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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 12:38

tumblr_mgpv2wkEnz1qan19ko1_500.jpgPaul Valéry goûte les paradoxes. Dont celui d'expliquer souvent qu'une des caractéristiques de la modernité, c'est l'imprévu, alors qu'il ose lui-même prévoir, jouer à l'oracle. Avec grand succès.

 

" Regards sur le monde actuel et autres essais" regroupe des textes écrits principalement dans les années 30, d'une prescience remarquable. Valéry, styliste hors pair, de ceux qui savent que le style c'est la limpidité et la facilité de la rencontre avec le lecteur, a été un des esprits les plus lucides de son époque.

 

On est éblouis de l'intelligence de cet homme à sa lecture. Les pages qu'il consacre à la question philosophique de la liberté méritent leur place dans les meilleures jamais écrites sur ce sujet qui a occupé les Sages depuis l'apparition de la pensée. Il n'a pas toujours eu un courage à la hauteur de ses qualités intellectuelles, pour sûr, fricotant avec Vichy malgré un acte de courage pour saluer "le juif bergson" à l'Académie Française en pleine occupation.

Mais reste qu'un tel discernement est admirable, et même bluffant.

 

Valéry, c'est un regard inquiet sur la modernité et ses perspectives (le moins que l'on puisse dire c'est que ses craintes ont été validées), qui ne se confond pas avec un prurit conservateur ou réactionnaire mais procède d'une réflexion convaincante sur la culture et ses conditions de transmission et d'enrichissement. Lorsqu'il écrit ces pages, l'Europe est sortie de la première guerre, qui lui fait prendre conscience qu'une civilisation peut mourir. Et les années 30 ne sont pas là pour le rassurer. D'où une vision noire, impitoyable, de la politique. Difficile à contredire. Il réserve d'ailleurs ces réflexions à ceux qui "sont absents des partis", à ses yeux les seuls lecteurs valables.

 

On trouve beaucoup dans ces réflexions, et surtout du précurseur. Valéry esquisse par exemple une critique de la science historique qui annonce ses renouveaux et l'approche de la fameuse Ecole des Annales. Les insuffisances de l'Histoire ne sont pas un sujet d'école, mais bien un enjeu politique de première importance, car l'aliment de la politique est le souvenir, justement. Les mythes et les idoles. Or, les "lents phénomènes" essentiels (ceux que Braudel et Labrousse étudieront) restaient ignorés de l'Histoire inspirée du modèle chevaleresque. Il faut prendre l'Histoire très au sérieux, c'est qu'elle peut tout justifier car on y trouve ce qu'on veut. Mais l'Histoire change, sous le coup de l'ouverture du monde, la notion d'évènement qui se transforme et débouche désormais sur l'imprévu.

 

La grande affaire pour Valéry, c'est la mondialisation. Il en perçoit dès les années 30 les implications. "Rien ne se fera plus sans que le monde entier ne s'en mêle". On ne peut pas penser en politique avec les mythes du passé car les effets d'échelle ont considérablement joué. Surtout, "le temps du monde fini commence", les terres habitées ont été découvertes. Les humains vivent dans l'interdépendance à l'échelle mondiale. L'Histoire ne peut plus être celles de lignes parallèles. Et la politique doit intégrer cette solidarité de fait (notons qu'Edgar Morin, de nombreuses décennies plus tard, s'échine encore à expliquer cela sans écho).

Déjà, "aucun raisonnement économique n'est possible. Les experts se trompent". Le politicien ressemble au spéculateur (quelle prophétie ! Puisque de nos jours la politique se fait dans les agences de notation :

 

"La nouvelle politique est à l'ancienne ce que les brefs calculs d'un agioteur, les mouvements nerveux de la spéculation dans l'enceinte du marché, ses oscillations brusques, ses retournements, ses profits, et ses pertes instables sont à l'antique économie du père de famille (...) les profondes pensées d'un Machiavel ou d'un Richelieu auraient aujourd'hui la consistance et la valeur d'un "tuyau de bourse""....

