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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 23:33

Un roman qui poursuit une cause juste est il nécessairement un bon roman ?

 

Non. C'est en tout cas mon avis de lecteur. Je vais ici dire que je n'ai pas aimé le roman dont il s'agit, en l'occurence "Dragon bleu, tigre blanc" de Qiu Xiaolong. Donc que ce n'est pas un "bon roman" (de mon point de vue bien évidemment, mais tout est point de vue).

 

Je n'aime pas trop ça, parler des lectures que je n'ai pas aimées, je préfère défendre des livres. Mais je voudrais aussi dire ce qui, de mon point de vue de lecteur, qui a le droit d'en avoir un (à partir du moment ou une parution s'expose) n'est pas un bon roman. L'auteur, qui vend partout dans le monde, s'en fiche. Mais il aurait bon droit de dire "tu es un lecteur en carton". Chacun son droit.

 

Il s'agit d'un roman policier qui se passe en Chine contemporaine, écrit par un exilé dissident, et qui dénonce la corruption à Shangaï et ses aspects impitoyables. La cause est juste. L'auteur vend beaucoup, et sans doute le vecteur romanesque et polardeux, dont on sait que c'est le genre en vogue, lui permet de toucher des millions de gens et de mettre la pression sur le régime qu'il combat. S'il écrivait de savants essais sur les rouages du PC Chinois, peut-être, sans doute, son propos passerait -il inaperçu.

 

Mais ici c'est un blog de lecture. Et donc j'ai envie de dire que ce n'est pas un bon roman.

Pourquoi ?

 

D'abord parce que l'intrigue est pauvre. En gros un policier de haut niveau est écarté, il ne sait pas pourquoi. On tente de le piéger puis pire. Et peu à peu il trouve pourquoi, mais en gros en allant voir des collègues sympas qui cherchent sur internet, interrogent des gens qui leur répondent, et copient des mails qui dénoncent les méchants. On s'ennuie. Manifestement, c'est inspiré d'un scandale réel. Mais le réel n'est pas le romanesque. Il ne suffit pas au romanesque.

 

Ensuite, parce que, cédant sans doute aux attentes, le roman est principalement un voyage touristique, à forte tendance gastronomique comme le tourisme aujourd'hui, dans la Chine d'aujourd'hui. D'ailleurs l'obsession gastronomique, le fait de nous détailler pendant des heures ce que mangent les personnages, est une tare commune dans le polar contemporain. Je ne m'explique pas pourquoi. Mais c'est ainsi. D'ailleurs peut-être quelqu'un a commencé (Montalban ?) et les autres ne font que suivre. C'est possible. Ainsi a t-on droit à examiner tous les plats de maints restaurants, agrémentés de thés. C'est lassant. C'est presque indigeste, au sens propre. On ne fait que manger dans ce roman. Moi je ne lis pas pour déjeuner par procuration.

 

C'est censé être un roman policier réaliste. Mais tout réalisme est il romanesque ? Bof.

 

Il faut y ajouter cette sensualité pudibonde asiatique que l'on attend, et qui est au rendez-vous. Ce qui est au rendez-vous dans un livre est toujours décevant. Les femmes sont belles, évidemment. Elles ont de jolis peignoirs. Elles sont grandioses, prudes, mais disposées à sacrifier leur vertu pour l'homme qu'elles aiment sans lui dire. C'est censé nous faire rêver.

 

Ensuite il y a ce défaut, qu'on retrouve chez Jorge semprun, de faire sans cesse répéter par coeur des poèmes aux personnages. Vous connaissez vous, des gens qui récitent des poèmes sans cesse, même au milieu d'un dialogue ? Il se trouve que là, ce sont tous les personnages. Bon. Est-ce chinois ? C'est ce qu'on croit comprendre. Moi ça me laisse quand même circonspect. Je crois que c'est surtout destiné à "faire littéraire". La touche de beauté au milieu du récit ennuyeux d'un type qui remonte, en téléphonant depuis des restaurants, une histoire de corruption d'une banalité morne.

 

Le style est lêché. Mais n'a rien d'exceptionnel qui pourrait sauver le roman.

