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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 18:44

 

  gros-monstre.jpg

 

2012.

La lecture fléchit, incontestablement. Dans les statistiques, cette mauvaise nouvelle est masquée par la prise en compte de tas de productions écrites qui n'ont pas de rapport avec ce qui nous occupe ici : la littérature, la poésie, la philosophie, le pamphlet, l'Essai...

 

Que vous soyez un adepte de la Pleïade, du bon vieux Poche, ou du livre numérique qui arrive à maturité, vous êtes un survivant. J'ai 40 ans, et comme individu me nourrissant de l'écriture d'autrui, je crains de devenir un marginal et un excentrique ridicule avant la fin de ma vie.

 

Les librairies ferment, malgré le prix unique du livre, malgré leurs efforts. Dans ma ville de Toulouse, elles chutent une à une. Les bouquinistes eux aussi se raréfient. En dépit des efforts publics, sous le poids de la lame mercantile, la culture déserte la Ville, elle n'y subsiste plus que sous la forme de l'animation socio culturelle, et d'un Patrimoine de plus en plus froid et désincarné, étranger aux gens qui le frôlent. Car on a besoin de la parole et du livre pour lui donner vie, comme on a besoin de frotter la lampe pour que surgisse le bon Génie.

 

Il devient difficile de trouver un endroit pour acheter un journal, et ce que j'adore, à savoir m'arrêter quelques minutes pour contempler une devanture de Librairie, ne m'est plus que rarement donné. La parole de l'écrivain ne compte plus dans la société.

 

Nostalgie de pacotille ? Certes. Et alors ?

 

Je ne reviendrai pas encore une fois sur le rôle de la lecture et sur le désastre que réflète et suscite son entropie. Pour la nouvelle année, je me contenterai d'essayer de recenser 100 raisons de lire. Pourquoi 100 ? ... Parce que ça m'arrange et que c'est moi qui décide.

 

1 - C'est une activité pas chère, au regard des heures occupées

2 - Ca occupe et pendant ce temps là on ne rumine pas

3- Ca prépare à tout ce que l'on veut

4- C'est la meilleure école de management (je dis ça pour mes voisins étudiants de l'Ecole Supérieure de Commerce). Stendhal vaut mieux que des dizaines de séminaire de "leadership"

5- Ca donne des débouchés à la filière Bois

6 - Ca donne du travail à des littéraires dont le milieu industriel et financier se fout éperdûment

7 - Ca permet de comprendre pourquoi on en est arrivé là

8 - Ca permet de comprendre comment on en est arrivé là

9 - Ca permet de comprendre les femmes ou les hommes pour mieux les séduire

10 - On trouve plein d'idées à repiquer pour draguer

11 - Ca permet de faire le malin

12 - C'est une excellente activité d'occupation dans les transports en commun (pas en voiture, ça fout la nausée)

13 - Ca aide à accepter la condition humaine

14 - Ca évite de se faire manipuler trop facilement

15 - Ca fait rire

16- Ca fait pleurer

17- Ca donne confiance en soi

18- Ca peut ouvrir l'appétit

19 - Ca nourrit l'imagination

20- C'est pratique à la plage quand on aime pas se baigner

21 - C'est un remède sans risques contre l'insomnie

22 - Ca peut aider à faire semblant de travailler

23 - Ca rassure sur soi et sur les autres

24 - Ca agit comme un épice magique qui donne du goût au monde

25 - Ca donne une plus grande portée et une meilleure précision au regard

26 - Ca peut vous éviter de reproduire les conneries tentées dans le passé

27- Ca peut vous alerter sur les conséquences des bêtises que vous êtes en train de commettre

28 - Ca cultive les émotions

29 - Ca permet de voyager partout

30 - C'est consolant

31- Ca met l'être humain au centre de toute démarche

32 - Ca attise l'empathie

33 - Ca montre que tout est possible

34 - Ca permet de vivre 100 vies et plus, par l'identification

35 - Ca intensifie le quotidien, grâce au mystère

36 - Ca ouvre un espace inédit de communication avec autrui

37 - C'est idéal aux toilettes

38 - On va souvent au bout du livre, c'est pas comme sur Internet

39 - La télé contemporaine, c'est vraiment déplorable

40 - Parce qu'on va pas non plus passer son temps à jouer à Dessiner c'est gagné

41- Parce que Kafka, Scott Fitzgerald, Bret Easton Ellis ou Jean Patrick Manchette

