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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 17:28

images.jpgLe premier tome du profond travail de Françoise Héritier, chroniqué précédemment ( La domination masculine, un putsch contre le monopole de la fécondité ("Masculin/féminin", la pensée de la différence. Tome 1. Françoise Héritier))      , traquait dans la diversité des systèmes sociaux la permanence de la différenciation hiérarchique des sexes. Six ans plus tard, en 2002, paraît une suite de cette réflexion plus ancrée dans le présent et s'interrogeant sur l'avenir. Comment avancer vers l'égalité, "dissoudre la hiérarchie" -tome 2, alors que le poids du modèle archaïque est énorme ? Mme Héritier, anthropologue, et à ce titre soucieuse de la spécificité des sociétés et du respect des cultures, est pourtant une universaliste convaincue. C'est dans ce cadre de pensée qui lui permet d'embrasser le particulier dans l'universel qu'elle réfléchit à l'avenir de l'humanité à double visage.

 

La thèse convaincante de Mme Héritier, développée dans le premier tome, est qu'à la source de la volonté de dominer, il y a la différence matérielle entre sang féminin perdu involontairement, et sang masculin qui coule volontairement. Le masculin a cherché à s'approprier la fécondité, sa domination n'est pas un effet de nature mais un effet d'une symbolisation apparue très tôt dans l'hominisation. Le "scandale" initial à résoudre, c'est le fait que l'homme, pour faire des fils, était obligé de passer par un corps de femme, alors que les femmes se reproduisaient en filles.

 

La dualité sexuelle est un fait. A partir de là, les caractères masculin et féminin se sont connotés. L'auteur pense même que l'humanité a pensé pour la première fois l'identique et le différent en observant la différence en son sein entre homme et femme.  Mais la hiérarchie entre les deux n'était pas fatale, elle s'est insinuée très tôt, avant l'exogamie justement permise par l'appropriation des femmes, devenues monnaie d'échange. L'inférorisation du féminin est passée par cette idée que seul le masculin féconde, il est ce "souffle" dont parle Aristote.  

Le seul levier assez fort pour commencer à déstabiliser un tel ordre, c'est le droit à la contraception, qui porte le fer dans le "lieu" même où les femmes ont été piégées

 

Aujourd'hui, les "invariants" de la domination sont toujours à l'oeuvre, partout, sous des formes diverses, plus ou moins brutales. Des pseudo pensées scientifiques cherchent toujours à démontrer la stupidité supposée des femmes : après avoir cherché dans la taille des crânes on cherche dans la neurologie. On fonctionne toujours avec la dualité des sexes transformée en hiérarchie. La femme est concrète, alors que l'homme est abstrait dit-on, et on transforme cela en supériorité sans interroger les critères en tant que socialement construits.

 

Les femmes sont toujours supposées dangereuses. Saint Augustin disait qu'elles étaient un sac d'ordures, et on retrouve ce caractère de danger, de souillure, de source du mal, dans toutes les cultures : le yin et le yang compris. L'humanité n'est pas sortie de ce cercle vicieux qui voit les hommes contenir les femmes dans un statut inférieur, les éloignant, accentuant ainsi leur peur du féminin et de leur propre "part de féminité" (cette dernière expression a ouvert chez moi un torrent d'interrogations, sur lesquelles je reviendrai pour conclure).

 

Une longue analyse du SIDA en Afrique démontre combien cette représentation du mal féminin est vivace. "On attrape le sida chez les femmes" ("on" est masculin, l'humain est réduit au masculin) dit un dicton. Ils se dit que coucher avec une vierge permet de se délester de la maladie, par transfert des humeurs froides. Un encouragement au viol et à la contamination.

 

Les axes solides du système archaïque sont les suivants : l'appropriation du corps féminin est un droit des hommes, et le désir masculin n'attend pas. La femme a une double nature, elle est faible et maléfique (elle a toujours tort en fait). La violence féminine est la pire des transgressions. En témoignait la haine franquiste des "hyènes rouges" que l'on tondait pour les renvoyer à leur animalité. La violence sexuelle masculine a été utilisée de tous temps comme une arme entre hommes, pour marquer son territoire.  Les femmes n'ont jamais été considérées comme les vrais humains. 