Prophétique, n'est-il pas ?

 

Valéry propose une série de remarques sur l'Europe et surtout sur la France, qui résonnent aujourd'hui dans les études d'un Emmanuel Todd. L'Europe est décrite comme une série de "chroniques parallèles" et d'"hypothèses implicites et d'entités mal définies". La France comme le pays par excellence de la diversité et du mélange, d'où justement son appétence pour l'universel.

 

Valéry a déjà compris ce qui nous arrive aujourd'hui, avec la redistribution de la production capitaliste à l'échelle mondiale, la logique du dumping, les transferts de technologie

 

" Considérez un peu ce qu'il adviendra de l'Europe quand il existera par ses soins, en Asie, deux douzaines de Creusot ou d'Essen, de Manchester ou de Roubaix (....) en quantités écrasantes, à des prix invincibles, par la population qui est la plus sobre". 

 

Valéry voit dès après la première guerre mondiale l'Europe renoncer à sa place dans le monde : elle "aspire visiblement à être gouvernée par une commission américaine". A ce moment là, les européens se pensent encore le centre de l'univers.

 

Les progrès de la technologie lui paraissent incommensurables à l'avenir. Et il s'inquiète, comme nous, de la possibilité de conserver les "prétentions du Moi" dans un monde où les pouvoirs pourront se doter de puissantes influences sur les consciences

 

La technologie risque de donner plus de main mise à la politique, et c'est cela la grande menace. Ce que le seul charisme a fait est déjà terrifiant. Or, la politique est pernicieuse en soi aux yeux de Valéry : "le résultat des luttes politiques est de troubler, de falsifier dans les esprits la notion de l'ordre d'importance des questions et de l'ordre d'urgence. Ce qui est vital est masqué par ce qui est de simple bien être. Ce qui est d'avenir par l'immédiat. Ce qui est très nécessaire par ce qui est très sensible. Ce qui est profond et lent par ce qui est excitant. Tout ce qui est de la politique pratique est nécessairement superficiel". Comment lui donner tort, malheureusement ? Car la politique c'est ce dont nous avons besoin pour résoudre ce que nous ne pouvons pas aborder individuellement. Et cela concerne une grande partie de nos existences, ainsi damnées.

 

La politique, alliée à la modernité, menacent la liberté de l'esprit. Mais qu'est ce que la liberté ? Ici Valéry écrit des pages splendides, plongeant au coeur du grand débat entre libre arbitre et déterminisme, avec des vertus de clarté magnifiques. Valéry sait que cette question abstraite est en réalité très politique, car elle pose indirectement celle de la responsabilité.

 

Le déterministe a raison, évidemment. Mais le problème est qu'il ne pourrait expliquer les choses qu'en sachant tout des causes. Or c'est impossible. Ainsi la liberté parvient à s'en tirer dans le débat.

 

Valéry nous propose une solution percutante, qui me paraît géniale dans sa faculté de synthèse :

 

"Ici paraît le noeud même de ces questions. Il réside dans ce petit mot "se". Se contraindre. Comment peut-on se contraindre ? Mon sentiment, s'il m'arrivait de pousser à l'extrême l'analyse de cette affaire, serait de chercher à éliminer la notion, ou la notation trop simple : "moi". Le Moi n'est relativement précis qu'en tant qu'il est une notation d'usage externe (...) mes idées me viennent je ne sais comment (...) Moi lutte avec Moi (...) la notation Moi ne désigne rien de déterminé que dans la circonstance (...) Finalement ego se réduit à quoi que ce soit". 

Rimbaud disait quelque chose d'approchant avec son "Je est un autre". Et il n'est pas neutre que Valéry soit un poète, à l'écoute de ses mystères intérieurs.

 

On peut définir la liberté comme le fait de se libérer de la contrainte, mais en gardant à l'esprit que la liberté a besoin de la contrainte, elle ne s'imagine pas sans elle. La liberté est libération par essence.

