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le blog d'un lecteur toulousain assidu

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Gosses célestes (Patti Smith, "Just Kids")

9782070446261_1_75.jpg Patti Smith, poétesse et rockeuse s'était promis de raconter son histoire avec Robert Mapplethorpe, ange noir de la photographie. Promesse tenue avec ce superbe livre de mémoires : "Just Kids". Un beau livre vraiment, écrit d'une langue poétique et émue, qui raconte avec sincérité comment on devient un artiste dans les années 60-70 dans le New York où brillent les Hendrix, Wharol, Joplin.

 

C'est l'histoire de deux jeunes de vingt ans sans un sou, souvent affamés, qui se rencontrent dans la rue, s'aiment et naissent ensemble à l'art. Leur lien est la certitude jamais entamée de vouloir consacrer une vie à la création. Une relation hautement spirituelle et ambitieuse. Qui durera plusieurs années, se conciliera avec d'autres amours plus ou moins contingents. Et ne se brisera jamais vraiment, sauf avec la mort de Robert, tué par le sida. Deux artistes efflanqués qui grandissent ensemble, se découvrent et s'inspirent, apprenant aussi qui ils sont (et notamment leur sexualité, la grande affaire). Deux gosses rêveurs et décidés à vivre la vie qu'ils souhaitent, sans concession. Une histoire de bonheur et de partage aussi, avec ses galères non dissimulées et ses débrouillardises.

 

L'artiste viscéral, encore plus quand il est américain, n'est pas un spécialiste. Il crée et s'empare des médiums. Les influences se mêlent, tout se mélange et se décloisonne. Tout dans leurs mains est reconverti pour créer (même les trouvailles que l'on peut faire dans une boutique de matériel de pêche). Patti et Robert mettront des années à trouver leur chemin et essaieront toutes les voies d'expression. Usant aussi des expédients de la drogue pour ouvrir des portes. Ils savent juste qu'ils veulent exprimer, toucher la beauté.  Patti Smith dessine beaucoup, écrit, et c'est un peu par hasard, par le jeu des rencontres, qu'elle se met à chanter.

 

Ce que j'ai aimé dans ce livre qui nous promène dans la bohême new yorkaise de ces années là  c'est la place immense et la lumineuse reconnaissance données aux sources d'inspiration. Et au temps nécessaire pour que s'épanouisse l'artiste, arrosé par le passé (Patti Smith refusera d'enregistrer un album trop tôt suite à un succès dans une soirée). Dans ces mémoires Patti Smith cite sans cesse Baudelaire et Rimbaud, Frida Kalho, les Stones ou Dylan. Elle marche sur leur pas. Une ode à la patiente initiation, au travail, à l'écoute et l'obsession pour ceux qui ont essayé, toutes choses que l'on méprise aujourd'hui, chacun revendiquant "le droit de s'exprimer" et de s'auto proclamer comme parole à entendre.

 

Ce récit de Patti Smith c'est l'anti mythologie du génie spontané. Le mot "travail" revient sans cesse. L'artiste est vu comme un désir qui s'amplifie, qui résiste, prend forme, se déploie, se confirme, finit par décoller quand il est mâture.

 

Au passage on constate avec bonheur le prestige que l'art français avait il y a encore peu de temps dans le monde. Comment il ensemençait les artistes. Quand Patti Smith, à la fin de l'adolescence prend un bus pour New York, elle n'a que quelques effets et un livre : "les illuminations" de Rimbaud. A qui elle sera fidèle toutes ces années.

 

Patti Smith a très vite rencontré sa passion pour l'esthétique. Elle décrit une scène très belle où enfant elle assiste à l'envol soudain d'un cygne et perçoit qu'il se passe quelque chose de fondamental pour elle. Elle partira pour la grande ville sans un sou, y errera quelque temps dans le plus grand dénuement, et devra assumer des travaux alimentaires très longtemps.

 

Ce sont sans doute les dernières années d'une certaine bohême. Enfin il me semble. Une vie urbaine où les lieux sont enchantés par les prédecesseurs, où l'on ne sait pas qui on a auprès de soi, où le jeune beatnik sans un sou cotoie dans un hôtel un peu interlope un poète majeur ou un musicien mondialement connu. Mais pas d'artifice, c'est le talent qui fait la différence. Et le charisme. La très jeune Patti Smith boit des coups avec Ginsberg et Burroughs et fabrique des colliers pour se payer à manger.

 

Plongée aussi dans le rock de ses années là, qui ne se séparait pas de la poésie, de la littérature, de l'art en général. Tout le monde va voir tout le monde, lit beaucoup, traque la beauté partout où elle peut se trouver. Le symbôle de ce grand bazar créatif et cultivé, c'est Andy Warhol et sa Factory, très présents dans ce livre jamais passéïste.

 

C'est un livre fasciné par l'Europe mais aussi profondément américain, quand on mesure aussi le poids de la religiosité sur la culture et sur ces jeunes créateurs.

 

Un bel hommage aussi, à cette génération géniale qui paya ses passions en overdoses et autres malheurs précoces.

 

Encore une raison, s'il en est besoin, de rêver de New York, de l'urbanité qu'elle porte à son firmament. Qu'est ce que l'urbanité sinon l'infinie possibilité, l'espoir, le rêve et la ferveur ?

 

 

 

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