42 - Parce que les chemins du progrès et de la liberté sont pavés de livres

43 - Parce que les nazis brûlaient les livres

44 - Parce que dans Secret Story ou le Loft, on ne lisait pas

45 - Parce que l'érotisme littéraire, ça vaut le coup

46 - Parce que les librairies sont des lieux étonnants de recueillement et de silence

47 - Ca sert à rien, c'est ça qui est bien

48 - Parce que dans un monde dominé par le règne de la marchandise, lire c'est déjà subversif

49 - Parce que Nicolas Sarkozy méprise la Princesse de Clèves, un des styles les plus magnifiques de notre littérature

50 - Parce que même dans des ruines et affamé, vous pouvez lire

51 - Parce que si vous allez un jour en Prison, vous serez bien inspiré d'aimer lire

52 - Parce que nul n'est obligé de lire "hygiène de l'assassin" d'Amélie Nothomb, fort heureusement

53 - Parce que Javier Cercas, René Char, ou Lermontov

54 - Parce qu'on rêve d'écrire

55 - Parce qu'il est bon de se connaître soi-même

57 - Parce que d'autres ont trouvé les mots pour cibler ce machin chose que vous ressentiez

58 - Parce que c'est sans fin

59- Parce que le mouvement surréaliste

60- Parce que parfois, ça bastonne sec, et ça c'est bon.

61- Parce qu'on y trouve sans cesse des motifs d'admiration

62 - Parce que le monde est beaucoup plus beau par écrit

63 - Parce que les Correspondances de Baudelaire, même si on n'est pas platonicien

64 - Parce que la météorite Rimbaud

65 - Parce que souvent on s'habille en noir à l'adolescence

66 - Parce qu'on y trouve des raisons d'espérer

67 - Parce qu'on ne peut pas se résigner à abandonner la recherche de la Vérité, même si on sait bien qu'elle n'existe pas

68 - Parce qu'au fond on ne croit plus en Dieu

69 - Parce qu'au peut s'en inspirer, voire copier

70- Parce que les citations, ça envoie grave

71 - Parce que trouver un Mantra, c'est bien

72- Parce qu'on a besoin de modèles dans la vie

73 - Parce que pour réussir ses études et évoluer dans sa vie professionelle, y a pas mieux

74 - Parce que quand les pauvres lisent, les profiteurs ont de quoi s'inquiéter

75 - Parce que le Grand Meaulnes

76 - Parce que quand on était petit, on adorait éperdûment les Histoires. Y a pas de raison que ça s'arrête

77 - Parce que c'est pas mauvais pour la santé

78 - Parce qu'on est seul

78 - Parce que c'est un refuge facile à retrouver

79 - Parce que l'on a rien compris si on pense que le cinéma c'est un résumé d'un livre

80- Parce que l'espace-temps et surtout sa conscience

81- Parce que c'est la seule façon de fréquenter les morts

82 - Parce que pour écrire l'"idéologie allemande" ou "la tâche", faut en avoir dans le crâne.

83 - Parce que nous sommes les seuls animaux à savoir le faire

84- Parce qu'on peut s'arrêter, revenir en arrière, sauter des pages, procéder par lecture rapide, sauter des lignes convenues. Parce qu'on est soi-même un peu le créateur de son livre

85 - Parce qu'il se dit qu'au commencement il y avait le Verbe. Ca vaut le coup d'y aller voir de plus près.

86 - Parce qu'on peut lire avec presque pas d'argent

87 - Parce que c'est un excellent sujet de discussion quand on trouve quelqu'un qui a lu le même livre

88 - Parce que quand on ne trouve pas le livre idoine sur le sujet qui nous préoccupe, c'est énervant

89 - Parce que comme pour tout grand plaisir, il y a une part d'effort préalable

90 - Parce que ce peut être épiphanique

91 - Parce qu'"un amour de Swann"

92 - Car si on ne lit pas, ils arrêteront d'écrire

93- Parce que c'est là où on va au bout du bout des choses

94 - Parce qu'on comprend

95- Parce que parfois l'écrivain nous laisse faire le reste

96- Parce que l'on peut lire sous sa couette, et entrecouper la lecture par des demi sommeils

97 - Parce que le personnage principal de "la nausée" de Sartre

98 - Parce que l'opéra c'est soporifique

99 - Parce que même le rock est dépendant de la littérature. Pas de "sympathy for the devil" des Stones sans "Le maître et Marguerite" de Boulgakov

100 - Parce que comme ça, après, vous pouvez lire mon Blog...