 

Quand on lit un roman et qu'on sent que ce sont des lasagnes, des couches superposées (la gastronomie, la corruption, les poèmes), on sent que le roman est mal cuit. Un roman c'est sans doute une sauce, pas des lasagnes. Un roman ne doit pas trop donner sa composition, sinon on n'entre pas en lui. D'ailleurs, signe fort : on ne se rappelle pas des personnages. Un certain "Fei' par exemple, apparait et meurt. Mais quand il meurt, je ne me rappelle pas de qui il est. La psychologie des personnages est absente. Ils n'existent pas. Il y a d'excellents romans non psychologiques. Dont la psychologie ressort de l'action. Mais ici les personnages mangent, et sont très gentils les uns avec les autres. A vrai dire, on ne leur prête aucun intérêt.

 

Bravo pour le succès, bravo pour le courage politique. Mais pas pour le roman. Désolé. A offrir en annexe du Routard Chine.

Cause juste, mauvais roman ("dragon bleu, tigre blanc", Qiu Xiaolong)
Cause juste, mauvais roman ("dragon bleu, tigre blanc", Qiu Xiaolong)
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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 14:00

Gil-Scott-Heron.jpg

Précurseur du Rap, évoluant à la lisière de la Soul, inventeur des décennies en avance du « slam », poète « urbain » comme on le dirait aujourd’hui (expression philistine détestable, qui désigne la poésie comme une activité de grand air, bucolique, plutôt que comme une nécessité et une manière de vivre. Le Spleen de Paris, c’est rural sans doute ?!) Gil Scott Heron nous a superbement affirmé que « la révolution ne serait pas télévisée », incitant à nous bouger un peu et à quitter les artères de la société du spectacle... Promis j'y penserai... 

Mais sera-t-elle imprimée la Révolution ? Il devait forcément se le demander, puisqu’à son actif il eut plusieurs œuvres publiées, dont ce premier roman noir écrit très jeune, « Le vautour » .

Pour ceux qui connaissent la série américaine politico policière « Sur écoute », à mon sens la meilleure odyssée télévisuelle jamais réalisée (j’exagère pas, hein) , ils y retrouveront une manière bien particulière d’aborder la vie de la rue, de manière chorale, complexe, jamais manichéenne, et en même temps fataliste. Un propos centré sur l’individu mais qui le dépasse et le montre mu par les mouvements du système. Les sociologues parleraient d’une manière de transcender le clivage entre holisme et individualisme méthodologique (ça vous calme ça, hein ?). Un dealer n’est jamais uniquement un dealer. Il est un arlequin. Un voyou, un gars qui doit manger, un fils, un frère, un voisin, un pote, un compagnon d’école, un lecteur. Et c’est cette complexité, qui dans l’interaction sociale, crée de l’imprévu, du jeu, de l’inattendu. La vraie vie, pas celle de la caricature permanente qui nous opprime et nous éblouit.

Le roman se déroule à New York en 1970, quartier de Chelsea, au sein de la communauté noire. A un moment où l’Etat a décapité les espoirs d’émancipation avec des méthodes expéditives et que commence l’époque du reflux. La drogue commence à être le meilleur moyen de l’endormir dans ses tréfonds, la communauté noire, qui a perdu ses leaders. Et l’alcool est fidèle à son rôle de puissant léthargique.

 

On trouve le corps assassiné de John Lee, un petit gros vivant chez papa et maman, mais déjà dealer numéro un du quartier.  Qui l’a tué ? Tel est le but classique du roman que de le trouver. Mais comme souvent c’est le chemin qui compte, celui de la rue new yorkaise. Tour à tour, au son évoqué des grands musiciens soul de l’époque, comme Curtis Mayfield ou Aretha Franklin, nous suivrons différentes figures masculines de la jeunesse de Chelsea. Chacun connaissait bien John Lee et pourrait en être l’assassin. Chacun essaie de trouver sa voie, sans énormément d’options à son actif, les routes se croisant et convergeant.

Il y a Spade, le Caïd du quartier un peu plus âgé que les autres, un mythe local. Il essaie de devenir une sorte de fonctionnaire du deal, tranquille, et de sortir de sa caricature de type froid et sans cœur qui lui a donné son statut, mais dans laquelle il se sent à l’étroit. Il essaie d’aimer aussi, mais le cœur s’est bronzé.

