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le blog d'un lecteur toulousain assidu

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La politique, c'est du déjà vu

   photocatilina.jpg Un type s'avère aigri et ambitieux.


Il veut prendre le pouvoir. A cette fin, il cherche à rassembler tous ceux qui ont une raison quelconque d'en vouloir aux chefs en place : les perdants, les fainéants, les oubliés, les envieux, les cupides, les ulcéreux. Il les agite et entretient leur animosité.

Partout où ils sont, il suscite leur fiel, leur fournit de l'espoir pour l'avenir, leur explique qu'il est un fier à bras et qu'au moment voulu il ne se dégonflera pas - lui - pour chasser ces chefs qui leur pourissent la vie...

Vient un jour où tous se rencontrent et c'est très tendu. On est à deux doigts d'en venir aux mains.  Mais ça se calme. Ce n'est que partie remise.  Les critiques et sarcasmes reprennent de plus belle. Chacun rivalise de phrases venimeuses et de menaces contre les chefs. Des incidents éclatent. On sent que le dénouement est proche.

Comme les envieux veulent s'assurer de réussir, ils prennent contact avec de nouveaux alliés potentiels. Ceux-ci finassent, tergiversent, mais finissent par se laisser séduire. Un jour, l'un de ces nouveaux comploteurs se fait piquer en train de médire sur les chefs. On lui explique qu'il peut se blanchir en dénonçant les vrais méchants, les fomenteurs de la trahison, en aidant à leur tendre un piège.

A la suite de quoi les traîtres sont confondus et corrigés un par un.

Pendant ce temps, le leader de la contestation s'est mis au vert par prudence. Il apprend que ses amis ont été percés à jour, mais il veut penser que c'est le signal de la révolte. Alors il rue dans les brancards et se retrouve seul et acculé. Il disparaît de la vie de la communauté...

... Après ça, on causera beaucoup pour dire que cet incident a révélé la sale ambiance qui régnait. Et les problèmes futurs seront lus au regard de cette ancienne crise.

C'est arrivé dans votre association, votre club d'escrime, votre syndicat, votre troupe de théâtre, votre boîte de com' ou votre promotion de prépa HEC ? Sans doute, et rien de plus normal.

Mais sachez que c'est aussi le propos de "La conjuration de Catilina" de Salluste, grand texte historique romain, référence pour ceux qui perpétuèrent la pratique de l'Histoire à travers les siècles.
 

Un court récit écrit au cours du premier siècle avant JC, et qui raconte un complot déjoué par Cicéron à Rome, annonciateur de l'agonie de la République.

 

Catilina, furieux de ne point parvenir à être élu Consul, essaya de cristalliser tous les mécontentements dans une Rome paradoxalement affaiblie et corrompue par ses succès et l'immensité de ses conquêtes. 

 

Cicéron, le fameux maître en rhétorique, le mit en échec en retournant ses alliés gaullois et en les transformant en taupes au sein du complot. Catilina tenta le coup pour le coup et prit les armes. Il fut écrasé et mourut le glaive à la main, dans un sursaut de dignité. La République s'en sortit, mais vécut ses dernières heures, comme Cicéron. Le Césarisme était déjà là.

Ce petit texte est intéressant à lire, tant il montre que la politique suit finalement les mêmes schémas depuis fort longtemps. Les guéguerres de clans, tout ce qui agite le landernau, ce ne sont que péripéties bien répétitives. L'essentiel n'est sans doute pas là. Pour comprendre le monde sans doute faut-il regarder ailleurs, au plus profond et durable.


La politique, vraiment, c'est du déjà vu.


.braudel Alors délaissez si vous le pouvez les Dépêches AFP et leurs innombrables retranscriptions pavloviennes, les rubriques "en hausse/en baisse" des hebdomadaires. Préférez "la Dynamique du capitalisme" de Fernand Braudel (petit ouvrage lumineux sur l'histoire de ce mode de production) aux éditoriaux des économistes et "spectateurs engagés" en vogue, qui se sont toujours trompés mais continuent à arborer la même suffisance.

 

Comme "la Conjuration de Catilina"est publiée en "bilingue", vous pourrez ressentir un brin d'émotion en vous souvenant de vos cours de latin en 4ème.