 

 

BONNE ANNEE A TOUTES LES LECTRICES ET TOUS LES LECTEURS !!!! JE VOUS SOUHAITE D'IMMENSES REVELATIONS !!!! DES RENCONTRES INATTENDUES SUR DES CHEMINS DE TRAVERSE !!!! VIVE LES LIVRES !!!

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 08:37

film08_hommage_deville_lectrice.jpg

La dernière tentative de liste, exercice qui inaugure ce Blog(TOP 20 ), date un peu.

 

C'est le moment de s'y remettre.

 

Il s'agit d'établir une liste de titres de livres que j'aimerais lire, ce qui supposerait qu'on les rédige. Attention, seul le titre compte.

 

La voici (à vous de la continuer, à partir de vos fantasmes de lecteur) :

 

-Le chien qui devint Secrétaire d'Etat

-L'attentat du Cinéma des Variétés

-La muse de Marvin Gaye

-Sueur caramel

-Tentative d'épuisement d'un déterminisme

-La République Sociale de Monaco

-Chronique de l'Ile de Paques

-Le Sud, le Sud, le Sud

-Facile à capter, difficile à dire

-Ce qui nous manque

-Deuxièmes chances

-Sentiments océaniques

 

-17 éclairs de liberté

 

- Mémoires divulgués de Charles VII

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 08:14

 

japanlectrice 

Quelques livres parmi tant d'autres qui n'existent pas et que j'aimerais lire :

 

- "Mémoires", Jean Moulin

 

- "Mes vacances avec Scarlett Johansson et Catherine Zeita Jones", Jérôme Bonnemaison

 

- "Les succès de mon deuxième mandat", Barack Obama

 

- "Stade Toulousain, l'année du doublé", Daniel Herrero

 

- "Pardon à tous !", Tony Blair

 

- "Scénario et dialogues de "l'affaire Woerth" de Claude Chabrol", Jean-Patrick Manchette

 

- "Mes vérités sur ma jeunesse", François Mitterrand

 

- "Le gaz carbonique comme carburant", Que Sais-Je ?

 

- "Pour éviter à coup sûr le cancer, mangez du chocolat", Rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé

 

- "J'existe !" , le Père Noël

 

- "Autocritique", Lionel Jospin

 

- "Mon Ghost Writer était ivre et sociopathe", Milton Friedman

 

 - "Mes trucs et astuces ", Jeanne d'Arc

 

- "Pardonnez-moi Monsieur Freud, j'ai rencontré mon Inconscient. Ca existe", Michel Onfray

 

- "La mort de l'immonde Staline", Léon Trotsky

 

  - "On a enfin trouvé Godot", Samuel Beckett

 

- "Contre l'Union Sacrée" Jean Jaurès

 

- "Millenium Tome 4", Stieg Larsson

 

- Les chapitres manquants de "Suite Française" qu'Irène Nemirovski n'a pas pu écrire car elle a été déportée et assassinée par les nazis.

 

 

 

 

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 19:02

Une année de lecture s'achève. Avec une bibliothèque qui s'alourdit. En prenant de l'âge, on sait mieux se diriger dans les rayons des librairies, et on se connaît mieux. On trouve plus facilement les livres qu'on va aimer.

 

D'après ce que j'ai lu (et seulement cela), voici trois livres parus dans cette année défunte, et qui mériteraient d'être lus si on n'en avait choisi que trois ( un pour Pâques, un pour l'été, un pour Noël).

 

1- "Hammerstein ou l'intransigeance", de Hans Magnus Enzensbeger. 

 

HAMMERSTEIN Un livre singulier, d'un écrivain étrange, sur la Résistance allemande. Sur un homme, parvenu tout au sommet de l'armée allemande, et qui refuse  sans ciller de coopérer avec l'hitlérisme dès le début, alors que la quasi unanimité de ses pairs se transforment en bras armés des brutes nazies. Pourquoi ?

 

Qu'est ce qui cerne la vérité et l'unité d'un homme, plus largement ? Ce récit, qui emprunte à la biographie, à l'histoire, au récit littéraire, et qui s'essaie même au dialogue direct (et ardu) avec les morts pour mieux les comprendre, ouvre des questions immenses.