Il y a Junior, qui suit ses traces. Un chef de bande junior. Il sait qu’il doit prendre tous les risques s’il veut sortir la tête de l’eau.

Il y a Afro, éducateur et militant, nationaliste noir dans la mouvance de Malcom X, qui est taraudé par ses interrogations : qu’est ce que la vie d’un révolutionnaire et qu’implique t-elle ?

Il y a Q. I, l’intellectuel du quartier, qui parle comme un livre. Mais qui est isolé et cherche sa voie.

Ces jeunes lycéens se connaissent tous, se fréquentent, se défoncent ensemble à peu près tout le temps. Ils se posent des questions sur leur milieu, sur le sort de leurs frères, sur leur devenir dans le quartier, mais l’amérique est lointaine. Le Vietnam n’est presque jamais évoqué, sauf à travers le frère de Junior qui y est parti.

Les filles de la communauté, à cette époque, sont considérées comme des objets sexuels. Le livre peut être compris comme très machiste, mais je pense que c’est la volonté de l’auteur de décrire ce qu’il sait de sa génération, sans perspective normative.  Il est très difficile, même quand l’amour survient, de sortir des rôles prédéfinis. Les filles entrent dans le jeu. Le sexe est omniprésent dans cette génération, mais sans ferveur. D’une fièvre animale.

Les militants militent mais ils n’ont pas réglé des grandes questions stratégiques sur leurs buts. Que faire des blancs par exemple ? Q.I, le lettré du quartier, qui aurait pu faire un excellent cadre politique, est refusé car on l’a vu convoler avec une femme blanche en recherche d’exotisme dans un recoin de Central Park. Le mouvement noir s’enferme alors que justement un Malcom X avait finalement compris la nécessité de voir large, très large.

Les parents sont désarmés face à leurs enfants, ne leur montrent pas la voie, sont empêtrés dans des schémas moraux qui ne fonctionnent pas pour leurs enfants. Ils ferment les yeux.

Ce qui est frappant aussi, c’est l’absence de jonction entre cette jeunesse new yorkaise et l’autre jeunesse, celle des hippies (cf. mémoires de Patti Smith, chroniquées dans ce blog), que les gars du quartier méprisent.  Division des minoritaires, qui n’arrangent jamais leurs affaires.

 

Pour ceux qui chercheraient une ambiance Coffy ou Shaft, c’est-à-dire un peu funky, désuète et kitsch avec des personnages hauts en couleurs (ce qui n’est pas déplaisant non plus), ce livre sera décevant. La langue y est populaire, simple, crue, elle ne cache rien, mais elle ne donne pas dans un quelconque folklore et évite tout argot. Le livre est empreint de gravité. Les descriptions sont sobres et minimalistes. L’ambiance est plutôt sinistre. On est plus proche du Spike Lee de « Summer of Sam » (qui se passe sept ans plus tard dans la même ville) que de « Do the right thing » et son imagerie rap.

« Le vautour » est un état des lieux plutôt pessimiste de la jeunesse noire de ces années là. En fait le vautour c’est l’avenir sombre qui plane sur ce quartier, et que ne démentiront pas les années 70.  Même si à aucun moment on ne sombre dans le misérabilisme ni l’exagération des difficultés. On est encore, il est vrai, à la fin du grand cycle de croissance économique. La communauté noire, s’il elle n’en a eu que des miettes, et qu’elle rue dans les brancards, a encore une vision peu ou prou optimiste de l’avenir. Parmi elle des gens s’organisent et se structurent, pensent que la communauté se réveille et que ce n’est qu’un début alors que le cycle de la mobilisation se referme. Plus tard, le roman de Gil Scott Heron aurait pris une tonalité bien plus ténébreuse, comme un livre du grand Richard Price par exemple (le scénariste de « clockers » de Spike Lee, qui ferait une bonne suite du « vautour » vingt ans plus tard), tout à fait dans la continuité de ce roman réussi d’un jeune black qui voulait vivre de sa plume et parler à son peuple.

 

Black Power ! But power for what ? that's the question.

