le blog d'un lecteur toulousain assidu
Bonne année 2013 les lecteurs !!!!!!!!!
L'aventure de lecteur est illimitée. Laissez vous bercer par le roulis des phrases. Elles n'en finissent pas. Elles reviennent. Elles sont gorgées de sens.
Laissez vous attrister par le sort de Swann face à cette tête légère d'Odette de Crecy.
Laissez vous envahir d'admiration pour le Grand Jaurès de Max Gallo. L'immense promesse.
Laissez vous aller à rire aux déboires d'un personnage de David Lodge. Un peu de cruauté sans conséquence.
Offrez-vous d'admirer sans bornes les protagonistes de "l'Orchestre Rouge" de Gilles Perrault. Ou embarquez avec par les personnages rusés de son virtuose "Secret du Roi". De Broglie au Chevalier d'Eon.
Qu'il y a t-il de mieux à faire, franchement ? A part la chair. Mais la chair épuise et réclame des pauses. Pas les livres, ce plaisir sans sobriété imposée.
Passer cette tondeuse à gazon peut attendre. Avez-vous vraiment besoin de cet énième pantalon ? Et ce joujou hig tech, êtes vous sûr qu'il mérite une après-midi qui pourrait être consacrée à accompagner Lucien Leuwen dans ses magouilles électorales ? Alors que les mémoires désespérées et dignes de Klaus Mann - dont les plus belles pages jamais écrites sur l'enfance- vous attendent ? A moins que vous ne souhaitiez acquérir une liseuse....
En 2013, vous pourriez changer d'avis sur la société en lisant "Le talon de fer" de Jack London, voire considérer l'Histoire du monde avec un autre oeil après l'avoir ouvert en grand sur "le dix huit brumaire" de Karl Marx. Vous pourriez tout autant remettre en perspective votre condition d'occidental en découvrant "Saturday" de Ian Mc Ewan.
Vous pourriez tellement apprendre. Tellement admirer. Tellement relier les phénomènes entre eux pour voir apparaître d'autres paysages, vastes. Si vastes. Essayez donc Jared Diamond. Karl Polanyi, Max Weber, Norbert Elias, Henri Guillemin, ou je ne sais qui !
Vous pourriez nourrir votre empathie. Car elle se nourrit.
Vous pourriez apprendre à densifier votre relation à la langue et ainsi à rencontrer. A rencontrer autrui dans toute sa singularité imbriquée dans l'universel. Cette articulation géniale, voila ce dont parlent la littérature, ou l'Histoire, la Géographie, les sciences humaines, l'oeuvre politique.
Vous pourriez décupler la puissance de votre pensée. Vous pourriez percer les cloisons entre les époques. Tout remettre à plat, inventer des perspectives inédites. Appréhender l'art comme vous n'y avez jamais songé. Car les beautés demandent parfois un chemin préalable pour se donner.
Vous pourriez protéger votre liberté intérieure comme une forteresse imprenable, munie de tant de leçons humaines, comme des herses infranchissables au malsain.
Vous pourriez saisir ce que l'humain n'a jamais d'étranger.
Vous pourriez apprendre à vous diriger dans l'obscurité. Car beaucoup ont défriché. Vous pourriez lire les sentiers dans la forêt.
Vous pourriez comprendre cette étrangeté sans nom, là dans le coin. En lisant Kafka.
Vous pourriez ressentir tellement de faternité. Epaissir le monde, lui donner une immense profondeur de champ.
Vous pourriez comprendre pourquoi le collège de votre enfant se vide, en lisant "le ghetto français" d'Eric Maurin. Vous pourriez saisir la contingence du monde, et donc l'urgence d'être responsable, en lisant Ian Kershaw.
Vous pourriez guérir votre misanthropie en lisant "Spartacus" d'Arthur Koestler.
Vous pourriez vous sentir embarqué. Loin. Avec "Léon l'africain" de Maalouf ou "Le Paradis, un peu plus loin" de Mario Vargas Llosa.
Vous pourriez comprendre que vous n'êtes pas seul. En lisant Pierre Bourdieu ou Annie Ernaux.
Vous pourriez voyager sans cesse de l'universel au particulier, du grand vent à la molécule. Vous immerger dans "Guerre et Paix" de Tolstoï.
Vous pourriez affûter vos convictions et mieux créer. Vous pourriez apprendre à apprendre. En lisant Edgar Morin.
Vous pourriez essayer de résister au malheur, en ouvrant Sénèque.
Vous pourriez vous enthousiasmer pour l'immense possible, en lisant les "Illuminations" de Rimbaud.
Vous pourriez voir le monde différemment après avoir médité André Breton.
Vous pourriez vivre mille vies. Des fausses vies ? Pas plus vain que de tourner sur un rond point en voiture ! Bien moins.
Vous pourriez cultiver le meilleur en vous. Ou qui sait le pire. A vous de voir, et de lire.
Vous pourriez vous venger avec le comte, souffrir avec Gatsby, jubiler avec "le Gang de la clef à molette" ou chez Umberto Eco.
Oh non, vous ne trouveriez ni la fontaine de jouvence ni la recette du bonheur. Ni même un onguent contre le malheur. Mais tout de même.... Sur le chemin vers nulle part on s'émerveille.
Bonne année frères et soeurs en lecture !