   

Comment comprendre que les enfants d'un hobereau conservateur, imperceptiblement décalé, donneront aussi dans la Résistance, pour certains dans l'espionnage soviétique, sans doute avec la complicité au moins silencieuse du père ? On sort de ce livre en pensant que l'histoire est tout sauf manichéenne (on en apprend beaucoup sur les liens profonds, et précoces, entre armées allemande et russe). Et on se dit que chaque être est un tissu de contradictions inextricable. Chacun est "dialectique" comme on aimait à écrire autrefois pour tout résoudre.  Chacun est source dont peuvent surgir des réactions étonnantes, imprévues, au contact du drame de l'histoire.


Je ne sais si on va me comprendre, et ce n'est pas prendre la pose que de l'affirmer, mais il est pour moi très important de savoir que des allemands ont résisté, même passivement. Qui plus est depuis 1933. Qui plus est quand leur famille était menacée. Qui plus est quand ils ne pouvaient se cacher. Ces gens nous sauvent de toutes nos déceptions. A l'avance.

 

laroseblanche Les résistants sont souvent, me semble t-il, des décalés. Par exemple Emmanuel d'Astier de la Vigerie, fondateur du grand réseau "Libération Sud". Un type qui avant guerre ne trouvait  nulle part sa place. Préservons les décalés. Ne les orientons pas "précocément" vers les RASED ou leurs successeurs. Aimons et cultivons les. A bas le règne de la moyenne !

 

2- "Anatomie d'un instant" de Javier Cercas (voir article publié précédemment sur ce blog Un mauvais titre pour un chef d'oeuvre espagnol )

cercas

 

3- "Le quai de Ouistreham" de Florence Aubenas.

 

Lire ce livre est comme recevoir une décharge électrique dans l'occiput. Si vous vous petit-embourgeoisez dans votre maison de faubourg (coucous les amis !) empruntée sur trente ans, lisez-le. Ca dégèle. Florence Aubenas a écrit une oeuvre de dénonciation simple, sans fards, seulement basée sur l'exposé des faits, de ce "précariat" qui s'installe inéluctablement au détriment du salariat. Ce livre devrait être offert à tous les décideurs, étudié au premier trimestre en fac d'éco avant le gavage en modèle ISLM, et imposé par la loi en école de commerce. En se fondant dans la masse des demandeurs d'emploi sans qualification, Florence Aubenas a poussé jusqu'au bout la méthode dite "ethno participative". Mais son livre est autrement plus percutant que ceux des meilleurs sociologues. Une sorte de "Misère du monde" (Bourdieu), mais en Live

aubenas Mme Aubenas est une grande journaliste, une femme admirable (souvenons-nous de sa dignité  à son retour d'Irak, à comparer avec d'autres comportements sans doute compréhensibles mais navrants. Elle aurait pu vivre des ventes d'un  très probable best seller sur sa vie d'otage. Elle ne l'a pas écrit, justement. Ca situe le personnage) . Elle est  de surcroît un bon écrivain. Son livre sur l'affaire Outreau : "la Méprise" est aussi à lire, comme une première plongée probante dans la France précaire, méprisée par des institutions , harcelée par la société de consommation et de crédit, instrumentalisée par les médias.

 

Je n'aime pas le concept de "Vérité" (pravda). Mais avouons que Florence Aubenas s'en approche.

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 21:51

colorado.jpg

Désormais, tout le monde est écologiste. Ou plus personne, on ne sait plus.

Nous pouvons donc nous lancer dans certaines lectures écologiques, sans craindre de nous transformer en barbus débraillés déambulant entre le stand vêtements mangeables et l’atelier-débat "toilettes sèches dans l’Administration", au festival « champignon et folk song » quelque part dans le piémont pyrénéen.

Quelques pistes de lectures bio à votre attention, en fonction de votre nuance de Vert préférée : écolo radical, écolo érudit, social écolo.

- DANS LE GENRE ECOLO-RADICAL : « Le Gang de la clef à molette » d’Edward Abbey est un roman génial écrit dans les 70’s par un pote de Robert Redford (qui l’a préfacé, avec talent). L’ouvrage invente les « eco warriors » considérés comme les héritiers des « luddistes », ces ouvriers de la première révolution industrielle qui brisaient les machines.