 

 

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 08:33

le-bloc-gf.jpg Avec "Le Bloc", Jérôme Leroy nous livre un roman noir politique de bonne facture. Je viens de le lire pendant cet entre deux tours de législatives. Quinzaine sinistre qui aura vu la digue dressée par De Gaulle entre la droite dite républicaine et les héritiers de Vichy céder comme celle du lac Ponchartrain. C'est tout le propos du roman que de creuser cette hypothèse jusqu'à son terme, celui d'un possible gouvernement d'union des droites.

 

Les noms ont été changés pour éviter des procès inutiles. Mais on reconnaît tous les protagonistes, depuis Jean-Pierre Stirbois jusqu'à Bruno Mégret féminisé. Marine Le Pen, c'est Agnès Dorgelles. Et, alors qu'approche l'élection présidentielle ressemblant à celle de 2012 et que la France est en proie à une résurgence cette fois-ci meurtrière des émeutes de 2005, la fille du chef historique du "Bloc" est à la Lanterne, en train de négocier l'entrée au gouvernement de son parti pour remettre de l'ordre à balles réelles.

 

Au cours de cette nuit, on va suivre alternativement deux personnages du "Bloc". Deux visages complémentaires et très différents de l'extrême droite française, jusqu'ici très liés, mais violemment séparés par l'enjeu de la négociation nocturne.

 

Il y a Antoine, le mari d'Agnès Dorgelles. Une sorte de Max Auer français (le héros des "bienveillantes"). Intellectuel border line, romancier, fasciné par la violence. Fasciste par esthétisme et par amour fou pour la nouvelle chef du "bloc".

 

Il y a "Stanko", responsable de la sécurité et donc des très basses oeuvres du "bloc". Issu de la classe ouvrière laminée par la disparition de la sidérurgie. Ancien skin head ultra violent, passé par le métier des armes, ayant à son actif nombre de meurtres et diverses saloperies inimaginables. Totalement dévoué au "bloc" et surtout au Chef historique, et à Agnès et Antoine, ce dernier l'ayant pris sous son aile. Stanko est homosexuel. Une figure obligée des romans portant sur la peste brune. Ca doit les énerver forcément...

 

Ces deux mondes, celui effrayant (je l'ai croisé à sciences po) des intellectuels à tête rasée-dégradée, fêrus de préparation militaire, qui sont brillants et savent exactement ce qu'ils veulent ;  et l'autre : plus plébéïen, parfois carrément lumpen. Les Lacombe Lucien d'aujourd'hui.

Ils se rencontrent dans l'armée et ont beaucoup à partager. Le diable avec des muscles.

 

Une des conditions que la droite "classique" met à l'alliance avec le "Bloc', en cette nuit, c'est l'élimination de "Stanko", pour des raisons qu'on apprendra. Les troupes clandestines qu'il a lui-même créées et entraînées se lancent à sa poursuite, mais c'est une bête de guerre et donc ça va saigner.

 

En cette nuit clé, les deux personnages très liés se remémorent tout leur parcours. La trajectoire de cette extrême droite qui pourrit notre vie politique  depuis trente ans. L'occasion, à travers l'efficacité du roman, de se souvenir des vraies racines idéologiques et culturelles de ces gens, aujourd'hui honteusement banalisés. Eux, c'est pas un vieux poster original de Bob Marley qu'ils recherchent sur E Bay... Mais si possible des premières éditions de Brasillach et des affiches de la Légion française contre le bolchévisme qui intégra l'armée allemande...

 

C'est un roman d'une belle lucidité sur les raisons, les chemins de traverse, qui conduisent les gens à devenir militants. L'idéologie au départ n'y est pas pour grand chose. Antoine n'est pas raciste pour un sou, il sait juste que ça fait partie de la panoplie. Quant à Stanko c'est la haine due au suicide de son père qui lui sert de référence. Et le militantisme est toujours une forme de socialisation. Les fidélités, les liens, en sont le premier ciment.

 

L'engagement extrêmiste n'est pas dissociable d'un certain trouble mental. C'est ce qu'expose Jonathan Littell dans son étude sur Léon Degrelle ('"le sec et l'humide") et Jérôme Leroy le restitue très bien dans ces portraits.