 

Un chapitre passionnant est consacré aux erreurs de Simone de Beauvoir, que Françoise Héritier admire bien entendu, mais dont elle explore les limites, démontrant ainsi sa grande intégrité intellectuelle. SDB avait beaucoup lu et travaillé au Musée de l'Homme mais il lui manquait des connaissances anthropologiques. Bien que s'inspirant de Levi Strauss, elle est restée enfermée dans une vision évolutionniste de la situation féminine, et non structuraliste.  SDB a pensé, en lisant Malinowski, que l'humanité primitive ne savait pas lier copulation et engendrement. Alors que la seule chose inconnue d'ailleurs jusqu'à une époque récente, était le rôle du spermatozoïde.  SDB est ainsi allée chercher dans le néolithique le moment où la domination a surgi.  L'invention de l'agriculture aurait relié la femme féconde à la terre et à l'immanence, l'homme se réservant la transcendance. La hiérarchie naissait donc.  Outre le fait que SDB ne se réfère qu'à ce qui s'est passé dans le croissant fertile où le néolithique a surgi, et donc met de côté le fait que la domination masculine s'est imposée partout, en dehors même de ce schéma, elle a raté l'essentiel : c'est beaucoup plus tôt que la différence des sexes s'impose et fonde les notions d'identique et de différent.  Mais le concept de différence ainsi fixé, il a fallu que la hiérarchie surgisse. Tous les peuples ont vite perçu qu'il était besoin des deux sexes pour engendrer, et selon l'expresssion de Napoléon en ont conclu que "la femme est donnée à l'homme pour qu'elle lui donne des fils".  Les hommes avaient besoin de déposséder les femmes pour se reproduire à l'identique.  Ce n'est pas le partage sexué des tâches qui fonde la domination, mais ce besoin de dépossession, très ancien.  Un signe en est qu'à la ménopause, le statut des femmes change dans toutes les sociétés.

 

La grande révolution c'est ainsi la contraception qui libère les femmes là ou elles ont été constituées prisonnières. C'est un tournant "sans précédent". Si ce fait s'est produit en occident, il commence à marquer toute la planète comme le montrent les baisses de taux de fécondité libérant la femme de l'enchaînement des naissances. Y compris en Iran. La rupture entre sexualité et procréation est irréversible sans doute. Par le droit à la contraception, les femmes prennent le pouvoir sur leur corps et sur la procréation, elles ne sont plus cette matière inerte dont parlait Aristote. La contraception emporte d'autres droits : celui de choisir son partenaire par exemple. C'est une clé fondamentale. F Héritier pense que les gouvernants qui l'ont adopté n'ont pas vu ce caractère révolutionnaire, pensant au contraire délester les hommes d'une contrainte de plus . Ils ont en réalité ouvert la possibilité de la liberté. 

 

Peut on penser des nouvelles techniques de reproduction qu'elles affecteront le rapport entre féminin et masculin ? Non répond F Héritier. En effet, tous les schémas de parenté et de filiation qui peuvent en ressortir ont été expérimentés dans le passé et se sont très bien adaptés avec la domination masculine. Le clonage reproductif, par contre, pourrait avoir des conséquences inédites. Il s'agirait de simple reproduction et non de procréation. Dans le cas du clonage féminin, on n'a théoriquement même pas besoin de conserver le genre masculin, qui peut disparaître. Dans le cas du clonage masculin on peut imaginer une soumission terrible des femmes transformées en productrices d'ovules. La vraie question posée par le clonage est la possible fin de l'altérité. Un retour à l'humanité d'avant l'exogamie. La fin du lien social et la perte de la diversité génétique.  Le fantasme de sélection génétique pourrait se réaliser avec des schémas de domination encore plus terribles. Des problèmes incommensurables seraient posés par la coxistence de générations rendue possible, ainsi que par le clonage post mortem. Qui peut imaginer ce que serait la construction d'une identité sans filiation, sans complexe d'oedipe ? Un aventurisme peu tentant.

