendre l'imposer aux autres.

Balzac traumatisé par la société marchande capitaliste ? Il me semble plutôt que c'était le genre à discuter chaque centimes.

Vous avez déjà demandé à un libraire de vous commander un livre en Australie ou au Chili ? Avec internet pas de problème ; si le livre existe en numérique vous le commandez et l'avez de suite.

Au fond, il faut souhaiter que prochainement tous les livres soient disponibles en numérique.
Grâce au numérique j'ai eu et j'ai accès à des quantités de livres que je n'aurais jamais eu ni pu lire autrement, parce qu'ils n'intéressent pas les libraires-boutiquiers vu qu'ils n'en vendraient
qu'un dans l'année, parce que de toute façon un libraire ne peut avoir tout en stock, parce qu'ils n'ont généralement pas de livres édités il y a plusieurs années ( 10, 20, 30 ans ou plus ). Avec
le numérique tout un chacun a accès à ces livres.

Bref le numérique et donc la liseuse sous toutes ses formes ( liseuse, ordinateur, tablette ) c'est les livres à portée d'oeil et enfin l'accès à tout un monde au-delà de ce que prétend vous vendre
le libraire papier en général.

Et le numérique, c'est aussi les blogs, les magazines en ligne, les sites, les forums consacrés à la littérature, d'innombrables possibilités d'échanges, de discussions, de découvertes.

Enfin ont été abattus les murs de l'autochtonie, du clanisme, du provincialisme et s'est ouvert le monde du livre et nous sont offerts les livres du monde.

jérôme Bonnemaison 04/09/2013 19:11



C'est un point de vue typique de consommation. Et c'est ça que je récuse. Il y a d'autres points de vue légitimes que celui de l"intérêt du consommateur, qui es devenu la pensée officielle
européenne, et qui on le voit dans les commentaires ici sont prégnants dans les esprits. On ne peut pas organiser une société de mon point de vue sur ce point de vue, qui est celui du marché
autorégulé. Je pense que nous devons toujours réfléchir sur le long terme, en terme de vie collective, en prenant en compte des principes qui dépassent la simple valeur d'échange ou même la
veleur d'usage. Le tout est plus que la somme des parties en somme. Mais votre point de vue montre bien que mes craintes sont fondées. Amazon vaincra et la liseuse sera son cheval de troie



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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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