 

Pourtant Jérôme Leroy à mon sens manque l'essentiel. Ce qui aurait pu transformer son polar politique plaisant (bien que sinistre) en grand roman :  ce qui se joue dans cette fameuse négociation entre droite et extrême droite à la Lanterne. Ce moment n'est qu'un élément de contexte dans le livre. Or, là se joue beaucoup. On peut y comprendre la véritable nature du fascisme. Sa fonction réelle est d'être l'arme lourde du conservatisme social. La droite, qui ouvre ses bras, est la grand absente du livre. Or ce qui est en cause dans cette tentation grandissante de la fusion des droites est d'une gigantesque portée. C'est toute une transformation du monde qui l'explique. Le FN surgit en même temps que le néo libéralisme et la fin du "compromis" social et chrétien démocrate. Tout cela, Leroy l'avait à portée de plume, et il passe à côté. Dommage. Mais l'intuition est là.

 

La nuit de la Lanterne, nous n'en sommes pas passés si loin entre les deux tours de la présidentielle. Que se serait-il passé en cas de crise intérieure ?

 

Au fond, qu'est ce qui a empêché le Président sortant, pourtant disposé à beaucoup pour garder le pouvoir, de franchir le rubicon ?

Tout simplement le fait que la question suivante n'est pas encore tranchée au sein d'une bourgeoisie française largement mondialisée : la réponse nationaliste est-elle une issue ou un suicide pour elle ?

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 08:59

o-dingos-o-chateaux-de-jacques-tardi-900335485_ML.jpgJe prends prétexte de la parution de l'excellente adaptation BD d'"Ô dingos, Ô châteaux" par le grand Jacques Tardi pour évoquer un peu cette figure qui m'est si chère : Jean-Patrick Manchette.

 

C'est la quatrième adaptation de Manchette réalisée par le dessinateur. Ces deux là étaient nés pour se rencontrer et ce fut d'ailleurs le cas : ils collaborèrent à un projet commun : "Griffu".

 

Tardi est le dessinateur de l'aliénation populaire. De la nausée. Il n'a pas son pareil pour dépeindre les ambiguités entre la matière et les corps meutris par le social. Il est indépassable pour dessiner la laideur et l'horreur et leur banalisation, et il traque la déshumanisation aussi bien dans la première guerre mondiale (adaptation de Céline et autres...) que dans le monde contemporain.

 

Tardi devait donc travailler avec Manchette, ce dynamiteur du roman policier et scribe de la dépossession de soi. Et célébrer son oeuvre trop courte, marquée par un sentiment d'échec et le silence, puis interrompue une seconde fois par une mort précoce en 1995. Espérons que Tardi continuera : il a encore du pain sur la planche.

 

"Ô dingos, O chateaux" n'est pas le roman le plus cité de Manchette, mais j'ai une tendresse particulière pour lui. D'abord il est très drôle et jubilatoire. On y rit aux dépends de malfrats maladroits, obtus et sous estimant leur adversaire : une victime désignée qui va se révéler contre toute attente une bombe humaine intenable. On y traverse une France centrale hébétée et enlaidie par la société de consommation, moutonnière et passive. L'humour méchant de Manchette s'y déploie parfaitement. S'y exprime aussi la radicalité politique de l'auteur : contre le mensonge et l'hypocrisie sociale, contre l'argent qui a tout supplanté, et pour lequel on n'hésite pas un instant à tuer son propre neveu, un enfant, pourri lui aussi par la télévision et la marchandise.

 

Manchette s'est emparé du roman noir pour le subvertir. D'ailleurs le roman noir français ne s'en est jamais vraiment remis...

 

Influencé par le jeune Marx, par ses lecteurs allemands (Adorno, Benjamin, Marcuse), et surtout les situationnistes et leur critique de la société du spectacle, Manchette entre dans le polar pour aller sur "les lignes de communication de l'ennemi" : dans la culture de masse. Il est avant tout fasciné par le cinéma, et son écriture s'en ressent.

 

L'oeuvre de Manchette est émouvante, car elle est l'histoire d'un échec, celui de l'artiste qui essaie de transformer le monde. Et d'emblée les romans expriment cette aporie et l'impossibilité à se libérer de l'emprise de la société de consommation : pieuvre qui s'est saisi de chacun et empêche toute émancipation véritable. Manchette met en scène sa propre perdition littéraire et politique à travers ses personnages.