  Quatre larrons (un vétéran du Vietnam hautement frappadingue, un médecin-philosophe et latiniste, un mormon qui entretient un rapport charnel avec la nature, une jeune hippie au caractère trempé et au sex appeal incandescent) se rencontrent lors d’une séance de rafting. Ils décident de résister par l’action directe au saccage du pays qu’ils aiment : le Colorado et les plus beaux paysages du monde aux alentours.

Chacun a un jour rêvé de se défouler en cassant du cristal (ah bon, pas vous ?). Ce roman permet à l’auteur et au lecteur de le vivre intensément par procuration. Essayez, ça fait du bien. Nos quatre desperados givrés mais attachants vont parcourir les canyons, détruisant les bulldozers, les lignes électriques, sabotant un pont. Tout en jouant au chat et à la souris avec les beaufs du coin, merveilleusement dépeints, plus ou moins acoquinés avec les pollueurs. Une traque haletante et drolissime (le livre aurait sa place dans mon précédent Post sur les livres pour rire), avec une fin magnifique sous influence du chamanisme qui hante ces terres.

Les apôtres de la décroissance (dont je ne suis pas) s’y régaleront. Mais chacun peut trouver son bonheur dans ce livre rebelle, qui est aussi et peut-être surtout un prétexte pour voyager, ramper, suer, fuir, dans cette nature grandiose, vertigineuse, guidé par un américain viscéral.

- DANS LE GENRE ECOLO-ERUDIT : « Effondrement » de Jared Diamond peut décourager par son épaisseur et l’ampleur de son projet. Mais plongez-y et vous battrez votre record d’apnée en lecture. L’auteur, scientifique et écologiste dans le genre sérieux, vous promène avec une érudition hors du commun dans les civilisations les plus diverses en tentant de comprendre comment elles survivent ou disparaissent. On y découvre des pans négligés de l'aventure humaine : l'Île de Paques, l'épopée humaine à travers les petites îles du pacifique sud, les vikings et leur tentative de s'installer en Amérique via Bering, la conquête du Nord vers l'Islande et le Groenland, les difficultés de l'Australie et le génie du Japon... On y comprend pourquoi Haïti et la République Dominicaine, bien que se partageant la même île, ont des destins différents. Et on comprend que les hommes peuvent maîtriser leur avenir à l'aide de la Raison, s'ils savent écarter certaines lubies culturelles (hier le "tout pour les statues "des hommes de Paques, aujourd'hui le consumérisme effrené et désinvolte).

 

effondr C'est l'oeuvre impressionnante d'un intellectuel complet, épigone de Darwin dans sa manière d'exploiter les recherches scientifiques pour réaliser une belle oeuvre écrite. On est béat devant le travail qu'un tel livre révèle. La critique que l'on peut adresser à Jared Diamond est sa propension au Malthusianisme. Expliquer le génocide rwandais par la surpopulation, c'est un peu court et douteux.

"Effondrement" est un des rares livres de science dure que j'ai réussi à lire. En le dévorant qui plus est. Payez vous en livre de poche un tour du monde en 800 pages. Et en évitant les spots touristiques et le Jet Lag.

- DANS LE GENRE "SOCIAL-ECOLOGIQUE" : les éditions IVREA ont eu l'excellente idée de rééditer un roman méconnu de  Georges Orwell - "Un peu d'air frais". Attention, Orwell est sans doute l'écrivain le plus cher à mon coeur, par son oeuvre comme par par son comportement. Une lumière dans un siècle de cauchemar.

Il est de bon ton de dire que la "vieille gauche" est "productiviste". En gros, la gauche marxiste, ce serait Tchernobyl et l'assèchement de la Mer d'Aral. Injustement sommaire. Beaucoup de gens de ce camp ont essayé de penser l'émancipation des travailleurs comme une question globale, une transformation de tout le mode de vie. Incluant le rapport au monde, à l'environnement.

Orwell, parangon de la gauche populaire, a écrit "un peu d'air frais" en 1939.  Il conte, sur un mode ironique et grinçant (on retrouve l'humour d'Orwell chroniqueur génial), les aventures d'un membre de la fraction inférieure de la classe moyenne anglaise.  Celui-ci , qui gagne à peine plus que nécessaire à la "reproduction de sa force de travail" s'évade quelques jours dans son village natal, pour simplement y respirer. Mais le village n'existe plus. Il a été avalé par un développement urbain incontrôlé et nuisible.  A travers lui, c'est un univers qui disparaît, celui de l'avant première guerre mondiale.