 

La modernité promet la liberté, or elle est surtout porteuse de contraintes dont il devient impossible de s'affranchir. La publicité, pour Valéry, est le pire des maux, déjà dans les années 30. La liberté a besoin de retrait. Ne le ressentons nous pas, descendants de Valéry, qui vivons dans la stimulation permanente, la vitesse, la falsification de tout, la confusion entre le pire accessoire et l'essentiel ?

 

Le danger de la dictature provient de la confusion, de l'indécision, de l'imprécision. Alors naît la tentation de tout concentrer. Ce danger nous guette quand le politique montre son impéritie. C'est bien le cas aujourd'hui. Et l'acceptation de la dictature des marchés n'est elle pas aussi le résultat de l'impuissance politique ? S'il y a un QG supposé rationnel quelque part, alors tant mieux peut-on se risquer à penser.

 

Les pages consacrées à la France sont très belles et profondes. La France c'est avant tout le contraste. Sur tous les plans. Une diversité géographique, une ouverture, un mélange incomparable de populations étant venues se mêler. La France c'est la cohabitation des extrêmes et l'essai permanent de leur synthèse. D'où ce sentiment de vivre au pays des paradoxes, dans cette Nation conservatrice et révolutionnaire. D'où ce particularisme de se sentir universels.

 

La France est l'histoire de sa constante création. Elle est ainsi liée à son territoire (on n'imagine pas la France ailleurs) car il est ce creuset de création incessante. En lequel des courants humains se sont rencontrés, refondus, apaisés et contrecarrés. C'est pourquoi l'expression de l'unité nationale a chez nous toujours pris autant de grandiloquence, avec Jeanne d'Arc ou De Gaulle. Le slogan préféré sera toujours celui de la "France unie". Paris a dans ce processus un rôle fondamental. 

 

Qu'est ce que la langue française ? Une langue où les consonnes sont adoucies, où les voyelles sont subtiles et nombreuses; une langue qui ne chante pas. Une langue tempérée. Elle est à l'image de la complexité de l'"alliage national". Elle est le résultat de concessions mutuelles.

 

Il y a donc une culture nationale. Et ici on croirait lire Emmanuel Todd à propos des échecs de l'Europe, dus à l'ignorance des caractères nationaux, et notamment des différences entre France et Allemagne

 

"Il est clair qu'un peuple essentiellement hétérogène et qui vit de l'unité de ses différences internes, ne pourrait, sans s'altérer profondément, adopter le mode d'existence uniforme et entièrement discipliné qui convient aux nations dont le rendement industriel et la satisfaction standardisée sont des conditions ou des idéaux conformes à leur nature. Le contraste et même les contradictions sont presque essentiels à la France".

 

Les tenants du "modèle allemand" submergeant l'Europe ont soixante dix ans de retard sur Paul Valéry.

 

J'ai été surpris de trouver chez Valéry le Symboliste des accents très matérialistes, marxistes même. Sa France ressemble étrangement à celle... De Jean Ferrat ! C'est ainsi que pour lui la culture procède d'abord "des rapports directs des hommes avec les choses", c'est à dire du "pouvoir de transformation". Le travail est la source. "Nous supposons des milliards d'heures de labeurs spécialisés (...) ceux là sont les véritables fondateurs,; et non seulement fondateurs de la cité visible, mais encore ils ont fait son esprit".

 

L'évolution du travail, et pour Valéry c'est le moment d'explosion du taylorisme, met en cause la qualité des hommes de demain. Tout "métier" engage en nous une "éthique et une esthétique". Le métier fabrique des philosophes. Il élève à la compréhension de soi-même et du monde. Mais le métier est rabaissé par l'industrie et le salariat au travail. A la quantité. 

 

"Le travail est un moyen de vivre, et rien de plus. L'oeuvre est une raison de plus".

 

Ici on voit comment un certain conservatisme (venu du romantisme), celui de Valéry, rejoint de manière intéressante, comme dans le maître ouvrage "la grande transformation" de Karl Polanyi, ou chez Orwell, un progressisme anticapitaliste. Valéry va jusqu'à opérer la liaison entre la rationnalité industrielle et l'élan des dictatures à son époque. Le même fantasme d'élimination de l'inutile, du non productif, le même culte de l'efficacité y règnent.