 

Dans les oeuvres de Manchette, les êtres sont aliénés par la marchandise qui s'impose comme réalité brutale. Elle est partout, et Bret Easton Ellis n'a rien inventé en saturant ses livres de marques, de détails commerciaux. Les voitures deviennent  chez Manchette de véritables protagonistes, les armes sont détaillées comme dans un catalogue et sont pareils à des accessoires corporels. Ce n'est pas un hasard si Manchette commence à écrire en 1965, date de parution du roman "Les choses" de Georges Perec, qui dit tout de l'installation du modèle consumériste.

 

 Les personnages vivent dans le malaise, abrutis par l'alcool, les médicaments et la cigarette, fatigués et dans l'impasse sexuelle. Leurs corps sont agressés. Ils sont souvent confrontés au retour dans la forêt pour fuir les assassins qui les traquent, mais celle-ci est hostile, ils en sont coupés, et c'est pire. On ne peut pas fuir et l'échec de l'installation au Larzac est pressenti à travers ces errances de personnages qui retournent en ville pour boucler la boucle.

 

Manchette a trouvé son inspiration dans le roman noir américain, celui des Hammett (son modèle) et Chandler. Le roman de la désillusion. Le roman des détectives qui n'ont rien d'idéal, qui se perdent dans la ville, sont des balises dans le désordre plutôt que des dénoueurs d'intrigue.

 

On ne comprend pas vraiment Manchette si on n'a pas lu le fabuleux "Moisson rouge" de Dashiel Hammett (je ne saurais trop vous le conseiller), livre fondateur semble t-il du roman noir. Un détective envoyé par des assurances, qui n'a peur de rien et ne se pose pas de questions, remue la tourbe d'une petite ville où ne règne que corruption, alors que le bien et le mal ne sont plus distingués. Jusqu'à tout retourner... Finalement pour rien. Un roman de jubilation aussi, servi par une écriture minimaliste, comportementale, c'est à dire qui se contente de décrire, sachant que le point de vue omniscient de l'auteur est un mensonge de plus. Après Marx, Nietzsche, Freud, il n'est plus possible de parler de raison objective. Le romancier doit donc renoncer à tout psychologisme déplacé : il doit livrer les actes, qui parlent d'eux-mêmes. Manchette se délectera de ce style dit "behaviouriste", direct, et s'amusera avec lui, mélangeant par exemple les tournures élégantes et la vulgarité, pour déstabiliser le lecteur. Allant jusqu'à singer la maladresse de style, ce qui n'est ouvert qu'à un grand écrivain.

 

Avec le minimalisme, l'écriture tire aussi parti des leçons du cinéma, et s'inspire des effets de mise en scène. Manchette est cinéphile et écrivain de scenarios au premier chef. Et sa production littéraire s'en ressent. Aucun grand film ne sera réalisé à partir d'un roman de Manchette, comme s'il ne restait rien à faire pour un grand réalisateur... Seul Tardi se risque avec succès à la mise en images.

 

Il est impossible de s'identifier à ces personnages aliénés. D'ailleurs incernables (comme ils le sont dans les dessins de Tardi en noir et blanc, où la chair, la pierre, le sang, se ressemblent et se mêlent). Le mal, ce n'est plus le coupable. Le mal c'est le social, qui contrôle nos vies et s'insinue dans le quotidien, discipline les corps.

 

On ne peut plus lutter en réalité...

Voila ce que disent ces romans, même s'ils sont ceux d'un révolutionnaire radical. Et donc l'abandon du roman est inscrit en filigrane dans le texte. Manchette cessera d'écrire après huit romans.

 

Alors que le roman policier classique traque le coupable et d'une certaine manière rassure le bourgeois en le trouvant, le roman noir désenchanté nous venge des salauds et de la misère du monde, par son aspect jubilatoire. Le roman noir est donc le roman du reflux révolutionnaire (le succès actuel des polars, alors que l'espoir politique touche le fond, n'est pas là pour le démentir...).

 

Et il est remarquable que Manchette commence à revitaliser cette veine américaine dès le début des années 70, alors que d'autres intelligences croient encore que la guerre civile est imminente, et n'ont pas compris que mai 68 est transformé en étape vers la révolution libérale des années 80. Manchette l'a compris.