Dans la société industrielle avancée vue par Orwell, l'homme n'est pas seulement exploité et aliéné à son poste de travail, mais dans tous les compartiments de sa vie. On a souvent dit qu'Orwell était un prophète et on n'exagère pas. Il faut lire ces passages, écrits dans les années 30, sur la laideur de la périurbanisation, de l'étalement urbain, sur la fausseté du pseudo retour à la campagne qu'incarne la vie pavilonnaire. Une longue file de décennies d'avance sur nos urbanistes qui tiennent colloque sur les dégâts de la "rurbanisation", la densification des villes, les schémas de cohérence territoriale et tous concepts en vogue.

orwell.jpg Orwell rejette cette société où trouver un coin pour pêcher ou un bosquet auprès duquel flâner devient une prouesse. En même temps, il annonce le déferlement barbare des "hommes mécanisés" et la guerre pour 1941. "Un peu d'air frais" est aussi un beau témoignage sur ces gens, nombreux, qui pressentirent le désastre mondial sans trouver le moyen de s'y opposer, coincés entre le stalinisme, le fascisme, et l'aveuglement des "démocrates".  En Espagne, Orwell a compris ce qui attendait l'Europe. Il s'y est préparé, ce qui explique sa réaction juste face au nazisme, alors que certains donnaient dans un pacifisme à contretemps. Orwell est grand.

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 23:37

Les livres qu'on oublie ...


Etonnamment, on oublie totalement certains livres. Surtout quand on les lit vite, mais pas forcément.

Je sais avoir lu "Les faux monnayeurs" de Gide, ou "Les fruits d'or" de Nathalie Sarraute. Je ne suis pas capable de dire un mot à leur sujet. Pas un.

Même constat pour "Rue des boutiques obscures" de Patrick Modiano, ou encore "L'insoutenable légèreté de l'être" de Kundera. "Le fusil de chasse" de Yasushi Inoue.

Ce sont d'ailleurs des auteurs dont j'ai aimé certains livres, qui restent dans ma mémoire vive : "La plaisanterie" ou "L'ignorance" de Kundera; "Enfance" de Sarraute, "La porte étroite" ou "Les caves du vatican" de Gide. " Un pedigree" ou "la place de l'étoile" de Modiano.

Mystère de l'amnésie littéraire. Refoule t-on certaines lectures ?

Plus globalement, je ne me souviens presque jamais des dénouements de livres. Je ne me rappelle pas des intrigues policières, je les mélange.

Je garde la plupart du temps une impression, une scène, une couleur, une représentation visuelle d'un passage, un ton, un état d'esprit, une idée. Une phrase. Par exemple, il est écrit dans le dernier et excellent essai de Jonathan Littell sur la Tchétchénie quelque chose comme : "mais qu'est ce que la réalité ? La réalité c'est une balle dans la tête"... Marquant, comme tout ce qu'il écrit (je suis de ceux qui se risquent à penser que "les bienveillantes" est un grand livre. Cent premières pages à couper le souffle. Mais aussi de grands passages comme celui sur Stalingrad, ou la fuite à travers l'Allemagne, ou le chaos final à travers Berlin).

J'ai été un des rares lecteurs, manifestement, à apprécier son essai "le sec et l'humide", où il s'essaie à une psychologie individuelle du fasciste. Pour le dire vite et prosaïquement,le fasciste est quelqu'un de "pas fini" dont la passion pour le muscle et l'acier a pour objet de le rassurer sur  sa propre existence. C'est un livre méritoire. On dispose de bonnes analyses politiques du fascisme, mais il y a sans doute à creuser le versant psychologique du fanatisme d'extrême droite.

 

Parfois je me remémore un personnage, sans me souvenir de son nom, comme une vieille relation qui ne donne pas de nouvelles depuis longtemps. Par exemple  la fille dont tombe amoureux "Aurélien" dans le roman d'Aragon.

           
... Et les livres qu'on arrive pas à lire

Dans ma bibliothèque, clignent des livres qui m'énervent. Car j'ai du les abandonner très vite, comme un marathonien en hypoglycémie au dixième kilomètre.

Je ne parle pas ici des livres franchement sans intérêt, exécrables ou dégoûtants. Non, je parle d'oeuvres dont vous ressentez qu'elles sont majeures. Mais vous n'y parvenez pas, c'est tout.
Alors on se sent stupide, c'est ainsi. C'est le style bien souvent, qui vous rebute. Ou bien le propos et l'ambiance nous minent le moral. Ou bien on est paresseux, ou un peu benêt.