 

Le relativisme culturel reste la grande force de résistance au discours critique féministe. L'anthropologie a mis en avant ce relativisme pour imposer le respect des cultures et non pour ériger des citadelles. Les condamnations des mutilations sexuelles par les institutions internationales (ONU, OMS) ne sont que très récentes, même si peu à peu l'idée universaliste fait son chemin.

 

Or il n'est pas vrai comme on l'a vu que la domination masculine soit une spécificité culturelle localisée. C'est un fait universel. Les pays où les femmes s'en libèrent relativement sont donc des fronts avancés et non des particularités à visée impérialiste. La question posée est universelle, comme la domination a été imposée universellement.  Si le droit international avance, si les droits nationaux avancent, on se heurte à la coutume, à l'intérorisation d'un schéma archaïque, où les femmes elles-mêmes ont un rôle actif, les dominés participant de leur propre domination dans un schéma d'oppression parfait (Bourdieu).


Le féminisme peut toutefois compter sur un allié objectif : l'économicisme. Car il devient évident que la marginalisation des femmes est une cause de sous-développement. En Europe, il est frappant de constater que ce sont les pays où les femmes travaillent le plus que le taux de natalité est fort (France, Danemark). La libération des femmes est un facteur de vitalité sociale. Et c'est à ce titre que le féminisme peut rencontrer certains intérêts convergents avec d'autres forces pas forcément intéressées au premier plan par la question des inégalités.

 

L'oppression des femmes n'est pas une cause du sous développement, mais celui-ci s 'en nourrit. Le sous développement n'est donc pas une excuse.

 

La grande erreur dans laquelle peut tomber le féminisme, selon l'auteur, est de parler des femmes comme constituant un groupe minoritaire comme un autre. Cela signifie alors que la norme est le masculin, et c'est cela qu'on doit briser.  

 

Le féminisme ne doit pas ignorer qu'il est impossible à l'humanité de ne pas distinguer l'identique et le différent. La volonté d'égalité excessive qui prône l'indifférenciation et non l'égalité des droits, et le différentialisme absolu sont deux extrêmes tout aussi absurdes, aux bouts d'une chaîne des différentes manières de concevoir le masculin et le féminin.

 

L'identité suppose la différence, et le vivant doit et devra composer avec un donné : la différence sexuée.  Le différentialisme est dangereux en ce qu'il présuppose l'impossibilité de coopérer.

 

Les femmes, ayant reconquis un statut de personnes à part entière par le droit à la contraception, se lancent à l'assaut de la parole et de la représentation politique. Mais doit-on penser que les femmes ont besoin d'une représentation en tant que femmes ? Si l'humanité est une avec deux aspects, alors la réponse est qu'on doit pouvoir se représenter mutuellement. F Héritier est ainsi critique sur la constitutionnalisation de la parité réalisée en France. L'idée de base reste qu'un sexe "représente mal l'autre". En disant cela, on valide les représentations qui ont permis l'exclusion des femmes. Le problème de la parité est qu''elle ne dit rien de l'égale et universelle dignité de l'être humain". Il est sans doute cruel aux progressistes de l'entendre, mais il est vrai que la parité est vue comme un moyen pour les femmes d'être "mieux représentées", les hommes continuant en fait de l'être par des hommes. Les femmes sont donc constituées ou reconstituées en groupe social distinct. Est-ce un mal nécessaire ? L'avenir le dira.

 

Mais le danger est qu'on se contente à l'avenir de mettre en place des "formes" qui s'accomodent de la bonne vieille discrimination dans les esprits et comportements. On ne remarque d'ailleurs aucun effet de "contagion" démocratique de la parité. Les domaines qui n'ont pas été touchés par la loi restent inégalitaires, et surtout les vrais postes de pouvoir. Le problème de la parité par la loi est qu'il ne touche pas au système archaïque de représentation du masculin/féminin. C'est un système d'exception sans portée profonde. Et il a même le défaut de stigmatiser les élues de la parité comme telles, alors que les hommes sont "normalement" élus.