 

Si vous ne connaissez pas Manchette, foncez sur ses petits joyaux d'ironie et de peinture grotesque du monde des années 70. Loin des illusions "babos" et du romantisme révolutionnaire superficiel, Manchette avait bien perçu ce qui nous attendait : le règne de l'ordre marchand adossé sur le spectacle.  Passez par Tardi si vous le souhaitez, car il ne dévoie rien, il magnifie. J'ai cru voir que son adaptation était dans les meilleures ventes et c'est tant mieux... Manchette, finalement, n'a pas connu un échec aussi patent qu'il le pensait. Son influence est réelle, et pas seulement sur le roman noir. Un Patrick Modiano, par exemple (je me risque à le penser) se ressent de certains échos avec cette oeuvre.

 

Cette figure de la littérature contemporaine mérite d'être encore mieux connue. Peu d'études lui ont été consacrées, car évidemment il s'agit d'une littérature de genre, censée de seconde zone ( j'ai lu l'essai plutôt intéressant bien qu'ampoulé : "JP Manchette, le récit d'un engagement manqué" de Franck Frommer).

 

On peut aller au delà de ses seuls romans : ses chroniques ont été publiées, et son journal des années 66-74 est un écrit absolument étrange et fascinant, où l'on rencontre un jeune intellectuel énervé, précaire, qui vit sans concessions avec sa femme et son fils (qui aujourd'hui défend l'oeuvre de son père), s'évertuant à comprendre le monde en dévorant les productions culturelles, dans l'espoir qu'il change, jetant un regard impitoyable et lucide sur son époque.  

 

Je confesse un fantasme : passer une semaine dans un gîte avec Jean-Patrick Manchette, celui qui subvertit le roman policier jusqu'au dérisoire, en compagnie d'un troisième larron, qu'à ma connaissance il ne fréquenta pas : Jean-Pierre Melville, celui qui donna aux films policiers l'intensité des vieilles tragédies. Deux voies absolument antithétiques, de prime abord. Mais deux grands artistes qui s'emparèrent d'un genre pour le porter au plus haut, et le transformer en peinture extrêmement signifiante du monde contemporain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 21:17

 

anesthesie_generale.jpg Pierre Desproges, qui déplora pince sans rire "l'anti nazisme primaire", et Edgar Hilsenrath ("le nazi et le barbier", roman où un SS devient un combattant sioniste...) sont des petits enfants ... Voici Jerry Stahl qui vient de publier un roman à l'acide de batterie : "Anesthésie générale" (Rivages thriller).

 

On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. J'ai essayé avec Jerry Stahl. Ce roman noir nous propose un humour noir de très noir avec pour matière glissante le nazisme, son héritage et ses ramifications en Amérique, et les tribulations d'un Josef Mengele clownesque qui aurait échappé à la mort et exercerait ses sinistres pratiques dans une prison californienne. Un Mengele désireux d'être reconnu pour ses mérites par une amérique qu'il pense en phase avec ses valeurs fondamentales.

 

Un humour ultra trash (âmes sensibles passez votre chemin), assumant un mauvais goût exacerbé.

 

Un livre déroutant, mené tambour battant, obsédé par la drogue qui suinte de toutes les lignes. Un portrait déjanté de l'Amérique, qui au delà de son projet de grand délire au rire sombre, met le doigt sur les rapports troublants entre certaines politiques américaines et le nazisme, s'incarnant d'ailleurs dans des personnalités nombreuses et célèbres (le grand père de Georges Bush par exemple, ou Henry Ford). Une amérique décadente, laide et sale, sexuellement déréglée à force de refoulement puritain, avançant encore grâce aux camisoles chimiques, fondée sur des principes racistes enfouis mais encore prégnants.

 

Et on peut être troublé en effet de la facilité avec laquelle des savants nazis ont été importés dans le système de recherche américain après 1945.

 

L'intrigue est aussi déglinguée que l'humour employé. Un ex flic dépendant à toutes sortes d'opiacés est embauché par un vieillard juif pour aller vérifier à la prison de St Quentin-Californie si un prisonnier nonagénaire ne serait pas Josef Mengele, le criminel nazi. Celui-ci le prétend en effet. Le flic s'y rend muni d'une couverture particulière : il animera un stage pour sortir de la dépendance.