Quelques exemples d'échecs me concernant :

- "Austerlitz" de W.G Sebald : j'ai craqué vers la page 120. Trop gris. Trop lourd. Pourtant, Sebald est considéré comme un immense écrivain, et ce livre est mythique. J'ai même lu l'interview d'un auteur qui prétendait que ce livre était le meilleur écrit sur la mémoire de l'holocauste. Quant à moi, je ne suis même pas parvenu au point où l'on doit comprendre que le personnage principal a un lien avec le drame.

- "Le bruit et la fureur" de W. Faulkner : impossible d'entrer dans le livre. Qui parle ? Je n'ai pas su m'y retrouver. Ce roman est considéré comme fondateur. Quand je lis dans une critique de livre que l'écrivain est un disciple de Faulkner, je mesure mon ignorance.

- "Uysse" de J. Joyce : abandon très rapide d'un beau pavé de poche tout neuf. Même motif que pour le précédent. Or, on nous explique que c'est le roman le plus marquant du 20 ème siècle. Moi, je n'ai pas dépassé la première centaine de pages. Pas de quoi pavoiser.

-  "L'Etre et le Néant" de Sartre ; écroulement immédiat de ma part, face aux concepts phénoménologiques allemands qui émaillent le propos.

- "Vineland" de Thomas Pynchon : pénible. Mais là je me suis demandé s'il n'y avait pas discussion légitime à tenir sur la qualité de cet auteur, qu'on qualifie comme le génie de notre époque.

-  "Cavalerie rouge" d'Isaac Babel : pourtant le sujet me plaisait (journal d'un écrivain engagé sur le front pendant la guerre civile russe). Mais le style boursoufflé et l'obsession religieuse m'ont rapidement épuisé.

 

Je me souviens aussi d'un Don de Lillo incompréhensible, dont le titre m'échappe. Bien entendu, Don de Lillo est encensé à chacune de ses parutions. Mais je l'évite. Ironie du sort : de Lillo se présente lui-même comme un héritier... de Joyce et de Faulkner (encore eux !). Cette littérature là m'est décidemment fermée.

Pour ma part, je conserve chez moi la plupart de ces titres abandonnés en route. Car on ne sait jamais, l'échec était peut-être circonstanciel. Pas le bon âge. Pas le bon moment. Laissons nous une chance.

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 18:48

     
 Dans "Haute Fidélité", (le film, pas le livre que je n'ai pas lu !), les personnages qui squattent une boutique de disques un brin poussive, s'amusent sans cesse à créer des listes TOP 5... Par exemple, les 5 meilleurs titres qui parlent de rupture amoureuse.

 Ca peut sembler un peu snob, ou  "bolino culturel", mais cet exercice est assez intéressant. Il oblige à s'interroger sur l'essentiel. Tâche philosophique par excellence.

 Pour inaugurer ce blog dédié à la lecture, je vais donc proposer le TOP 20 de mes lectures. Arbitraire, injuste, déséquibré. Mais mon TOP 20 à moi.

 

 Attention : ce ne sont pas les 20 livres pour une île déserte. Dans ce cas, on doit songer à la quantité. La Recherche du Temps Perdu est obligatoire, comme Fondation d'Asimov qui court sur six tomes. Guerre et Paix et La Bible embarquent

 

Lançons nous. La liste n'a aucune organisation logique. Ce sont les 2O livres que je voudrais absolument avoir lus si j'avais une deuxième chance.

                    - Le Grand Meaulnes, Fournier.
                    
                    - Voyage au bout de la Nuit,  Céline
                    
                    - La plaisanterie,  Kundera
            
                    - La ferme des animaux,  Orwell

                    - L'Odyssée, Homère

                    - Le château,  Kafka

                    - Sans patrie ni frontières,  Valtin
                    
                    - L'espèce Humaine, Antelme

                    - Tome 1 du Capital,  Marx (je n'ai pas lu les autres...)
            
