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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 08:11

9782253121121g.jpg Si vous n'avez pas abordé Truman Capote, il vous reste heureusement à découvrir "De sang froid", ce livre marquant qui inaugura le roman réel, genre qui prospéra. Tous ces romanciers, qui aujourd'hui jouent avec la réalité, les faits divers en particulier, parce qu'ils dépassent toute fiction, sont les héritiers de ce livre là. Qui parle de la violence humaine incommensurable, prête à surgir, n'importe quand. On peut en approcher la source, oui, car rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Il reste que son explosion  a une dimension stupéfiante quand elle se produit .

 

Mais si vous voulez goûter rapidement le talent de Truman Capote, il y a ce petit récit de jeunesse (1948), découvert après sa mort : "La traversée de l'été". Un écrit où toute sa précision sensible se donne à voir.

 

Un écrit qu'il se permit de mettre au rencard, à peine évoqué dans sa correspondance, alors qu'il ferait pâlir de jalousie bien des auteurs. Le talent a quelque chose d'injuste, on ne peut le nier. Dès cette époque, Capote maîtrise absolument la technique romanesque, sait intégrer la densité qui convient à son récit, jouer des détails qui rendent vivante la narration. Impressionnant.

 

Truman Capote, c'est un style ambitieux. Mais avant tout une plume au service d'un hypersensible. Et Truman Capote c'est aussi  - ce n'est pas son image - mais ça me frappe, un romancier du social, des barrières sociales, de la société de classes. Ce fond là. on le trouve dans "Déjeuner chez Tiffany's" mais plus encore dans "la traversée de l'été".

 

C'est un récit qui joue avec le thème universel de l'amour impossible, mais dans le contexte de l'époque.

 

A New York une jeune fille issue de la grande bourgeoisie financière s'éprend, on ne sait pourquoi d'un garagiste. Tout les sépare sinon leur ferveur. Ils jouent l'espoir sans trop y croire, en comprenant très vite qu'ils sont dans l'impasse sans se résigner à l'acter. Si la fille cherche à s'émanciper de son milieu et ne supporte pas d'avoir une destinée de débutante puis de femme du monde, le gars ne semble pas trop savoir où il va et reste de toute manière étanche, le focus étant mis sur les pensées de Grady, l'amante.

 

La relation durera le temps d'un été caniculaire. Un amour vécu comme une valse hésitation, et sans phrases. Si romantisme il y a, il s'exprime de manière minimaliste, par de petits actes significatifs.

 

New York est un personnage central du livre, souffrant de la chaleur, et pesant sur les réactions des protagonistes, que le narrateur regarde avec empathie. La ville est puissante chez Truman Capote. "La traversée de l'été" est avant tout un drame mis en scène par NY.

 

C'est un petit roman presque bourdieusien, je me permets de le souligner malgré l'anachronisme. Je me demande ce qu'en penserait Annie Ernaux, tiens... Les frontières sociales sont là, hyper solides et sans cesse tangibles, elles s'opposent à toute issue heureuse, mais pas seulement : elles enferment la fille et le garçon dans des gangues, elles les condamnent à des gestuelles, des attitudes, elles les empêchent de se mouvoir à l'aise sur le territoire de l'autre. Elles les éloignent continuellement, comme une force centrifuge. Seul l'amour physique est une passerelle solide entre ces deux là.

 

Ce n'est rien, c'est léger, une aventure entre deux jeunes. Mais c'est vite trop quand ça fissure l'ordre social. Ca ne peut se contenir et ça éclabousse. Ca sent peu à peu le drame. On y va tout droit.

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Published by jérôme Bonnemaison - dans Romans
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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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