 

Le flic va plonger au coeur d'un univers - dans la prison et dehors - totalement fou. Un monde où l'on trouve des juifs nazis, une secte de chrétiens pornocrates, un producteur de télé réalité qui rêve de filmer Mengele en train de pratiquer une expérience...


Le style est grand guignol, perclu de métaphores tordues, de références sous culturelles, de vulgarités cradingues surabondantes, de détails scabreux au possible. A tel point qu'on se perd souvent dans cette jungle de sarcasmes.

 

On sourit cependant et on a envie de rire parfois, même si on est terrifié par ces lignes, par leur audace et par l'imagination terrible de cet auteur.

 

Et au terme de 470 pages de rebondissement narrés sous acide, on se demande, mais pourquoi descendre aussi loin dans l'abîme ?

 

Ma conclusion est que cet humour détraqué fonctionne comme un vaccin à l'angoisse. La seule manière, pour des gens comme Jerry Stahl, abasourdis de constater ce dont nous sommes capables, d'affronter ce réel dont ils ne peuvent détourner le regard. Le rire comme tentative de faire du judo avec l'horreur.


Ames délicates s'abstenir de cet humour sauvage mais désespéré d'un être sans doute écorché vif.

 

Pour les autres, ceux qui n'ont pas quitté la salle à la projection de "C'est arrivé près de chez vous" mais se sont gondolés, crachant leurs pop corns sur le type assis devant, tentez le coup...

 

P.S : j'ai appris dans ce livre que c'est la firme textile créée par Hugo Boss qui avait dessiné les uniformes SS... Ils n'ont même pas jugé nécessaire de changer de nom après la guerre. Ca en dit long sur la légèreté de la dénazification. Je n'ai pas de fringues Hugo Boss (avec deux S) mais je crois que je vais en être vacciné).

 

 

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 13:51


Il y a des livres à siroter dans son bain. Accompagnés d'un bol d'olives fourrées au poivron (qui risque de glisser et de vous obliger à passer la balayette, encore mouillé avec une serviette mal nouée autour de la taille),  assortis d'un Mojito ou d'un simple jus d'Ananas avec son glaçon. Pourquoi pas un cigare ? Mais la cendre dans l'eau, c'est dégueu, et le cendrier risque de se briser aussi et de vous entailler la plante des pieds. Bonjour pour cicatriser de la peau molle humide.

Aisés à lire (avec en léger bruit de fond, "the man i love" de Billie Holliday),  écrits en gros caractères, légers, drôles, habiles, sans conséquences. Agréables, quoi. Sans trop de facilités et de clichés toutefois pour ne point indisposer l'esprit du lecteur. Distraction n'implique pas forcément crétinisme (c'est ce que je me dis chaque samedi en regardant mon match de rugby, sport de combat mais subtil. Je ne comprends pas un tiers des règles, mais les joueurs non plus semble t-il).

Pour vous reposer de ces fêtes de noël parfois plaisantes mais concédons-le ensemble nerveusement et gastriquement éprouvantes, je vous recommande un petit polar ( en poche 10-18) : "Un privé à Babylone" de Richard Brautigan.

Dans la mythologie du roman noir, le Détective privé n'a pas un sou, est débiteur auprès de sa secrétaire, mais parvient quand même à conserver son bureau, sa bagnole de collection, et porte de super costards.

Brautigan a poussé le principe à son extrême et essayé le "lumpen" détective, qui ne singe pas d'être minable. Il l'est un point c'est tout. Un quasi mendiant, sans bagnole ni flingue, sans bureau ni client. Même pas capable d'enfiler deux chaussettes identiques.

Un Détective qui prend le bus, et qui pour oublier son destin sordide, s'est créé une deuxième vie de songe éveillé à Babylone, rien que ça... ce qui le conduit à trébucher partout et à manquer les arrêts de bus. On saisit que ce refuge onirique est une réaction à un évènement dramatique dans l'enfance, ce qui nous rend ce raté sympathique. L'occasion de nous embarquer dans une historiette loufoque sans concept, mais prétexte à sourire aux côtés d'un looser sans qualités, même pas enfouies. Un cave rêveur doté d'un sens de la formule, et de la conscience aigue de sa médiocrité

Un roman noir qui tourne au fluo.

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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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