                    - L'éducation sentimentale, Flaubert
                
                    - Le Zéro et l'Infini,  Koestler

                    - Un amour de Swann,  Proust
            
                    - La nausée,  Sartre

                    - American Psycho,  Easton Ellis

                    - Histoire de la Révolution Russe, Trotsky

                    - Les possédés, Dostoïevski

                    - Pensées à moi-même, Marc Aurèle

                    - Le Comte de Monte Cristo,  Dumas
        
                    - Ubik, P. K Dick

                    - La condition humaine, Malraux


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Lectures de Jérôme Bonnemaison

 

Un sociologue me classerait dans la catégorie quantitative des « grands lecteurs » (ce qui ne signifie pas que je lis bien…).


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D’abord, tout petit, j’ai contemplé les livres de mes parents qui se sont rencontrés en mai 68 à Toulouse. Pas mal de brûlots des éditions Maspero et autres du même acabit… Je les tripotais, saisissant sans doute qu’ils recelaient des choses considérables.

 

Plus tard, vint la folie des BD : de Gotlib à Marvel.


Et puis l’adolescence… pendant cette période, mes hormones me forcèrent à oublier la lecture, en dehors des magazines d’actualité, de l'Equipe et de Rock’n Folk. Mais la critique musicale est heureusement lieu de refuge de l’exigence littéraire. Et il arrive souvent aux commentateurs sportifs de se lâcher.


 

De temps en temps, je feuilletais encore les ouvrages de la  bibliothèque familiale A quatorze ans, je n’avais aucune culture littéraire classique, mais je savais expliquer les théories de Charles Fourier, de Proudhon, et je savais qui étaient les « Tupamaros ».


 

J’étais en Seconde quand le premier déclic survint : la lecture du Grand Meaulnes. Je garde  le sentiment d’avoir goûté à la puissance onirique de la littérature. Et le désir d’y retoucher ne m’a jamais quitté.


 

Puis je fus reçu dans une hypokhâgne de province. La principale tâche était de lire, à foison. Et depuis lors, je n’ai plus vécu sans avoir un livre ouvert. Quand je finis un livre le soir, je le range, et lis une page du suivant avant de me coucher. Pour ne pas interrompre le fil de cette "vie parallèle" qui s’offre à moi.

 

 

Lire, c’est la liberté. Pas seulement celle que procure l’esprit critique nourri par la lecture, qui à tout moment peut vous délivrer d’un préjugé. Mais aussi et peut-être surtout l’impression délicieuse de se libérer d’une gangue. J’imagine que l’Opium doit procurer un ressenti du même ordre. Lire permet de converser avec les morts, avec n’importe qui, de se glisser dans toutes les peaux et d’être la petite souris qu’on rêve…


 

Adolescent, j’ai souvent songé que je volais, par exemple pour aller rejoindre une copine laissée au port… Et la lecture permet, quelque peu, de s’affranchir du temps, de l’espace, des échecs , des renoncements et des oublis, des frontières matérielles ou sociales, et même de la Morale.

 

 

Je n’emprunte pas. J’achète et conserve les livres, même ceux que je ne lis pas jusqu’au bout ou qui me tombent des mains. Ma bibliothèque personnelle, c’est une autre mémoire que celle stockée dans mon cerveau. Comme la mémoire intime, elle vous manque parfois, et on ne saurait alors dire un mot sur un livre qu’on passa trois semaines à parcourir. Mais on peut à tout moment rouvrir un livre, comme on peut retrouver sans coup férir un souvenir enfoui dans la trappe de l’inconscient.


 

Lire est à l’individu ce que la Recherche Fondamentale est au capitalisme : une dépense inutile à court terme, sans portée mesurable, mais décisive pour aller de l’avant. Lire un livre, c’est long, et c’est du temps volé à l’agenda économique et social qui structure nos vies.  


 

Mais quand chacun de nous lit, c’est comme s’il ramenait du combustible de la mine, pour éclairer la ville. Toute la collectivité en profite, car ses citoyens en sont meilleurs, plus avisés, plus au fait de ce qui a été dit, expérimenté, par les générations humaines. Le combat pour l’émancipation a toujours eu partie liée avec les livres. Je parie qu’il en sera ainsi à l’avenir.


 

J’ai été saisi par l'envie de parler de ces vies parallèles. De partager quelques impressions de lecture, de suggérer des chemins parmi tant d’autres, dans les espaces inépuisables de l’écrit. Comme un simple lecteur. Mais toujours avide.


 

Je vous parlerai donc des livres que je lis. Parlez-moi des vôtres.

 

 

Jérôme Bonnemaison,

Toulouse.

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