P.S : la grande hélléniste Jacqueline de Romilly nous a quittés. J'ai lu son "Alcibiade" il y a dix ans. Edifiant. Encore un personnage qui a montré, il y a si longtemps à Athènes ou en se vendant aux ennemis de la Cité, la nature de la politique. Celle qui se déploie chaque jour devant nous. La politique, c'est l'art de conquérir le pouvoir. Et tout est presque dit.

alcibiade.jpg

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L
<br /> Cicéron, c'est Sarkozy. Spartacus, Besancenot. Jules César, le PS. Catilina...?<br /> <br /> <br />
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L
<br /> "Bonapartiste" est un joli anachronisme. Il s'agit de la Rome Antique. Nul Parti Communiste à l'horizon à l'époque. Par contre, déjà un Parti Populaire. Ses membres les plus illustres ? Jules<br /> César, Catilina...<br /> Ce qui m'a frappé dans ton post, c'est justement cette façon de voir la "politique". Ce n'est pas à toi que je vais apprendre quel est le moteur de l'histoire. Et que de tout temps, c'est la lutte<br /> des classes qui créé les mouvement réels du monde. Si parfois ceux-ci s'incarnent dans des hommes imparfaits, traversés des sentiments que tu décris, ses mouvements réels n'en existent pas moins.<br /> Et méritent mieux que d'être brocardés dans une caricature de celui qui les porte.<br /> En traitant Catilina comme ça, on nie les aspirations qu'ils portaient à l'époque. Il voulait étendre le suffrage ? Il était populiste. Il voulait fédérer le peuple qui râlait ? Il était populiste.<br /> Il voulait le pouvoir pour faire une réforme agraire ? Il était arriviste.<br /> Bref, tu vois où je veux en venir...<br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Doucement... Jules César, c'est pas Spartacus non plus.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Je suis scandalisé !<br /> Traiter Catilina de cette façon !<br /> Comme si celui qui s'adressait à nous n'était qu'un vulgaire soldat de ce parvenu de Cicéron, à la solde des patriciens et autres puissants !<br /> Stop !<br /> Réhabilitons Catilina. Cet homme n'a jamais cessé de combattre l'ordre établi, de prôner plus de justice sociale, d'être aux côtés de ce qui étaient à l'époque des progressistes.<br /> Sans cesse calomnié, sans cesse bafoué, il ne put jamais arriver à ses fins : changer la donne par les urnes. Il tenta donc de le faire par les armes, de toutes façons promis à une mort certaine.<br /> Il annonçait un régime qui touchait à sa fin, la République (rien à voir avec la nôtre), coulée par sa corruption et l'accaparement du pouvoir et des richesses par une toute petite minorité qui ne<br /> voulait pas partager. Sauf avec leurs valets, du type de Cicéron.<br /> Quelle fut sa proposition phare ? Annulée la dette des chevaliers (qui devaient payer à Rome pour s'armer au profit des patriciens), qui pesait sur tout l'édifice économique de la Cité, fragilisant<br /> par là l'empire romain. "Irréalisable", dirent ses détracteurs. "Impensables", poursuivirent ses contradicteurs. "Démagogique", insistèrent ses contempteurs.<br /> L'auteur de ce blog nous dit qu'il rassemble les pieds écrasés de Rome. Oui, c'est ça : populiste, tant qu'on y est ? Non, il parlait à ceux qui ont moins car se font exploiter par ceux qui ont<br /> tout.<br /> Mais la proposition fit mouche. Pour éviter les recrues de plus en plus nombreuses de Catilina, le Sénat adopta d'ailleurs une loi à contre-courant de tout ce qu'il avait prôné jusque là contre lui<br /> : le moratoire sur ses fameuses dettes... Il fut également victime d'une véritable cabale "morale", puisque lorsqu'il allait gagner légitimement, on le fit s'empêcher de se présenter pour "outrage<br /> aux bonnes mœurs". Il couchait avec un garçon, et ne s'en cachait pas : voilà son second crime.<br /> Et d'ailleurs, quelques années après la mort de Catilina, c'est César (un des premiers alliés de Catilina, et bien connu pour coucher lui aussi avec des garçons) qui s'emparera du pouvoir. Mettra<br /> fin à la République. Et appliquera le programme de Catilina, datant de 20 ans plus tôt.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br /> Je ne te savais pas si bonapartiste... Le modèle Chavez fascine plus que je ne croyais, finalement.<br /> <br /> <br /> Mon propos n'était pas de juger Catilina, même si je pense qu'il avait une position opportuniste, et que ce qui l'intéressait c'était de prendre le pouvoir.<br /> <br /> <br /> Ce qui m'a frappé dans ce livre, c'est la chansonnette de la vie politique. Toujours la même. Pendant que les courants profonds sont sous la terre. Ca reflète mon désintérêt croissant pour le<br /> quotidien politique.<br /> <br /> <br /> <br />