 

Mme Héritier effectue une percée décisive lorsqu'elle propose de ne pas envisager le combat pour l'égalité comme une course à handicap; mais plutôt comme un "système où l'on se rejoint". Cela passe par un volontarisme dans les nominations, par le développement des structures petite enfance, par la suppression de l'imposition commune dans les ménages afin que le salaire de la femme ne soit plus vu comme un supplément... Il faut aussi assumer le fait qu'il n'y a pas de politique féminine. Les femmes en politique font de la politique, voila tout. 

 

Un invariant très puissant de la domination reste le caractère licite de la pulsion masculine à satisfaire. Saint Augustin lui-même voyait ainsi dans la prostitution un mal nécessaire évitant le chaos. La différence de définition entre homme public et femme publique montre le chemin à parcourir... Les sociétés humaines ont été marquées et beaucoup le restent, par l'indifférence pour le viol. Les assistants sexuels, expérimentés en Hollande, ne le sont que pour les hommes.... La notion de nymphomanie assimile le désir féminin a une maladie dangereuse. 

 

La publicité dans certaines de ses formes est venue réactiver cet invariant. Il y a certes une forme d'utilisation de l'érotisation des objets qui n'est pas spécifiquement liée à a domination masculine, mais la publicité omniprésente repose parfois sur la dévalorisation pseudo humoristique de la femme, combinée à son exposition en tant que moyen illimité de satisfactions sexuelle pour l'homme. Un comble est le fait que pour vendre aux femmes, on utilise souvent le désir masculin, ce qui signifie que la femme n'existe que par le désir des hommes.

 

Pour l'auteur, il n'existe pas véritablement de prostitution libre, puisque c'est toujours la satisfaction d'une demande masculine de tous temps considérée comme légitime et auxquelles les femmes doivent se soumettre. Cependant, si la répression des trafiquants et autres maquereaux ne fait pas discussion, celle des clients pose de vives questions. Mme Héritier (je partage son avis) considère que c'est une "fausse bonne idée" dans un contexte culturel qui ne conduira qu'à la clandestinité.  "Parvenir à l'égalité ne peut pas se faire par des sanctions incompréhensibles au regard du schème dominant". 


Il est assez déplorable de remarquer que les vieux schémas se reconfigurent, comme avec les "tournantes" (qui ne sont pas l'apanage des quartiers populaires). Chez certains jeunes, la distinction est systématiquement  opérée entre femmes inaccessibles, femmes réservées à la procréation plus tard, et faibles et isolées appropriées sexuellement. Le recul du romantisme adolescent est en lui-même inquiétant.

 

Le reflet inversé du désir masculin sans limites à satisfaire est le fameux instinct maternel, mythe auquel on doit faire un sort.  Il n'y a pas de raison à une différence entre homme et femme en matière de désir d'enfant. Certes, il y a chez la femme l'envie possible d'une expérience corporelle unique à vivre, mais là est la seule différence. Pourtant notre société continue de fonctionner comme si le désir d'enfant, de source maternelle unique, était un caprice constituant une lourdeur pour l'économie, ignorant qu'il implique le père, et qu'il est une donnée de la condition humaine. Mme Héritier, mais là n'était pas son propos, aurait pu montrer ici en quoi le capitalisme, qui cherche à évacuer, à externaliser, tout coût, est un combat contre l'humain. Il en nie même la nécessité de reproduction, assimilée à une charge inutile.

 

La loi sur le congé paternité est pour Mme Héritier un prototype de ce qu'il faut accomplir pour encourager l'égalité. Son succès immédiat en témoigne.  On rejoint ici l'exigence universaliste de l'auteur qui se méfie des dispositifs particularistes, qui maintiennent l'idée d"une différence hiérarchisée. Elle préfère tout ce qui peut dessiner l'universel.

 

" On fera plus pour la dignité des femmes en accordant des droits aux hommes considérés comme féminins plutôt que par la discrimination positive". 