 

Mais le principal écueil de la modernité pour l'auteur, c'est le rapport dégradé au passé, complètement chamboulé. Ce qui fut cru ne veut plus dire grand chose dans un monde où les changements s'accélèrent.  De plus, tous les fantasmes des hommes sont rendus possibles ou envisageables par la science : "le fabuleux est dans le commerce". Valéry craint que les hommes n'en viennent à ignorer le passé, et même à ne rien reconnaître dans l'Histoire. Une crainte malheureusement fondée. 

 

"Le fait nouveau tend à prendre toute l'importance". Ce que l'évolution de l'art a tout à fait illustré.

 

La modernité nous sollicite sans cesse, nous bombarde d'informations, de sons, d'images. Nous devons absorber beaucoup plus que nos ancêtres. Mille fois plus. "Nous vivons au jour le jour" et en cela nous nous rapprochons plutôt de la préhistoire. Nous savons que la prévision est plus que malaisée. Nous ne pouvons plus nous fier à la reproduction du même. Or nous avons toujours le besoin de prévoir. Nous sommes anxieux. Nos institutions sont conçues pour la longue durée, et sont bousculées par le changement.

 

Valéry craint la disparition de l'écriture, anticipe l'apparition de l'audiovisuel de masse, des nouvelles technologies de la communication. Or la pensée a besoin de l'écriture. Celle-ci ne peut pas être remplacée par l'oral. Le rythme de la philosophie suppose justement une absence de rythme. Elle repose sur "des temps inégaux, des retours et des détours". La pensée est en danger, avalée dans l'évolution du Temps humain. La description et sa dimension sensible est en péril. Qui là aussi, donnerait tort à Valéry ? Pas moi... Incapable de rédiger la moindre description convaincante.


La mondialisation cependant nous offre la possibilité de repartir à la rencontre de l'Autre, de cet "orient" dont Valéry assume qu'il s'agit pour lui d'une rêverie entretenue. Ainsi alors que la décolonisation n'a pas commencé, Valéry demande que l'on considère l'enrichissement réciproque des cultures. C'est cela qui peut nous préserver, européens, de la sécheresse de nos sensations sous le feu de la modernité.

 

Nos islamophobes frémiraient devant ces lignes sur l'art arabe : 

"L'imagination déductive la plus déliée, accordant merveilleusement la rigueur mathématique à celle des préceptes de l'Islam, qui proscrivent religieusement la recherche de la ressemblance des êtres dans l'ordre plastique, invente l'Arabesque. J'aime cette défense. Elle élimine de l'art l'idôlatrie, le trompe l'oeil, l'anecdote, la crédulité, la simulation de la nature et de la vie, tout ce qui n'est pas pur, qui n'est point l'acte générateur (...) L'Artiste de l'Arabesque, placé devant le vide du mur ou la nudité du panneau, sommé de créer, empêché de recourir au souvenir des choses, couvre cet espace libre, ce désert, d'une végétation formelle qui ne ressemble à rien (...) Il lui incombe au contraire d'APPELER QUELQUE CHOSE... Je l'envie...".

 

Valéry pense qu'à l'ère moderne on entre dans l'avenir à reculons. Mais lui a su le regarder en face. On ne l'a point écouté. Ou si peu, pour l'admirer, mais pas pour en tirer quelque  leçon.

Ecoutons donc un peu nos grands esprits. Prenons ce temps là.

 


 


 


 


 


 


 

 

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Philosophie
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commentaires

Michel Bichet 14/10/2017 07:58

Magnifique. J'ai lu par hasard votre article car je songeais à relire ce livre de Payl Valéry, lu trop jeune. Je vais rouvrir ces pages jaunies de mon livre d'étudiant à la lumière de votre analyse.

jérôme Bonnemaison 14/10/2017 20:47

merci

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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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