 

Ainsi plaide t-elle intelligemment pour des actions qui encouragent les femmes et les hommes à se "rejoindre". Par exemple l'utilisation des services publics petite enfance, ou le fait d'accorder une bonification retraite à un homme qui s'arrêterait pour s'occuper de ses enfants. Cette notion de course de relais imaginaire entre hommes et femmes qui se rejoignent au milieu est profondément enrichissante et originale.

 

Mme Héritier insiste encore et encore sur le rôle de l'éducation. C'est évidemment le vecteur multiforme par lequel le modèle archaïque se transmet. C'est là où on doit agir. Et nous avons tous un rôle à jouer. On doit retenir ce très beau conseil empreint de sagesse :


"Savoir se corriger soi-même, en mettant ses actes, y compris linguistiques, en accord avec ses principes, avoir à coeur de montrer, de faire comprendre les mécanismes cachés, d'ouvrir les yeux jusqu'ici fermés, aider de façon concrète, même aux niveaux les plus humbles, à la réalisation d'un pas vers l'égalité : telles sont les recommandations que l'on peut faire à tous les êtres humains de bonne volonté".


A ce prix, l'égalité triomphera. Après des "milliers d'années" de travail peut-être. Mais pour mettre un terme à des dizaines de millénaires d'oppression. Le mâle humain y "gagnera un interlocuteur" comme Mme Héritier le dit, l'empruntant sans le dire à Stendhal.

 

A la fin de cette belle réflexion universaliste, lucide sur les obstacles vers l'égalité mais volontaire et ne doutant pas d'une issue possible car pensable, je confesse cependant une frustration. A un moment, Mme Héritier dit que les hommes ont une "part de féminin" en eux. Mais de quoi s'agit-il ? D'un féminin socialement construit ou de quelque chose qui resterait invariable, ou en tout cas de spécifique, voire d'ontologique ? Bref, si Mme Héritier distingue différence et hiérarchie, elle en reste à l'idée sommaire d'une différence sexuée. Cette différence se traduit notamment par le rapport au sang. Mais encore ? Cette différence reste inexplorée par Mme Héritier, qui ne prend pas non plus le temps d'expliquer qu'elle n'existerait pas. Y a t-il des causes métaboliques qui seraient facteurs d'une approche différente du monde, même si la culture est surpuissante ? Ou en tout cas d'une rencontre sous des angles différents avec l'environnement et la société ? Le fait de pouvoir avoir un enfant dans son corps a t-il des implications pour les femmes que les hommes ignorent ? Les sexualités masculine et féminine sont ils neutres ? Car Mme Héritier parle surtout de la réaction des hommes à la fécondité féminine à l'aube de l'humanité. Mais Quid des femmes ?


Si le "deuxième sexe" avait pour "angle mort" la question de l'appropriation de la fécondité, Masculin/féminin me semble avoir pour sien celui de la réflexion sur la différence, en tant que simple différence. La hiérarchie des sexes est efficacement déconstruite, certes, et l'auteur nous explique en même temps que la différence sexuée est irréductible. Mais qu'est ce que cette différence en dehors de celle des organes reproductifs et de quelques différences physiques apparentes (la voix, la peau) ? N'a t-elle aucune portée, ce qui est possible ? Etre fille et garçon est il sans importance, en dehors des rôles sociaux à endosser ? Ce sont des questions que je me pose personnellement, sans adhérer un instant au mythe intéressé de l'éternel féminin, et que les deux beaux tomes de masculin/féminin ne m'ont pas permis de commencer à résoudre malgré leurs apports sur la déconstruction de la domination.

 

Il me semble en outre que mieux saisir la différence, si elle est cernable, peut aider à la distinguer de l'idée d'une hiérarchie. Cela pourrait nous aider à expliquer que nous sommes différents mais égaux, ce que je crois, même si je ne pense pas à la constance des différences dans l'Histoire, mais à leur transformation à travers les sociétés, les trajectoires individuelles.

... Et maintenant il me resterait à avancer de ce côté ci de la réflexion. Et à trouver les pensées qui y conduisent.

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Essais
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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